‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 12 sur 50 · PIÈCE JUSTIFICATIVE N° IX · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° IX

Extrait des Mémoires de l'Abbé de Choisy.

Olympe de Mancini, comtesse de Soissons.

IL se passait, à vrai dire, à l'hôtel Soissons d'étranges choses qui avaient pu fournir prétexte à ces mauvais bruits. On y cultivait l'astrologie, la magie: on y tirait force horoscopes, on y évoquait même les

(1) Lettre de l'Ambassadeur de France, le 12 février 1689, citée par Edmond Locarp. La médecine judiciaire en France au xvne siècle. Lyon, 1902, p. 241.

(2) Mémoires de SaiNr-Srmox, €. XII, p. 114, édit. in-I8.

(3) «Ma sœur brille à Bruxelles ; elle a tous Les soirs Mue Ja comtesse de Soissons à souper chez elle. » (Lettre de Mme de CGoulanges à Mwe de Grignan. A Paris, le 17e juin 1701.) 1

« Ne savez-vous pas, Madame, que M. le maréchal de Villeroi a été voir Me la comtesse de Soissons à Bruxelles ? il lui a mené son fils; et Me la comtesse de Soissons avoue qu'il y à longtemps qu'elle n’a eu une aussi grande joie. » (Lettre de Mne de Coulanges et de M. de Coulanges à Mwe de Grignan. A Paris, le 40° mai 1703.)

esprits. Une scène de ce genre, que l'abbé de Choisy raconte, a trait Justement à la mort du comte: « Voici ce qui arriva, dit-il, chez la comtesse de Soissons. Son mari étoit malade en Champagne. Elle étoit un soir incertaine si elle partiroit ou non pour l’aller trouver, lorsqu'un vieux gentilhomme de sa maison lui offrit tout bas de lui faire dire par un esprit si M. le Comte mourroit ou non de cette maladie. Madame de Bouillon étoit présente avec M. de Vendôme et le due, à présent maréchal de Villeroy. Le gentilhomme fit entrer dans le cabinet une petite fille de cinq ans, et lui mit à la main un verre plein d'une eau fort claire : 1l fit ensuite ses conjurations. La petite fille dit que l’eau devenoit trouble ; le gentilhomme dit tout bas à la compagnie qu'il alloit commander à l'esprit de faire paroïtre dans le verre un cheval blanc, en cas que M. le Comte dût mourir, et un tigre en cas qu'il dût en échapper. Il demanda aussitôt à la petite fille si elle ne voyoit rien dans le verre. « Ah, s'écria-t-elle, le beau petit cheval blanc! » Il fit cinq fois de suite la même épreuve, et toujours la petite fille annonça la mort par des marques toutes différentes, que M. de Vendôme et Madame de Bouillon avoient nommées tout bas au gentilhomme sans que la petite fille pût les entendre (4). »

Une autre Mancine (2), sa sœur, Mari£-ANxe MANCINI, DUCHESSE DE BouiLLox, également compromise, comparut devant la Chambre Royale. Née à Rome en 1649, elle vint à Paris de bonne heure et, à l’âge de 12 ans, brilla dans le ballet des saisons dansé par le roi à Fontainebleau en 1661. Son mariage avec Godefroy Maurice de la Four, duc de Bouillon, neveu de Turenne et grand chambellan du Roi, fut célébré le 26 avril 1662 à l'Hôtel de Soissons en présence du roi et des deux reines et fut l'occasion de fêtes brillantes. Elle aimait les lettres et fut un des esprits les plus fins el les plus cultivés de son temps: c'était une des précieuses et la première protectrice de La Fontaine.

Expressive et jolie, dit son historien, il y avait une grâce infinie dans ses mouvements et parfois, dans l'air de sa démarche, une fierté souveraine (3). C'était, dit Saint-Simon, une « créature très audacieuse et dangereuse ».

(A) Mémoires de l'abbé pe Guotsy, coll. Petitot, t. LXIIT, p. 224 et suiv. (2) C’est ainsi qu'on appelait les nièces de Mazarin. (3) Amédée Renge. Loc. cil., p. 383.

Accusée par la Voisin d'avoir voulu empoisonner son mari afin d'épouser le duc de Vendôme, elle ne fut pas décrétée de prise de corps comme sa sœur, ni comme le maréchal de Luxembourg(1), mais simplement assignée pour être « ouïe » par la Chambre. Elle daigna se rendre devant ses Juges, accompagnée du due de Bouillon, du duc de Vendôme, d'un grand nombre de ses amis, choisis parmi les gens les plus influents. «M®° de Bouillon entra comme une petite Reine dans cette Chambre; elle s’assit dans une chaise qu'on lui avoit préparée; et, au lieu de répondre à la première question, elle demanda qu'on écrivit ce qu'elle vouloit dire ; c'étoit: qu'elle ne venoit là que par le respect qu’elle avoit pour l’ordre du roi, et nullement pour la Chambre, qu'elle ne reconnoissoit point, et qu'elle ne prélendoit point déroger au privilège des dues (2). » On répéta mème, et l’anecdote a survécu, que le conseiller d'État, La Reynie, lui ayant demandé si elle avait vu le diable, elle Tui répondit: « Je le vois en ce moment; il est laid, vieux, et déguisé en conseiller d'État (3). »

Le 16 février 1680 intervint un arrèt de décharge et un ordre d’exil à Nérac.

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