Au-delà du Bien et du Med, p. 19S
FRÉDÉRIC NIETZSCHE
à laquelle il dédie son verset philosophique : elle fait trop de cas de l’officier! « Dès qu’il parle et fait un mouvement (l’officier prussien), il est la figure la plus impertinente et la plus choquante pour le goût de la vieille Europe — à son propre insu... Et aussi à l’insu des bons Allemands, qui admirent en lui l’homme de la première et de la plus, distinguée société et prennent volontiers de lui le ton 1 »'. C’est là ce que ne peut admettre Nietzsche, lui qui comprend qu’il est impossible qu'il y ait un Dieu, puisque alors c’est lui qui devrait l’être! 11 ne peut supporter que «le bon Allemand » place l’officier au-dessus de lui. Mais à part cet inconvénient que le système de la « crânerie » entraîne derrière soi, il y trouve tout bon et beau, y vante « l’intrépidité du coup d’œil, la bravoure et la dureté de la main qui sabre, la volonté opiniâtre de dangereux voyages de découvertes, d’expéditions spiritualisées au pôle nord sous des cieux désolés et périlleux 2 », et prophétise d’un ton joyeux que, pour l’Europe, viendra une époque d’airain, une époque de guerres, de soldats, d’armes, de violence. 11 est donc naturel que les « crânes » aient salué dans Nietzsche le philosophe selon leur cœur.
Son « individualisme », c’est-à-dire son égotisme d’aliéné pour lequel le monde extérieur n’existe pas, devait attirer, outre les anarchistes-nés par incapacité d’adaptation, ceux-là aussi qui sentent instinctivement que l’Etat actuel empiète trop profondément et trop brutalement sur les droits de l’individu et exige de lui, outre les sacrifices