‹ Dégénérescence mentale et hystérieChapitre 40 sur 50 · PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXVIII · texte numérisé non relu

PIÈCE JUSTIFICATIVE N° XXVIII

« Peu de temps après le traité de Campo-Formio, alors que la gloire du général Bonaparte commençait à poindre et que le vainqueur de l'Italie était recu avec enthousiasme par le peuple, avec une feinte reconnaissance par le Directoire, les soupçons d'empoisonnement commencèrent à hanter son esprit; en effet, au diner que les Directeurs donnèrent en son honneur au Luxembourg, le général Bonaparte n’osa toucher presque à aucun plat «pensant que cette abstinence lui était imposée en présence des dangers dont il croyait sa vie menacée ». Quelques pages plus loin, le chancelier Pasquier insinue que c'est la crainte de ce danger qui lui fit désirer de s'éloigner d'un gouvernement

(4) G. Guérin. Poisons et Empoisonnements. Leçon inaugurale. Nancy, 1902.

(2) Œuvres d'Ambroise Paré. Sixiesme édition. Paris, 4607, p. 787.

(3) Raoul Saurrer (Etude sur le crime d'empoisonnement. Thèse pour le Doctorat en Droit. Paris, 1896) emprunte les deux anecdotes qu’on va lire à l'ouvrage si intéressant intitulé : Mémoires du chancelier Pasquier, t. 1, p. 133,

qu'il croyait capable de tout et d'entreprendre au loin la campagné d'Égypte.

Passons maintenant en 1813 (1). L'empereur, aussitôt après la bataille de Dresde, avait envoyé l'ordre au général Vandamme, de s'emparer du défilé, dont le corps sous son commandement se trouvait peu éloigné. Lui-même, le surlendemain, partit pour se mettre à la tête de sa garde et de la meilleure partie de ses troupes qu'il avait déjà fait avancer dans la même direction. Il était certain, après trois jours de marche, d'arriver dans les plaines de Bohème, recueillir les fruits de sa dernière victoire ; on ne voit guère, en effet, ce qui aurait pu l'en empêcher.

Aussi mon étonnement fut-il très grand dit M. Daru, le ministre, secrétaire d'État, de voir bientôt tout le quartier général opérant un mouvement rétrograde et d'apercevoir Napoléon reprenant la route de Dresde... Le surlendemain matin, j'eus l'explication de ce changement de plan qui fut fatal au général Vandamme ; comme je me présentais devant l'empereur et comme je manifestais la surprise que m'avait causée ce changement de résolution, l'empereur m'expliqua que, la surveille, il avait été surpris dans sa marche par des douleurs d'estomac si violentes qu'il lui avait été impossible d'aller plus loin et qu'il avait été obligé de se faire ramener en arrière.

Cela n'était cependant, ajouta-t-il, qu'une indisposition causée par un malheureux ragoût dans lequel on avait mis de l'ail que je ne puis supporter ; mais j'avais lieu de craindre que ce mal ne füt beaucoup plus grave. « Dans le fait, il s'était cru empoisonné ; c'était une crainte qu'il concevait assez facilement. » Et voilà, ajouta-t-1l, à quoi tiennent les grands événements ! Ceci sera peut-être irréparable.

A cette crainte des poisons succèdent le plus souventdes représailles terribles ; il n'y a alors plus de mort sans poison et, au moment où siégeait la Chambre Ardente, après avoir frissonné à la pensée du poison, on trembla, dit Albert Sorel, à l'idée du soupcon, de la lettre de cachet, de l’arrivée des exempts (2).

Les exemples historiques ne manquent pas et, si la foule est disposée à accepter d'emblée l'hypothèse de ce crime sans en contrôler l'existence, elle accepte avec plus de facilité encore d'attribuer à une empoisonneuse dont la culpabilité a été démon-

(1) Mémoires du chancelier Pasquier, t. Il, p. 85. (2) Albert Sorez. Préface de « Le Drame des Poisons » de M. Fr. FUNCK-BRENTANO,

p. XIV,

trée tous les crimes ou toutes les morts subites qui ont pu se produire dans son entourage. « Parce qu'il y a eu deux ou trois soupers fameux où les Borgia ont empoisonné, avec de fort bon vin, quelques-uns de leurs meilleurs amis, ce n’est pas une raison pour ne plus souper du tout, s'écrie Maffio. Ce n'est pas une raison pour voir toujours du poison dans l’admirable vin de Syracuse (1). »

C'est ainsi qu'Henri Estienne, en son libelle, ne craint pas d'accuser Catherine de Médicis d'avoir empoisonné Jeanne d'Albret, reine de Navarre.

« Pourtant a-t-elle recours à maistre René son empoisonneur à gages, qui, en vendant des senteurs et colets perfumez à la Roine de Navarre, trouva moyen de l'empoisonner de telle sorte que peu de jours après elle en mourut, dont depuis il s'est osé vanter, Jusques à dire qu'il avoit encore le cas tout prest pour deux ou trois autres qui ne s'en desfroyent pas (2). »

Voici ce que disent à ce sujet Pierre Matthieu et Secousse. Il semble que Jeanne de Navarre ait succombé à une syncope au cours d'une tuberculose pulmonaire ancienne.

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