Roubinovitch, op. cit., p
2. Lombroso, L'Homme de génie, traduction française par Fr. Colonna d’Istria. Paris, 1889. Voir aussi en particulier J. P. Nisbet, The insanity of genius. Londres, 1891.
3. Falret, Annales. médico-psychologiques, 1867, p. 76. « Dès leur
permet à l’homme compétent de distinguer, au premier coup d'œil, le génie sain du dégénéré hautement ou même très hautement doué. Que l'on enlève à celui-là la faculté particulière par laquelle il est un génie, et il restera toujours encore un homme capable, souvent d'une intelligence et d’une habileté supérieures, moral, apte à discerner, qui saura partout tenir sa place dans notre engrenage social. Que l'on tente la même épreuve avec le dégénéré, et l’on n'a qu’un criminel ou un fou que l’humanité saine ne peut employer à rien. Si Gœthe n'avait jamais écrit un seul vers, il n’en aurait pas moins été un homme d'excellente compagnie, de bons principes, un fin connaisseur d'art, un collectionneur plein de goût, un observateur pénétrant de la nature. Que l’on se représente, au contraire, un Schopenhauer qui n’aurait pas été l’auteur de livres étonnants, et l’on n’aurait devant soi qu'un original repoussant que ses mœurs devaient exclure de toute société honnête et que son délire de la persécution désignait pour l'asile d'aliénés. Le manque d'accord, le défaut d'équilibre, le côté singulièrement inutile et non satisfaisant même de la faculté à reconnaître chez le dégénéré de génie, frappent les yeux de tout observateur sain qui ne se laisse pas influencer par l'admiration bruyante de critiques eux-mêmes dégénérés, et lui permettront toujours de ne
enfance, ils ont ordinairement des facultés intellectuelles très inégalement développées, faibles dans leur ensemble et remarquables par certaines aptitudes spéciales; ils ont montré des dispositions exceptionnelles pour le dessin, le calcul, la musique, la sculpture ou la mécanique... et à côté de ces facultés isolément développées qui les ont fait passer pour des petits prodiges, ils ont offert la plupart du temps d'énormes lacunes dans leur intelligence et une faiblesse vraiment radicale des autres facultés ».
pas confondre le mattoïde avec l'homme exceptionnel sain qui ouvre de nouveaux sentiers à l'humanité et la mène à de plus hauts développements. Je ne partage pas l'avis de Lombroso, affirmant que les dégénérés de génie constituent une force propulsive du progrès humain ‘. Ils séduisent et aveuglent, ils exercent malheureusement aussi fréquemment une action profonde, mais celle-ci est toujours néfaste. Si on ne le remarque pas tout de suite, cela apparaît plus tard. Si les contemporains ne le constatent pas, l'historien de la civilisation le montre ultérieurement. Is dirigent également l’humanité, par des sentiers propres qu'ils ont trouvés eux-mêmes, vers des buts nouveaux, mais ces buts sont des abîmes ou des déserts. Ils sont des guides dans les marécages comme les feux-follets, ou dans la perdition comme le preneur de rats de Hameln. Leur infécondité sinistre est expressément mise en relief par les observateurs. « Ce sont », dit Tarabaud, « des bizarres, des originaux, des déséquilibrés, des incapables ; ce sont de ces individus dont on ne peut pas dire qu'ils ne soient pas intelligents, mais ils ont une intelligence improductive * ». « Un caractère commun les unit », écrit Legrain : « la faiblesse du jugement et l’inégal développement des facultés intellectuelles... Les conceptions ne sont jamais élevées, le débile est incapable d’avoir de grandes pensées, des idées fécondes ; ce fait contraste singulièrement avec le développement exagéré de ses facultés imaginatives * ». « S'ils sont peintres », lit-on chez Lom-