Alfred Binel, loc, cit., p
2. Ch. Féré, Sensation et Mouvement, Revue philosophiq\ Voir aussi du même auteur : Sensation et Mouvement, Par Dégénérescence et Cnminalité, Paris, 1888; et VÈnergie et l des mouvements volontaires. Revue philosophique^ 1890.
la nature, mais d'une vue intérieure, d'un état ►uand des pans de mur entiers de salons conet d'expositions paraissent uniformément demi- deuil, cette prédilection pour le violet simplement la débilité nerveuse des peintres, î phénomène est encore caractéristique à un de la dégénérescence des uns et de Thystérie : c'est la formation de groupes ou d'écoles ïOlant intraitablement des écoles voisines, que e actuellement dans l'art et la littérature. Des des écrivains sains, dont l'esprit se trouve dans [uilibre normal, ne songeront jamais à se former îociation que l'on peut, à son gré, nommer mde; à rédiger un catéchisme, à se lier à des Ihétiques déterminés, et à entrer en lice pour ec l'intolérance fanatique d'inquisiteurs espay a une activité humaine qui doive être indivit à coup sûr Tactivité artistique. Le vrai talent j personnel. Ce qu'il rend dans ses créations, îme, ses propres vues et ses sentiments, et non nés appris de n'importe quel apôtre esthétique ; m impulsion créatrice, non à une formule théo* lée par le fondateur d'une nouvelle chapelle^ )u littéraire; il développe son œuvre dans la lui est organiquement nécessaire, et non dans chef de secte déclare exigée par la mode du ul fait qu'un écrivain ou un artiste se laisse r à un mot d'ordre, à un « isme » quelconque, avec des cris de jubilation derrière uti drapeau que turque, est une preuve complète de manque
de personnalité, c'est-à-dire de talent. Si les mouvements intellectuels, même sains et féconds, d'une époque, sont en règle générale classés en grandes divisions qui reçoivent un nom particulier, ce sont les historiens de la civilisation ou de la littérature qui, après coup, embrassent des yeux le tableau d'ensemble de cette époque et y établissent pour leur propre commodité des sections ct*des classes, afin de se retrouver eux-mêmes plus facilement dans la diversité des phénomènes. Mais ces divisions sont presque toujours arbitraires et artificielles. Les esprits indépendants (il n'est pas question ici des simples imitateurs), qu'un bon critique réunit en un groupe, laisseront peutêtre reconnaître une certaine ressemblance, mais en règle générale celle-ci sera le résultat d'influences extérieures, et non d'une réelle parenté intime. Personne ne peut se soustraire complètement aux influences ambiantes; et sous l'impression des événements, les mêmes pour tous les contemporains, aussi bien que des vues scientifiques régnant à un moment donné, certains traits qui les ^datent en quelque sorte se développent dans toutes les œuvres d'une époque. Mais les mêmes hommes qui, plus tard, se trouvent si naturellement réunis dans le livre /de l'histoire qu'ils paraissent former une famille, ont, "âîPQS'KVîè, suivi loin les uns des autres leur voie particulière, et n'ont guère soupçonné qu'on les comprendrait un jour sous une désignation commune. Il en est tout autrement quand des écrivains ou des artistes se réunissent sciemment et à dessein, et fondent une école esthétique comme on fonde une banque d'escompte : avec un titre pour lequel on revendiquerait volontiers la protection de
la loi, avec des statuts, un capital social, etc. Cela peut
être de la spéculation ordinaire, mais, en général, c'est
penchant au groupement, qui se révèle
jnérés et les hystériques, peut prendre
Chez les criminels, il conduit à la réunsi que Lonibroso le constate expressédiénés déclarés, à la « folie à deux »,
des malades impose complètement son gnon; chez les hystériques, à ces amitiés îler à Charcot en chaque circonstance :
•echerchent • » ; chez les écrivains enfin, 'écoles, lue commune de ces différentes formes
phénomène, de la « folie à deux », de ens nerveux, de la formation d'écoles % fondation de bandes de criminels, est, ^e, chez les chefs et incilateurs : la préisions; dans la suite, chez les disciples, la faiblesse de volonté et la suggestibilité
porteur d'une obsession est un incom- [ n'y a pas de conviction raisonnable avail normal de la pensée, qui, autant )arerait aussi complètement d'un esprit, si tyranniquement toute son activité, le résistiblement aux paroles et aux actes.
rime criminel, p. 519 et sqq[.
îu mardi, passim.
, p. 173 : « Dans la prédisposition au délire aiblesse intellectuelle accompagnante d'autre l'explication réelle des cas de folie à deux ». Folie à deux, Paris, 1880.
Contre le fou et le demi-fou délirant rebondit toute démonstration de Tabsurdité de ses aperceplions; nulle contradiction, nulle raillerie, nul mépris ne le touchent; l'opinion de la majorité lui est indifférente; les faits qui ne sont pas à son gré, il les ignore ou les interprète de telle sorte qu'ils semblent venir en aide à son délire; les obstacles ne Teffraient pas, parce que, contre la puissance de son délire, son instinct de conservation même est incapable de lutter, et en vertu de la même raison il est très souvent prêt à aller pour eux jusqu'au martyre. Des faibles d'esprit ou des déséquilibrés, en contact avec un délirant, sont immédiatement subjugués par la puissance de ses idées pathologiques et s'y convertissent aussitôt. Parfois il est possible de les guérir de ces délires transmis, en les séparant de ceux qui les ont provoqués; mais souvent aussi le trouble menlal survit à la séparation même.
Telle est Thistoire naturelle des écoles esthétiques. Un dégénéré proclame, sous l'effet d'une obsession, un dogme littéraire quelconque, le réalisme, la pornographie, le mysticisme, le symbolisme, le diabolisme. 11 le fait avec une éloquence violente et pénétrante, avec surexcitation, avec un manque d'égards furibond. D'autres dégénérés, hystériques, neurasthéniques, se réunissent autour de lui, reçoivent le nouveau dogme de sa bouche, et vivent à partir de ce moment pour le répandre.
Dans ce cas, tous les intéressés sont de bonne foi : le fondateur comme les disciples. Ils agissent comme ils doivent agir, étant donné l'état maladif de leur cerveau et de leur système nerveux. Mais ce tableau, tout à fait clair au point de vue clinique, est généralement embrouillé
quand Tapôtre d'un délire et sa suite parviennent à attirer sur eux une attention plus générale. Alors cet apôtre voit accourir à lui un tas de gens qui ne sont plus de bonne foi, qui savent très bien reconnaître le côté insensé du nouveau dogme, mais néanmoins Tacceptent, parce qu'ils espèrent gagner réputation et argent, comme membres de la nouvelle secte. Il y a dans chaque peuple dont l'art et la littérature sont développés, de nombreux eunuques intellectuels qui ne sont pas capables d'engendrer une œuvre vivante, mais arrivent très bien à imiter le geste de la procréation. Ces mutilés forment malheureusement la grande majorité des écrivains et des artistes de profession, et leur grouillante masse parasitaire étouffe trop souvent le talent vrai et spontané. Or, ce sont eux qui se hâtent de fournir l'escorte à chaque nouvelle tendance qui semble devenir à la mode. Ils sont naturellement toujours les plus modernes de tous, car nul commandement d'originalité, nulle conscience artistique ne les empêchent d'imiter constamment avec le même zèle d'artisan, en le défigurant, le modèle le plus récent. Habiles à s'approprier les extériorités, plagiaires et pasticheurs déterminés, ils s'empressent autour de chaque manifestation originale, qu'elle soit maladive ou saine, et se mettent sans perdre de temps à en fabriquer des contrefaçons. Aujourd'hui ils sont symbolistes, comme ils étaient hier réalistes ou pornographes. Us écrivent avec la même facilité des mystères, s'ils s'en promettent renom et bon débit, comme ils bâclaient des romans de chevalerie et de brigands, des récits d'aventures, des tragédies romaines et des idylles villageoises, quand la demande des cri-
tiques de journaux et du public paraissait se porter plutôt sur cette marchandise-là. Ces praticiens qui, établissons-le de nouveau, forment la grande majorité des travailleurs intellectuels, par conséquent aussi des membres des sectes à la mode dans fart et la littérature, sont d'ailleurs complètement sains au point de vue intellectuel, quoique à un très bas degré de développement, et celui qui les examinerait pourrait facilement mettre en doute, en ce qui concerne les fidèles des nouvelles doctrines, la justesse du diagnostic « dégénérescence ». On doit, en conséquence, apporter quelque prudence dans Tenquête, et constamment distinguer les promoteurs sincères des camelots spéculateurs qui les imitent, le fondateur de la religion et ses apôtres de la plèbe qui se préoccupe non du Discours sur la montagne, mais de la Pêche miraculeuse et de la Multiplication des pains.
Nous avons montré comment naissent lesécoles : elles sont le fruit de la dégénérescence des créateurs et de leurs imitateurs convaincus. Mais qu'elles puissent venir à la mode, obtenir quelque temps des succès bruyants, cela s'explique par des particularités du public, et notamment par son hystérie. Nous avons vu que la suggestibilité excessive est le signe caractéristique des hystériques. Cette même puissance de l'obsession par laquelle le dégénéré recrute des imitateurs, groupe aussi autour de lui des partisans. Si l'on assure à l'hystérique, bien haut et sans se lasser, qu'une œuvre est belle, profonde, grosse d'avenir, il le croit. Il croit à tout ce qui lui est suggéré d'une façon suffisamment pénétrante. Quand la petite vachère Bernadette vit apparaître la Sainte Vierge dans la grotte de Lourdes,
non seulement toutes les bigotes et les hystériques accourus au miracle crurent que la vait elle-même vu l'apparition, mais rs propres yeux la Sainte Vierge, icourt raconte le fait suivant, relatif : « Mais la dépêche qui annonce la le Prusse, et la prise de 25 000 priêche, dit-on, affichée dans T intérieur Paris), cette dépêche, que me décla- [ens, au milieu desquels je la cherche tte dépêche que — dans une étrange es gens croient voir, en me faisant ur : « Tenez, la voilà, làl ».... et id un mur où il n'y a rien, — cette a découvrir, la cherchant et la recher- 5 coins de la Bourse * ». On pourrait de ces exemples d'illusions des sens le excitée. Les hystériques se laissent façons, convaincre de la magnificence y trouvent même ensuite des beautés 3vé, auxquelles son auteur et les trom- Qée de celui-ci n'ont pas le moins du fois la secte suffisamment constituée son fondateur et les prêtres de son ns salariés et les enfants de chœur, lauté, des processions avec bannières )ches retentissantes, alors se joignent ants, en plus des hystériques qui se
urt, dernière série, premier volume : 1870-
sont laissé suggérer la foi nouvelle. De jeunes gens sans discernement, qui cherchent encore leur route, vont là où ils voient la foule affluer, et ils la suivent sans hésitation, parce qu'ils croient qu'elle marche dans le vrai sentier. Des sots, qui ne craignent rien tant que d'être tenus pour arriérés, se joignent à elle avec des rugissements de vivats qui doivent les convaincre eux-mêmes qu'ils dansent, eux aussi, devant le tout nouveau triomphateur, la toute récente célébrité. Des vieillards usés, qui ont la crainte puérile que l'on sache leur âge, fréquentent assidûment le nouveau temple et mêlent leur voix chevrotante au chant des fidèles, parce qu'ils espèrent qu'en les voyant dans un groupe où prédominent les jeunes gens, on les tiendra pour jeunes.
Ainsi s'établit un attroupement en forme autour d'un infortuné dégénéré. Le fat à la mode, le « gigolo » esthétique, regarde par-dessus l'épaule de l'hystérique auquel a été suggérée l'admiration. L'intrigant marche sur les pieds du barbon qui feint la jeunesse, et entre eux tous se presse la jeunesse curieuse des rues, qui doit se trouver partout où « se passe quelque chose ». Et comme cette foule est poussée par la maladie, l'avidité du gain et la vanité, elle fait beaucoup plus de vacarme qu'un bien plus grand nombre d'hommes sains qui jouissent tranquillement et sans arrière-pensée égoïste des œuvres des talents bien portants; ces derniers, en effet, ne se sentent pas obligés d'aller hurler leur appréciation sur les toits et ne menacent pa' d'assommer les passants innocents qui ne veulent pas s'associer à leurs acclamations assourdissantes .
ÉTIOLOGIE
Nous avons reconnu que les tendances et modes littéraires et artistiques « fin de siècle », ainsi que Taccessibilité du public à leur égard, sont l'effet de maladies, et nous avons pu établir que ces maladies sont la dégénérescence et Thystérie. Nous avons maintenant à rechercher comment ces maladies de Tépoque sont nées, et pourquoi elles apparaissent si extraordinairement fréquentes justement en notre temps.
Morel, le grand scrutateur de la dégénérescence, ramène au fond celle-ci à Tintoxication *. Une génération qui use régulièrement, même sans excès, de stupéfiants et d'excitants sous n'importe quelle forme (boissons fermentées, tabac, opium, haschisch, arsenic), qui mange des choses corrompues (seigle ergoté, mauvais maïs), qui absorbe des poisons organiques (fièvre palucreenne, syphilis, tuberculose, goitre), engendre des descendants dégénérés qui, s'ils