‹ Dégénérescence, Volume 1Chapitre 34 sur 60 · Jules Huret, op. cit,, p · texte numérisé non relu

Jules Huret, op. cit,, p

Simplement parce qu'il est un « circulaire ». Par ce terme

assez peu heureux qu'a imaginé la psychiatrie française,

on entend des aliénés chez lesquels les états d'excitation

et de dépression se suivent régulièrement. A la période

d'excitation correspondent les impulsions irrésistibles au

crime et les discours blasphémati

sèment les accès de contrition

laire » appartient à la pire esp<

« ivrogne, obscène, méchant et

incapable de toute occupation r

qu'il est évident que, dans l'état

accomplir aucun travail qui exige

tention. Le « circulaire » est co

son mal, s'il n'appartient pas à

vagabond ou voleur; il n'y a pa

la société normale. Verlaine a été

Il s'est traîné en France sur te

mais a aussi vagué en Belgique

sa sortie de prison il réside le j

n'y a pas de domicile, et se fait î

sous prétexte de douleurs rhuma

pu trop facilement gagner dans s

étoile. L'administration ferme h

vivre et le couvert par égard p

Conformément à la tendance

cherche à exalter ce qui ne peut (

que son vagabondage, qui lui

organique, est un état glorieux

1. E. Marandon de Montyel, De la rescence. Archives de V Anthropologie (

220 LC mrSTICISME

comme quelque chose de beau, d'artistique et de sublime, et contemple les yagabonds avec des yeux pleins de tendresse. Parlant d'eux, il dit {Grotesques) :

Leurs jambes pour toutes montures, Pour tous biens Tor de leurs regards»

Par le chemin des aventures Us vont haillonneux et hagards.

Le sage, indigné, les harangue; Le sot plaint ces fous hasardeux ; Les enfants leur tirent la langue Et les ûUes se moquent d'eux.

Chez tous les aliénés et les imbéciles on rencontre celte conviction, que les gens raisonnables qui les jaugent sont des « sots ».

.... Dans leurs prunelles Rit et pleure — fastidieux — L'amour des choses éternelles, Des vieux morts et des anciens dieux !

— Donc, aUez, vagabonds sans trêves, Errez, funestes et maudits, Le long des gouffres et des grèves, Sous l'œil fermé des paradis !

La nature à l'homme s'allie Pour châtier comme il le faut L'orgueilleuse mélancolie Qui vous fait marcher le front haut.

Dans une autre pièce {Autre) ^ il crie à ses camarades de prédilection :

Allons, frères, bons vieux voleurs.

Doux vagabonds, » Filous en fleur.

Mes chers, mes bons,

Fumons philosophiquement, Promenons-nous Paisiblement :

Rien faire est doux.

De même que le vagabond se sent attiré vers les vagabonds, Taliéné se sent attiré vers les aliénés. Verlaine ressent une admiration sans bornes pour le roi Louis II de Bavière, ce malheureux dément dont la raison était complètement éteinte longtemps déjà avant sa mort, et chez lequel les plus hideux instincts d'immondes animaux de la plus basse espèce avaient seuls survécu à la destruction des fonctions humaines du cerveau. Il lui adresse cet hymne :

Roi, le seul vrai Roi de ce siècle, salut, Sire, Qui voulûtes mourir vengeant votre raison Des choses de la politique, et du délire De cette Science intruse dans la maison.

De cette Science assassin de l'Oraison Et du Chant et de TArt et de toute la Lyre, Et simplement et plein d'orgueil en floraison ïuàtes en mourant, salut, Roi, bravo, Sire!

Vous fûtes un poète, un soldat, le seul Roi

De ce siècle

Et le martyr de la Raison selon la Foi...

Deux choses frappent dans le langage de Verlaine. Premièrement, le fréquent retour du même mot, de la même tournure, ce « rabâchage » dans lequel nous :avons vu un symptôme de débilité intellectuelle. Presque dans chacune de ses poésies reviennent plusieurs fois, sans changement, les mêmes vers et les mêmes hémistiches, et

au Heu d'une rime reparaît souvent tout simplement le même mot. Si je voulais citer tous les exemples de ce genre, il me faudrait transcrire à peu près toutes les poésies de l'auteur; je me bornerai donc à quelques spécimens.

Dans le Crépuscule du soir mystique reparait deux fois, sans nécessité organique, ce vers : « Le souvenir avec le crépuscule », et celui-ci : « Dahlia, lys, tulipe et renoncule ». Dans Promenade sentimentale, Tadjectif « blême » poursuit le poète à la façon d'une obsession ou « onomatomanie », et il l'applique aux nénuphars et aux ondes (« des ondes blêmes! »). La Nuit du Walpurgis classique commence ainsi :

Un rythmique sabbat, rythmique, extrêmement Rythmique

Dans Sérénade, les deux premières strophes reviennent mot à mot comme quatrième et huitième strophes. De même dans Ariettes oubliées, VIII :

Dans l'interminable Ennui de la plaine, La neige incertaine Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre, Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre Et mourir la lune.

Gomme des nuées Flottent gris les chênes Des forêts prochaines Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre, Sans lueur aucune.

On croirait voir vivre Et mourir la lune.

Corneille poussive, Et vous, les loups maigres, Par ces bises aigres Quoi donc vous arrive?

Dans Tinterminable Ennui de la plaine, La neige incertaine Luit comme du sable.

Chevaux de bois commence ainsi :

Tournez, tournez, bons chevaux de bois, Tournez cent tours, tournez mille tours.

Tournez souvent et tournez toujours, Tournez, tournez au son des hautbois.

Dans une pièce vraiment charmante de Sagesse, on trouve ceci :

Le ciel est, par-dessus le toit.

Si bleu, si calme !

Un arbre, par-dessus le toit,

Berce sa palme.

La cloche, dans le ciel qu'on voit,

Doucement tinte.

Un oiseau, sur Tarbre qu'on voit,

Chante sa plainte.

Dans « les fleurs des gens, les fleurs innombrables des champs », (Amour) « champs » et « gens » ont à peu près la même assonance. Ici le rabâchage imbécile de sons semblables inspire au poète un jeu de mots inepte. Et maintenant, cette strophe de Pie^*rot gamin :

Ce n est pas Pierrot en herbe Non plus que Pierrot en gerbe.

C'est Pierrot, Pierrot, Pierrot.

Pierrot gamin, Pierrot gosse, Le cerneau hors de la cosse , C'est Pierrot, Pierrot, Pierrotl

Ce sont là les paroles d'une nourrice à son nourrisson, où il ne s'agit pas de chercher un sens, mais simplement de gazouiller à Tenfant des sons qui lui font plaisir. La strophe finale d'une autre pièce, Mains, indique un arrêt complet de la pensée, un marmottage machinal hébété :

Ah ! si ce sont des mains de rêve,

Tant mieux, ou tant pis, — ou tant mieux.

La seconde particularité du langage de Verlaine est l'autre symptôme de la débilité intellectuelle : la réunion de substantifs et d'adjectifs absolument incohérents, qui s'appellent réciproquement par une association d'idées vaguant sans égard au sens, ou par une similitude de son. Nous en avons déjà trouvé quelques exemples dans les citations précédentes. Il y a été question du « Moyen-Age énorme et délicat » et de « la brûlure., qui tonne ». Verlaine parle aussi de pieds qui « glissaient d'un pur et large mouvement », d'une affectin « étroite et vaste », dun «paysage lent », de « jus flasque », de « parfum doré », de « galbe succinct », etc. Les symbolistes admirent cette manifestation de l'imbécillité, en l'appelant « la recherche de l'épithète rare et précieuse ».

Verlaine a nettement conscience du vague de sa pensée, et dans une pièce très remarquable au point de vue psy-

LES SYMBOUSTES 225

chologique, Art poétiq'uey où il cherche à donner une ihéorie de son lyrisme, il élève la nébulosité à la hauteur d un principe et d'une méthode :

De la musique avant toute chose.

Et pour cela préfère l'Impair Plus vague et plus soluble dans l'air, Sans rien en lui qui pèse ou qui pose.

(« Pèse » et « pose » sont uniquement juxtaposés à cause de leur similitude de sons).

U faut aussi que tu n'ailles point Choisir tes mots sans quelque méprise; Rien de plus cher que la chanson grise Où l'Indécis au Précis se joint.

C'est des beaux yeux derrière des voiles,

C'est le grand jour tremblant de midi, '

C'est, par un ciel d'automne attiédi,

Le bleu fouillis des claires étoiles ! ,

Car nous voulons la Nuance encor.

Pas la Couleur, rien que la nuance !

Oh ! la nuance seule fiance Le rêve au rêve et la flûte au cor!

Cette strophe est du pur délire; elle oppose en un contraste la c( nuance » à la « couleur », comme si celle-ci n'était pas contenue dans celle-là. L'idée qui probablement flottait dans le pauvre cerveau de Verlaine, mais qu'il n'a pu mener complètement à terme, c'est qu'aux couleurs bien nettes il préfère les couleurs assourdies et mixtes, qui sont sur la limite de différentes couleurs.

Fuis du plus loin la Pointe assassine, L'esprit cruel et le Rire impur, Qui font pleurer les yeux de l^zur, Et tout cet ail de basse cuisine I

Max Nordau. — Dégénére3cence. 1 — 15

' Je M songe' paé à nier que, aux mains de Verlaine, cette métholdé poétique ne donne parfois des résultats de la plus grande beauté. 11 y a dans la littérature française peu de poésies comparables à la Chanson d'automne^ dont le charme mélancolique s'exprime en vers richement rimes et emplis de musique :

Les sanglots longs Des violons

De l'automne Blessent mon cœur , D'une langueur

Monotone.

Tout suffocant Et blême, quand

Sonne l'heure, Je me souviens Des jours anciens,

Eb je pleure.

Et je m'en vais

Au vent mauvais Qui m'emporte

Deçà, delà, ' ' Pareil à la

; '" Feuille morte.

f ly autres pièces^ Avant que tu ne t^en ailles,.,. (P. 99)^ ti II pleure dans moû cœur (P. 116), doivent être regar- ; dées, comme des perles de la poésie lyrique française.

C'est que les ressources d'un rêveur fortement émotif et inapte à penser suffisent à la poésie n'exprimant que des dispositions générales de Tâme ; mais là est la limite qui lui est impitoyablement assignée. Rappelons-nous toujours ce qu'est la « disposition d'âme ». Ce mot indique un état

dans lequel la conscience, par suite d'excitations organiques qu'elle ne peut percevoir directement, est remplie de représentations uniformes qui sont plus ou moins clairement élaborées et se rapportent toutes sans exception à ces excitations organiques inaccessibles à la conscience. Lé" simple alignement de mots qui désignent ces représeriti^ons associées àyaùt leurs racines dans Tinconscien^f, exprime la disposition d'âme et ^yéut éveiller celle-cî chez* un autre. Il n'est pas besoin d'une idée fondamentale, d'un exposé progressif quî développe Cet état d'âme. Deà poésies de cette nature réussissent parfois étonnamment à Verlaine. Mais là où une conception déterminée, mi sentiment dont le motif est cla^ pour la conscîencie, un fait nettement circonscrit dans le temps et dans l'espace, doivent être transmis poétiquement, la poétique du débile émotif devient entièrement impuissante. Chez Fè poète à l'esprit sain et vigoureux, une disposition générale ellemême se rattache à des images nettes, et û'est paâ un simple ondoiement de brumes roses diaphanes. Le dégénéré émotif ne créera jamais des poésies comme Toutes les cimes sont calmes. Le Pécheur, Plein de joie ef de tristesse, de Gœthe; mais, d'autre part, les plus mer^ veilleuses poésies de Gœthe, reflétant des disposition^ générales, ne sont pas aussi complètement immatérielles, aussi âoupirées, que trois ou quatre des meilleures poésies d'un Verlaine.

Nous avons maintenant devaiit ndlis la figure bien nette du chef le plus fameux des symbolistes. Nous voyons un effrayant dégénéré au crâne asymétrique et au visage mongoloïde j un vagabond impulsif et un dipsomane qui tf

subi la prison pour un égarement erotique, un rêveur émotif, débile d'esprit, qui lutte douloureusement contre ses mauvais instincts et trouve dans sa détresse parfois des accents de plaintes touchants, un mystique dont la conscience fumeuse est parcourue de représentations de Dieu et des saints, et un radoteur dont le langage incohérent, les expressions sans signification et les images bigarrées révèlent l'absence de toute idée nette dans l'esprit. Il y a dans les asiles d'aliénés beaucoup de malades dont le délabrement intellectuel n'est pas aussi profond et incurable que celui de ce « circulaire » irresponsable, que, pour son malheur, on laisse aller librement, et que seuls ont pu condamner, pour ses fautes épilepliques, des juges ignorants. Un second chef des symbolistes, dont nul ne met en question Fautorité, est M. Stéphane Mallarmé. Il est le plus curieux phénomène de la vie intellectuelle de la France contemporaine. Quoiqu'il ait maintenant largement dépassé la cinquantaine, il n'a presque rien produit; le peu que l'on connaît de lui est, en outre, au sentiment de ses admirateurs les plus déterminés, chose indifférente; et néanmoins il passe pour un très grand poète, et sa complète stérilité, l'absence absolue de toute œuvre qu'il pourrait montrer et qui témoignerait de ses facultés poétiques, sont précisément prônées comme son plus grand mérite et comme la preuve la plus frappante de son importance intellectuelle. Le lecteur sain d'esprit trouvera cela si fabuleux, qu'il exigera à bon droit la preuve de ce que j'avance. Or, M. Charles Morice dit de Mallarmé : « De l'œuvre d'un poète, comme il l'a dit lui-même, exclu de toute participation aux

déploiements de beauté officiels, Je n'ai pas à divulguer les secrets. Le fait même (jue cette œuvre soit encore inconnue... semblerait interdire d'adjoindre le nom de M. Mallarmé aux noms de ceux qui nous ont donné des livres. Je laisse bruire, sans y répondre, la critique vulgaire, et j'observe que, sans nous avoir donné « des livres », M. Mallarmé est célèbre. Célébrité, naturellement, qui ne s'est pas faite sans exciter dans les petits et grands journaux des rires, ceux de la sottise; sans offrir à la sottise publique et privée, officielle et majestueuse ou officieuse et besogneuse, l'occasion tôt saisie d'étaler ses turpitudes qu'irrite l'approche d'une merveille nouvelle... Les gens, malgré l'horreur qu'ils ont pour la beauté et surtout pour la nouveauté dans la beauté, ont compris malgré eux, peu à peu, le prestige d'une autorité légitime. Us ont eu, eux-mêmes et même eux! honte de leurs ineptes rires, et devant cet homme que ces rires n'arrachaient pas à la sérénité de son silence méditatif, les rires se sont tus, à leur tour subissant la divine contagion du silence. Même pour les gens, cet homme qui n'imprimait pas de livres d'art personnel et que tous pourtant désignaient : « un poète », devint comme la symbolique figure du poète, en effet, qui cherche le plus possible à s'approcher de l'Absolu... Par son silence il a signifié que... il ne pouvait réaliser l'œuvre d'art encore inouïe qu'il veut accomplir. Cette abstention ainsi motivée, et dût la vie méchante refuser de seconder l'effort, notre respect, et mieux que le respect, notre vénération seule peut lui répondre digiement * »•

1. Charles Morice, la LiHémturç 4e tout û l'heure^ p. 238-240.

|30 i^ inrsTicisif]^

Le gr^phomane Charles Morice, du %Ie détraqué et |)isç0mu duqpel cette citation dom^e une juste idée, admet que l^allarmé créera peut-être pourtant encore son ff çBifvre d*^rt inouïe ». Mais M* Mallarmé lui-même conpç^G toute raison d'être à un espoir de ce genre. « Le délif ijBux Mallarpé », raconte M- Paul Henrieu, « me disait m jour... qu'il ne comprenait pas que Ton se publiât. Un lel iBicte lui faisait l'effet d'une indécence, d'une perverlion, comme ce vice qu'on nomme : l'exhibitionnisme. Et, au reste, pul n'^uri^ été plus discret de son âme que fi^l incomparable penseur ' ».

Ainsi, cet f( incomparable penseur... est complètement discret de |$on âme ». Un jour, il justifie son silence par ij^ne sorte de crainte pudique de la publicité; une autre fois, parce qu'il « ne peut encore réaliser l'œuvre qu'il veut accomplir », deux arguments d'ailleurs qui se contredisent réciproquement. Il s'approche du soir de sa vie et n'a encore publié, en dehors de quelques plaquettes, telles que Les Dieux de la Grèce et L'Après-Jifidi d'un Faune, et quelques vers et comptes rendus de livres et de pièces dispersés dans des revues, — en tout à peine un maigre volume, — que quelques traductions de l'anglais et quelques livres scoljstires (M. Mallarmé est professeur d'anglais dans un lycée de Paris), et on l'admire comme up grand poète, comme le Poète, le seul, l'exclqsif, et on accable de toutes les expressions de mépris qui s'offrent à l'imagination d'un aliéné en colère, les « sots », le^

1. Jules Huret, op. et/., p. 33. — Depuis que ces lignes ont été écrites, M. Mallarmé s'est décidé à publier en «un volume son œuvre poétique. Loin d'infirmer ce qui est dit ci-dessus, cette publication en est la meilleure jMstification. «

l^S SyiflJBOUSTES :23l

a ni^uds » flpi rient de lui, N'e^t-ce pas làita.des pfadiges de nos jours? Les§ing fait dire par .Cqnfi^daos Emilia Galoitij que « si Raphaël.était par malheur ^ sans mains, il aurait été ie plu$ ^a^géaie.en pemture «. Nous avons dans M. Mallarmé un k^mme que Ton yénër^ 4îomme un grand poète, quoiqu'il sôit « né. malheureusement ssufis mains », quoiqu'il M crée pas» quoiqtill .n'exerce pas son soi-^sant art* A. L<Jûdré&, à uneépoquîB d'agiotage financier exul^rant, quand tout le moudè ae disputait avec fureur la possession! du moindre. cUffoa d© papier de Bourse, il advint que quelques compèfesbabiteiis invitèrent, par la voie des jo^ijnauï^ 4 souscrire. aux actîojç J'une société dont Iç but devrait regter secret. Il se trouva effectivement des gens pour confierleur argent à ces joyeux aigrefins, et les chroniqueurs dè5 crises de la. Cité trouvent cela incompréhensible. L'incompréhensible, se renouvelle à Paris. Quelques individus exigent; une admir ration sans bornes pour un poète dont les ceuvre^ restent son secret et le resteront sans doute, et d'autres lui apportent fidèlement et humblement l'admiration exigée. Les sorciers des nègres du Sénégal offrent à la vénération de ceux-ci des paniers ou des calebasses d'ans 'lesquels, ils leur assurent qu'un puissant fétiche est ènfertoé; Enréa^ lité, ils ne contiennent rien; mais les nègres contemplent les récipients vides avec une craiîite religieuse et leur -rendent, à eux et à leurs possesseurs, des honneurs divins. D'une façon absolument semblable, le vide Mallarmé est le fétiche des symbolistes, qui sont d'ailleurs fort au-des- ^.us* (ies nègres du Sénégal au point de vue intellectuel. C'est par ses entretiens oraux qu'U est parvenu, àj^fifte

832 LE BfYSTICHSlfE

situation de calebasse adorée à genoux. II réunit chez lui une fois par semaine des poètes et des écrivains en germe, et développe devant eux des théories d'art. Il parle comme MM. Morice et Kahn écrivent. Il aligne des mots obscurs et merveilleux qui rendent ses élèves aussi confus que « s'ils avaient dans la tète une roue de moulin » (voir Faust) 9 de sorte qu'ils le quittent comme ivres et avec l'impression d'avoir reçu des révélations incompréheni(ibles, mais surhumaines. S'il y a quelque chose de compréhensible dans le flot de paroles incohérentes de Mallarmé, ce serait peut-être son admiration pour les préraphaélites. C'est lui qui a rendu les symbolistes attentifs à cette école et les a poussés à son imitation. Les mystiques français ont reçu, par Mallarmé, le « médiévalisme » et le néo-catholicisme de leurs modèles anglais. Ajoutons encore, pour être complet, qu'on remarque chez Mallarmé « des oreilles longues et pointues de satyre * ». R. Hartmann *, Frigerio ' et Lombroso * ont, après Darwin, qui le premier appuya sur le caractère simiesque de cette particularité, déterminé la signification atavique et dégénérative de pavillons de l'oreille démesurément longs et pointus, et démontré qu'on les rencontre surtout fréquemment chez les criminels et les aliénés.

Le troisième parmi les esprits dirigeants des symbolistes est M. Jean Moréas, un Grec faisant des vers français, qui, à trente-six ans accomplis (ses amis prétendent, mais

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