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Traité -des dégénérescences, passim

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restent exposés aux mêmes influences, descendent rapidement aux plus bas degrés de la dégénérescence, à Tidiotisme, au nanisme, etc. Que Tintoxication des peuples civilisés continue et augmente dans la plus grande mesure, c'est ce que révèle la statistique. La consommation du tabac est montée en France, de kilo 8 par tête qu'elle était en 1841, à 1 kilo 9 en 1890 *. On a pour l'Angleterre les chiffres correspondants de 13 et 26 onces', pour l'Allemagne ceux de kilo 8 et 1 kilo 5. L'usage de l'alcool s'est, pendant le même temps, élevé en Allemagne de 5, 45 quart (1844), à 6, 86 quart (1867), en Angleterre de 2, 01 litres à 2, 64 litres, en France de l^S g m^e à A ) jtrfts ^. L'augmentation de la consommation de l'opium et du haschisch est même plus forte encore, mais nous n'avons pas à nous en occuper, car seuls en souffrent les peuples orientaux,

1. Communication personnelle de rexcellent statisticien M. Joseph Kôrôsi, chef du bureau de statistique de Budapest.

2. Discours du chancelier de l'Échiquier Goschen dans la Chambre des communes» le 11 avril 1892.

3. J. Vavasseur dans VÉconomiste français de 1890. Voir aussi Bulletin de statistique pour 1891. Les chiffres ne sont pas certains, car ils sont donnés autrement par chaque statisticien auquel je me suis adressé. Seul le fait de l'accroissement de l'usage de l'alcool ressort avec certitude de toutes les publications consultées. Outre l'alcool, on consommait en boissons fermentées, par tête de population, d'après M. Joseph Kôrôsi :

Grande-Bretagne. Vin. Eière et cidre.

1830-1850 0,2 gallons. 26 gallons.

France.

Prusse.

1839 13.48 quarts.

Empire allemand.

1872 81.7 litres.

qui ne jouent aucun rôle dans le mouvement intellectuel blanche. A ces influences nocives s'en ajoute j que Morel n'a pas connue ou n'a pas prise en on : le séjour dans la grande ville. L'habitant ide ville, même le plus riche, celui qu'entoure )lus recherché, est continuellement exposé à des défavorables qui amoindrissent sa force vital, elà de la mesure inévitable. Il aspire un air détritus organiques, il mange des aliments flétris, s, falsifiés, il se trouve dans un état perpétuel iation nerveuse, et on peut le comparer sans a à l'habitant d'une contrée marécageuse.

la grande ville sur l'organisme humain offre la e analogie avec celui des maremmes, et sa popu- ^ictime de la môme fatalité de dégénérescence et tion que les victimes de la malaria. La morta- EL grande ville, est de plus d'un quart supérieure ane du peuple tout entier; elle est le double de rase campagne, bien qu'en réalité elle devrait Ire, puisque dans la grande ville prédominent s plus vigoureux, où la mortalité est bien plus dans l'enfance et la vieillesse *. Et les enfants s des grandes villes, qui ne sont pas enlevés de re, subissent l'arrêt de développement caractélevé par Morel dans la population des contrées es '. Ils se développent assez normalement jiis-

nce, la mortalité générale a été, de 1886 à i890, de 22,21 dais à Paris elle s'est élevée à 23,4, à Marseille à 34,8, les villes de plus de 100 000 habitants à une moyenne ns tous les endroits de moins de 5000 habitants, à 'decine moderne, année 1891.

fe* dégénérescences, p. 614 et 615.

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qu'à quatorze ou quinze ans, sont jusque-là éveillés, '^'*'•fois même brillamment doués et promettent merveille soudainement se produit un arrêt, Tesprit s'éteint, la lilé de compréhension se perd, et le garçon qui, encore, était un écolier modèle, devient un cancre < qu'on ne peut piloter qu'avec la plus grande diffici travers les examens. A ces modifications intellect! répondent des modifications physiques. La croissanc os longs est excessivement lente ou cesse complète] les jambes demeurent courtes, le bassin conserve forme féminine, certains autres organes ne se dévelo] pas davantage, et l'être entier offre un étrange et rej sant mélange d'inachèvement et de flétrissure *.

Or, on sait combien, dans la dernière génératic nombre des habitants des grandes villes s'est ace Aujourd'hui, une partie incomparablement plus grani peuple qu'il y a cinquante ans est soumise aux influ destructives de la grande ville; le nombre des victim

1. Brouardel, La Semaine médicale. Paris, 1887, p. 254. cette étude des plus remarquables, le professeur parisien dit autres : « Que deviennent plus tard ces jeunes Parisiens? pables d'accomplir un long et consciencieux travail, ils ex< d'ordinaire aux choses artistiques. S'ils sont peintres, ils on de couleur que de dessin; s'ils sont poètes, la ciselure du assure leur succès, plus que la vigueur de la pensée ». — i procher de la remarque de Lombroso citée plus haut.

2. Les 26 villes allemandes qui, aujourd'hui, ont plus de \ habitants, en comptaient ensemble, en 1891, 6 millions, et e 1 400 000. Les 31 villes anglaises de cette catégorie, 10 870 1891, 4 590 000 en 1835. Les 11 villes françaises dans le mêm< i 180 000 en 1891, 1710 000 en 1836. \\ faut remarquer qu'ei un tiers de ces 68 villes n'avait pas encore, en 1840, 100 000 tants. Aujourd'hui habitent dans les grandes villes, en Allen en France et en Angleterre, 21050 000 individus, tandis qu'en .4 800 000 seulement se trouvaient dans ces conditions d'exis

(Communication de M. Joseph Kôrôsi).

Max Nordau. — Dégénérescence. I — 5

celle-ci est pour cette raison proportionnellement plus considérable que jadis, et augmente continuellement. Avec la croissance des grandes villes s'augmente parallèlement le nombre des dégénérés de toute espèce, des criminels, des fous et des « dégénérés supérieurs » de Magnan, et il est naturel que ces derniers jouent dans la vie intellectuelle Tin rôle toujours plus en vue, qu'ils s'efforcent d'introduire dans l'art et la littérature toujours plus d'éléments de folie. L'énorme accroissement de l'hystérie, à notre époque, est dû en partie aux mêmes causes que la dégénérescence; il y a en outre une cause beaucoup plus générale encore que la croissance des grandes villes, cause qui ne suffit peutêtre pas à elle seule à amener la dégénérescence, mais qui est à coup sûr pleinement suffisante pour produire l'hystérie / ; v^et la neurasthénie. Çettetçause est la fatigue de la génération actuelle. Que l'hystérie soit en réalité une conséquence de la fatigue, c'est ce que Féré a démontré par des expériences probantes. Dans une communication à la Société de biologie de Paris, ce très distingué savant s'exprime ainsi : « J'ai observé récemment un certain nombre de faits qui mettent en évidence l'analogie qui existe entre la fatigue et la condition permanente des hystériques. On sait que chez les hystériques la symétrie des mouvements se manifeste d'une manière très caractéristique dans de nombreuses circonstances. J'ai constaté que chez les sujets normaux cette même symétrie des mouvements se retrouvait sous l'influence de la fatigue. Un phénomène qui se montre bien marqué chez les grands hystériques, c'est cette excitabilité particulière qui fait que l'on voit, sous l'influence d'excitations périphériques ou de représen-

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tatîons mentales, Ténergie des mouvements volontaires subir des modifications rapides et transitoires coexistantes avec des modifications parallèles de la sensibilité et des fonctions de nutrition. Cette excitabilité peut être également mise en évidence dans la fatigue... La fatigue constitue une véritable hystérie expérimentale momentanée ; elle établit une transition entre les états que nous appelons normaux et les é(ats divers compris sous le nom d'hystérie. On peut changer en hystérique un individu normal en le fatiguant... Tous ces agents (provocateurs de Thystérie) peuvent être ramenés, au point de vue de leur rôle pathogénique, à un processus physiologique unique : la ffttîpjnft, 1;^ fl^pr^^fi^^jo n des ptf^nom^^fig vitaiiTj ho. Cette cause qui, d'après Féré, transforme des individus sains en hystériques, — la fatigue, — Thumanité civilisée tout entière y est soumise depuis un demi-siècle. Toutes ses conditions vitales ont subi en ce laps de temps une révolution dont il n'y a pas d'exemple dans l'histoire universelle. L'humanité n'offre pas uç seul siècle où les inventions qui pénètrent si profondément, si tyranniquement dans la vie de chaque individu, s'entassent comme au nôtre. La découverte de l'Amérique, la Réforme, ont sans aucun doute puissamment excité les esprits et détruit certainement aussi l'équilibre de milliers de cerveaux peu résistants. Mais cela n'a pas changé l'existence matérielle des hommes. On se levait et on se couchait, on mangeait et buvait, on s'habillait, on s'amusait, on passait ses jours et ses années comme on l'avait toujours fait. De notre temps,

i. Féré, La Semaine médicale, 1890, p. 192.

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Mais il est inutile de remonter jusqu'à Tannée 182^ choisie par le professeur Hofmann; arrêtons-nous, pour la comparaison avec le présent, à Tannée 1840. Ce n'est pas arbitrairement que nous prenons cette année-là. C'est environ le moment où est née la génération qui a assisté à Tirruption des nouvelles découvertes dans tous les ordres d'idées et de faits et subi en personne les transformations qui en sont la conséquence. Cette génération règne et gouverne aujourd'hui, elle donne partout le ton, et elle a pour fils et pour filles la jeunesse européenne et américaine, dans laquelle les nouvelles tendances esthétiques trouvent leurs fanatiques partisans. Comparons maintenant comment les choses se passaient en 18&0 et un demi-siècle plus tard dans le monde civilisé *.

En 1840, il y avait en Europe 3000 kilomètres de che-^ mins de fer; en 1890, il y en a 218 000 kilomètres. Le chiffre des voyageurs se montait en 1840, pour l'Allemagne, la France et l'Angleterre, à 2 millions et demi; en 1891, il est de 614 millions. En Allemagne^ chaque habitant recevait, en 1840, 85 lettres, en 1888, 200. En 1840, la poste distribuait, en France, 94 millions de lettres; en Angleterre, 277 millions; en 1881, 595 millions dans le premier pays, et 1299 dans le second. Les envois de lettres de tous les pays réunis, en dehors

1. Pour ne pas rendre trop lourdes les notes au bas des pages, j'indique ici que les chiffres suivants sont empruntés en partie à des communications de M, Joseph Kôrôsi, en partie à une remarquable étude de M. Charles Richet : Dans cent ans {Revue scienlifiquey années 1891 et 92) j et en partie moindre à des publications particulières, comme V Annuaire de la Presse, Press Directory, etc. Pour certains chiffres nous avons mis aussi à profit MulhaU et le dis- . cours au Reiçhstag de M. de Stephan, 4 février 1992.

du mouvemeait mt^eur de chaque pays pris à part, g'élavaient en 18&0 à 92 millions, en 1889 à 2759. En Aitemagne paraissaient, en 18/10, 305 journaux, en 1891, 6800; en France, 776 et 6182, en Angleterre (1846) 551 et 2255. La librairie allemande produisait, en 1840, 1100 nouveaux ouvrages, en 1891, 18700. Le commerce d'exportation et d'importation de Tunivers avait, en 1840, une valeur de 35 millisurds de francs; en 1889, une valeur de 92 milliards. Les vaisseaux qui, en 1840, sont entrés dans les ports réunis de la Grande-Bretagne, contenaient 9 millions et demi de tonnes, et en 1890, 74 millions et demi. Tous les navires marchands britanniques mesuraient, en 1840, 3 200 000 tonnes, en 1890, 9688 000.

Que l'on songe maintenant à la façon dont naissent ces chiffres formidables. Les 18 700 nouvelles publications de librairie, les 6800 journaux de l'Allemagne veulent être lus, quoique beaucoup le veulent en vain; les 2759 millions de lettres doivent être écrites; le mouvement commercial plus grand, les nombreux voyages, le trafic maritime plus fort, impliquent une activité proportionnellement plus coiisidér2J}le de chaque individu. Le dernier habitant de village a aujourd'hui un horizon géographique plus large, des intérêts intellectuels plus nombreux et plus compliqués, que le premier ministre d'un petit État et même d'un État moyen il y a un siècle; en lisant seulement son journal, fût-ce la plus innocente feuille de chou locale, il prend part, non pas en intervenant et en décidant, sans doute, mais avec un intérêt de curiosité et de réceptivité, à mille événements qui se passent sur tous les points du globe, et il se préoccupe simultanément de l'issue d'une

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révolution au Chili, d'une guerre de brousse au Dahomey, d'un massacre dans la Chine du Nord, d'une famine en Russie, d'une échauffourée en Espagne, et d'une exposition universelle dans l'Amérique du Nord. Une cuisinière reçoit et expédie plus de lettres qu'autrefois un professeur de faculté, et un petit boutiquier voyage plus, voit plus de pays et de peuples, que jadis un prince régnant.

Or, toutes ces activités, même les plus simples, sont liées à un effort du système nerveux, à une consommation de matière. Chaque ligne que nous lisons ou écrivons, chaque visage humain que nous voyons, chaque conversation à laquelle nous nous livrons, chaque scène que nous percevons par la portière du train filant à toute vapeur, met en activité nos nerfs et notre cerveau. Même les petits ébranlements en chemin de fer non perçus par la conscience, les bruits perpétuels et les tableaux variés des rues d'une grande ville, notre impatience à connaître la suite de tels et tels événements, l'attente de notre journal, du facteur, des visiteurs, tout cela coûte du travail à notre cerveau. Depuis cinquante ans, la population de l'Europe n'a pas doublé ; la somme de son travail est montée au décuple, en partie même à cinquante fois plus. Chaque homme civilisé fournit donc aujourd'hui de cinq à vingt-cinq fois autant de travail qu'on lui en demandait il y a un demi-siècle.

A cet énorme accroissement de dépense organique ne répond pas et ne peut pas répondre un accroissement égal de revenu. Les Européens mangent aujourd'hui un peu plus et un peu mieux qu'il y a cinquante ans, mais nullement, il s'en faut de beaucoup, en proportion du surr

croit de fatigue qui leur est actuellement imposé. Et même

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Pour parler sans métaphore, la statistique indique dans quelle mesure la somme de travail de l'humanité civilisée s'est accrue depuis un demi-siècle. Cette dernière n'était pas entièrement de taille à supporter cet effort plus grand. Il Ta fatiguée et épuisée, et cet épuisement et cette fatigue se manifestent, che^ la première génération, sous forme d'hystérie acquise; chez la seconde, d'hystérisme héréditaire.

Les nouvelles écoles esthétiques et leur succès sont une forme de cette hystérie en masse; mais elles sont loin d'être la seule. La maladie de l'époque se manifeste encore par beaucoup d'autres phénomènes qui peuvent être mesurés et comptés, c'est-à-dire qui sont susceptibles d'être constatés scientifiquement. Et ces symptômes certains et non équivoques d'épuisement sont bien propres à éclairer les profanes qui pourraient croire à première vue que c'est arbitrairement que le spécialiste rapporte à l'état de fatigue de l'humanité civilisée les tendances à la mode dans l'art et la littérature.

C'est devenu un lieu commun de parler de l'augmentation constante des crimes, de la folie et des suicides. En 1840, en Prusse, sur 100 000 personnes ayant l'âge de la responsabilité criminelle, il y avait 714 condamnés; en 1888, 1102. (Communication épistolaire du bureau de statistique prussien). En 1865, sur 10000 Européens il se produisait 63 suicides; en 1883, 109, et, depuis, le nombre en a encore considérablement augmenté. On a, dans les vingt dernières années, découvert et dénommé un certain nombre de nouvelles maladies nerveuses *. Que

V i. V.-G, André, Les nouvelles maladies nerveuses, P^ris, i892.

l'on n'aille pas s'imaginer qu'elles ont toujours existé, mais mi'Allpq ont passé inaperçues. Si elles étaient apparues ) part, on aurait bien su les reconnaître, car alors lue les théories régnant en médecine aux diverses s étaient erronées, il y a toujours eu des médecins Eices et attentifs qui ont su observer. Si donc on ne ua pas les nouvelles maladies nerveuses, c'est que imment elles n'apparaissaient pas. Et elles sont rement une conséquence des conditions d'existence s de l'humanité civilisée. Maintes affections du \ nerveux portent déjà une dénomination qui e qu'elles sont une conséquence immédiate d'in- 5 de la civilisation moderne. Les noms de « railway-

> (moelle épinière-chemin de fer) et de « railway-

> (cerveau-chemin de fer), que les pathologistes et américains ont donné à certains états de ces

5, montrent qu'ils leur reconnaissent pour cause les tiens que le voyageur subit perpétuellement ou itellement en i«ragon. Le fort accroissement de la imation des narcotiques et des stimulants, qui a été tré plus haut par des chiffres, a également sa source istable dans l'épuisement des contemporains. 11 y désastreux cercle vicieux d'actions réciproques. Le (et vraisemblablement aussi le fumeur) engendre fants affaiblis, héréditairement fatigués ou dégéet ceux-ci boivent et fument à leur tour, parce ;ont fatigués, aspirent à une excitation, à un instant ice sentiment de vigueur ou à l'apaisement de leur ilité douloureuse, puis ensuite, par faiblesse de 3, ne peuvent résister à leur habitude lorsqu'ils ont

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reconnu que c^le^ augmente à la longue aus^i l;»i,en j|^ur épuisement que leur excitabilité *.

Beaucoup d'observateurs établissent que la génération actuelle vieillit bien plus tôt que les générations précér dentés. Dans son discours d'ouverture du semestre d'hiver de Tannée 1891 à la Faculté de médecine de TUniversité Victoria, sir Japies Crichton-Browne montre cet effet du genre de vie actuel sur les contemporains *. De 1859 à 1863 sqnt mortes en Angleterre, de maladies de cœur, 92 181 personnes; de 1884 à 88, il en est mort 224 102. Les maladies nerveuses ont emporté, de 1864 à 68, 196 000 personnes; de 1884 à 88, 260558. La différence de chiffres serait bien plus frappante encore, si sir James avait choisi, pour la comparer au présent, une période plus reculée, car en 1865 la haute pression sous laquelle travaillaient les Anglais était déjà presque aussi forte qu'en 1885. Les morts qu'ont enlevés les maladies çle cœur et de nerfs sont les victimes de la civilisation. Cœur et systteie nerveux s'écroulent tout d'abord sous le surmenage. Sir James dit encore dans son discours : « Hommes et femmes vieillissent avant l'âge. La vieillesse empiète sur la vigueur de la virilité... Les morts uniquement dues à la vieillesse se trouvent maintenant reportées entre l'âge de quarante-cinq et de cinquante-cinq ans... ». M. Gritcbett (un émineat oculiste) dit : « Ma propre expé-

1. Legrain, op. cU,, p. 251 : « Les buveurs sont des dégénérés ». Et p. 258 (après quatre histoires de malades qui servent d'appui h cette remarque qui les résume) : « Ainsi donc, à la base de toutes les formes de Talcoolisme, nous trouvons la dégénérescence men laie ».

2. Revi^ sdentifiqi/ie, aonée 1892, 49^ volume, p. 168 et sqq.

ÉM^-.v'i-

rîATiftp. mil fi'Atp.nH mAîntAnant suF un quart de siècle, me

et femmes recherchent maintes à une période de leur vie lisaient leurs ancêtres... Cette is de quarante-cinq ans ». Les dents se gâtent et tombent plus ig assure que la calvitie prédes gens de tempérament nerde santé générale faible ». On cercle de ses amis et connaise Ton commence à grisonner !.a plupart des hommes et des i'hui leurs premiers cheveux de la trentaine, et beaucoup Jadis le cheveu blanc était juantaine.

imérés sont des conséquences ement, et ceux-ci à leur tour m contemporaine, du vertige notre vie enragée, du nombre msations et de réactions orga* ptions, de jugements et d'imressent aujourd'hui dans une îette cause générale des phéntemporains s'ajoute encore lulière. Par les épouvantables national français avait subies erres napoléoniennes, par les [IX auxquels il avait été soumis lion et pendant la durée de

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répopée impériale, il se trouva particulièrement mal préparé à Tassaut des grandes découvertes du siècle, et erf fut plus fortement secoué que les autres peuples plus robustes et plus capables de résistance. Sur ce peuple aux nerfs affaiblis et prédestiné aux troubles morbides fondit ensuite Tépouvantable catastrophe de 1870. Il s'était cru, avec une satisfaction de lui-même touchant presque à la folie des grandeurs, le premier peuple du monde, et il se vit soudain humilié et écrasé. Toutes ses convictions s'écroulèrent brusquement. Chaque Français individuellement subit des revers de fortune, perdit des membres de sa famille, et se sentit personnellement atteint dans ses conceptions les plus chères, voire même dans son honneur. Le peuple tout entier tomba dans l'état d'un homme qu'un coup écrasant de la destinée frappe soudainement dans ses biens, sa situation, sa famille, sa considération, son estime de lui-même. Des milliers de gens perdirent la raison. On observa même dans Paris une véritable épidémie de maladies mentales, pour lesquelles on trouva un nom spécial : la folie obsidionale.. Et ceux-là même qui ne perdirent pas directement la raison, virent leur système nerveux s'altérer d'une manière durable. Cela explique qu'en France l'hystérie et la neurasthénie soient si fréquentes et apparaissent sous des formes si variées, et qu'on* ait pu les étudier dans ce pays plus exactement que partout ailleurs. Mais cela explique aussi que c'est précisément en France que devaient prendre naissance les [ modes les plus délirantes en art et en littérature, ^t^^JigJi' là précisément on eut pour la première fois suffisamment \ conscience de l'épuisement maladif dont nous avons parlé.

pour chercher à son sirjrt un mot particulier et trouver la dénomination de « fin de siècle ».

Je crois avoir prouvé ma thèse. Dans le monda civilisé règne incontestablement une disposition d'esprit crépusculaire qui s'exprime, entre autres choses, par toutes sortes de modes esthétiques étranges. Toutes ces nouvelles tendances, le réalisme ou naturalisme, le décadentisme, le néo-mysticisme et leurs subdivisions, sont des manifestations de dégénérescence et d'hystérie, identiques aux stigmates intellectuels de celles-ci cliniquement observés et incontestablement établis. Et la dégénérescence et l'hystérie de leur côté sont les conséquences d'unejisuj:e.orgà- Srée, subie par les peuples à la suite de l'augmentation gigantesque du travail à fournir et du fort accroissement des grandes villes.

Guidé par cette chaîne solidement enclavée des causes et des effets, tout homme accessible à la logique reconnaîtra qu'il commet une lourde erreur, en Voyant dans les écoles esthétiques surgies depuis quelques années les porte-bannières d'un nouveali temps. Elles n'indiquent pas du geste l'avenir, mais étendent la main vers le passé. Leur parole n'est pas une prophétie extatique, mais le balbutiement et le radotage déraisonnants de malades d'esprit, et ce que les profanes prennent pour des explosions de force juvénile surabondante et de turbulent désir de procréation, n'est en fait que les spasmes et convulsions de l'épuisement.

Il ne faut pas se laisser abuser par certains lùots d'ordre qui reparaissent fréquemment dans les œuvres de ces soi-disant novateurs. Ils parlent de socialisme, d'éman-

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cîpation intellectuelle, etc., et ont ainsi Tapparence pénétrés des idées et tendances du temps présent. 1 n'est qu'une vaine apparence. Les mots à la mod piqués çà et là dans Tœuvre sans y avoir leur raci tendances de l'époque y apparaissent seulement con badigeon extérieur. C'est un phénomène observ( tout délire, qu'il reçoit sa coloration particulière di de culture du malade et des idées dominantes de l'i dans laquelle il vit. Le catholique en proie à la fo grandeurs se tient pour le pape, le juif pour le 1 l'Allemand pour l'empereur bu un feld-marécl Français pour le président de la République. Dans 1 de la persécution, le malade accusait autrefois la m ceté et les mauvais tours des envoûteurs et des sor aujourd'hui il se plaint que ses ennemis imaginai envoient des courants électriques dans les nerfi tourmentent avec le magnétisme. Les dégénér és r; aujourd'hui de socialisme et de darwinisme, parce < mots, et, dans le meilleur cas, les idées aussi qui î tachent, leur sont familiers. Ces œuvres soi-disant listes et libres penseuses de dégénérés favorisent au le développement de la société vers des formes éc ques plus équitables et des vues plus raisonnables mécanisme du monde, que les plaintes et les pe d'un individu atteint de la folie de la persécutic rend l'électricité responsable de ses sensations déi blés, ne contribuent à la connaissance de cette for œuvres confuses ou platement bavardes, qui ont tention d'apporter des solutions aux graves qiiesti notre temps ou du moins de les préparer, formen

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