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Paul Verlaine, op. ciL, p

216 LE MYSTICISBfE

lilé d'âme que met un homme sain à accomplir des actions idifférentes ou vertueuses; après leur perpétration, il est bsolument satisfait de lui, tandis que Timpulsif conserve i pleine conscience de Tabjection de son acte, lutte désesérément contre son instinct, jusqu'à ce qu'il ne puisse lus résister, et éprouve, après l'acte, le plus terrible ésespoir et un grand repentir. Un « impulsif » seul parle e lui-même sur un ton plein de reproches, comme du seul Pervers » (P. 71), ou trouve les notes contrites des remiers sonnets de Sagesse :

Hommes durs! Vie atroce et laide d'ici-bas!

Ah ! que du moins, loin des baisers et des combats,

Quelque chose demeure un peu sur la montagne,

Quelque chose du cœur enfantin et subtil,

Bonté, respect! car qu'est-ce qui nous accompagne,

Et vraiment, quand la mort viendra, que reste- t-il?...

Ferme les yeux, pauvre âme, et rentre sur-le-champ : Une tentation des pires. Puis l'infâme...

Si la vieiUe folie était encore en route?

Ces souvenirs, va-t-il falloir les retuer?

Un assaut furieux, le suprême, sans doute!

va prier contre l'orage, va prier!...

C'est vers le Moyen-Age énorme et délicat

Qu'il faudrait que mon cœur en panne naviguât.

Loin de nos jours d'esprit charnel et de chair triste...

Et là que j'eusse part

à la chose vitale.

Et que je fusse un saint, actes bons, pensers droits,

Haute théologie et solide morale.

Guidé par la folie unique de la Croix Sur tes ailes de pierre, ô folle Cathédrale !

Comme le montrent ces exemples, la compagne ordilaire de l'érotisme maladif, la ferveur religieuse, n'est pas

non plus absente des œuvres de Verlaine. Cette ferveur revêt du reste, dans maintes autres poésies, une expression beaucoup plus nette. Je veux seulement citer des strophes caractéristiques empruntées à deux autres pièces de Sagesse V

mon Dieu, vous m'avez blessé d*amour,

Et la blessure est encore vibrante,

mon Dieu, vous m*avez blessé d'amour.

mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

Et la brûlure est encore là qui tonne, (Qu'on observe ces expressions et ces répétitions constantes)* mon Dieu, votre crainte m'a frappé.

mon Dieu, j'ai connu que tout est vil, Et votre gloire en moi s'est installée, mon Dieu, j'ai connu que tout est vil.

Noyez mon âme aux flots de votre vin.

Fondez ma vie au pain de votre table, Noyez mon âme aux flots de votre vin.

Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Voici ma chair indignée de soufl'rance.

Voici mon sang que je n'ai pas versé.

Suit rénumération extatique de toutes les parties du corps qu'il offre à Dieu en sacrifice ; puis le poème se termine ainsi :

Vous connaissez tout cela, tout cela, Et que je suis plus pauvre que personne, Vous connaissez tout cela, tout cela.

Mais ce que j'ai, mon Dieu, je vous le donne.

A la Sainte Vierge, le poète s'adresse en ces termes:

Je ne veux plus aimer que ma mère Marie.

Tous les autres amours sont de commandement,

i. Paul Verlaine, op, cit., p. 175, 178.

Nécessaires qu'ils sont, ma mère seulement Pourra les allumer aux cœurs qui Tont chérie.

C'est pour Elle qu'il faut chérir mes ennemis, C'est pour Elle que j'ai voué ce sacrifice, Et la douceur de cœur et le zèle au service.

Comme je la priais, Elle les a permis.

Et comme j'étais faible et bien méchant encore, Aux mains lâches, les yeux éblouis des chemins, Elle baissa mes yeux et me joignit les mains. Et m'enseigna les mots par lesquels on adore.

Les cordes touchées ici sont bien connues de la clinique psychiatrique. Il faut rapprocher de ces épanchements la description que fait Legrain d'un de ses malades : « C'est toujours Dieu, la Vierge, sa cousine, qui reviennent dans ses discours ». (Il s'agit d'une manie héréditaire chez un conducteur d'omnibus). « Des idées mystiques viennent compléter la scène; il parle de Dieu, du ciel, fait des signes de croix, des génuflexions, il dit qu'il suit la loi du Christ ». (L'objet de l'observation est un journalier). c< Le diable veut me tenter, mais je vois Dieu qui me protège; il faut que vous priiez pour moi, j'ai demandé à Dieu que tout le monde soit béni, etc. * ».

La perpétuelle alternance de dispositions opposées chez Verlaine, ce régulier passage subit du rut bestial à la dévotion extatique et du péché au repentir, ont frappé même des observateurs qui ne connaissent pas la signification de ce phénomène. « Il est », dit M. Anatole France, « tour à tour croyant et athée, orthodoxe et impie * ». Oui, Verlaine est tout cela, mais pourquoi?

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