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I. Ainsi parla Zarathoustra, 3e partie, p

FRÉDÉRIC NIETZSCHE

L’humanité a besoin d'une hiérarchie. Elle doit avoir des guides et des modèles. Elle ne peut se passer d’une aristocratie. Mais le noble auquel le troupeau humain assigne une place à sa tête ne sera sûrement pas le « surhomme » de Nietzsche, l’égotiste, le criminel, le bandit, l'esclave de ses instincts affolés; ce sera, au contraire, l’homme du plus riche savoir, de la plus haute connaissance, du plus clair jugement et de la plus ferme auto-discipline. L’existence de l'humanité est un combat qu’elle ne peut bien livrer sans capitaine. Aussi longtemps que ce combat est celui des hommes contre les hommes, le troupeau réclame un pasteur aux muscles vigoureux et au poing exercé. Dans un état de choses plus parfait, où toute l’humanité réunie lutte seulement contre la nature, elle choisit pour chef l'homme dont le cerveau est le plus riche, la volonté la plus disciplinée, l’attention la plus concentrée. Cet homme est le meilleur observateur, il est aussi celui qui sent le plus finement et le plus rapidement, qui peut se représenter le plus vivement les états du monde extérieur, — c'est-à-dire aussi l’homme de la sympathie la plus éveillée et de l'intérêt le plus compréhensif. Le « surhomme » de l’évolution saine de l’espèce est un Paraclet qui sait et qui aime avec désintéressement, non un « carnassier magnifique » assoiffé de sang. C’est là ce que ne voient pas ceux qui croient retrouver clairement exprimées, dans l’aristocratisme de Nietzsche, leurs propres idées obscures sur la nécessité de natures d’élite directrices.

Le faux individualisme et aristocratisme de Nietzsche peut égarer les lecteurs superficiels. Leur erreur sera pour eux une circonstance atténuante. Mais même en tenant

l’égotisme

compte de cela, il n’en reste pas moins le fait qu’un fou furieux déclaré a pu passer, en Allemagne, pour un philosophe et faire école, ce qui constitue, quoi qu’on fasse, une lourde honte pour la vie intellectuelle allemande de notre temps.

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