Jules Huret, op, cit., p
2. R. Hartmann, Le Gorille (en allemand), Leipzig, 1881, p. 34.
3. D' L. Frigerio, L'Oreille externe. Étude d^ anthropologie erim» nette. Lyon, 1888, p. 32 et 40.
^ 4« Lombroso, L'Homme criminel^ p« 239.
probablement par méchanceté de camarades, qu'il se rajeunit considérablement), a produit en tout trois tr^s minces recueils de vers, de cent à cent vingt pages au plus chacun, qui portent ces titres : Les Syrtes^ Les Cahti" îènes et le Pèlerin passionné. Évidemment, l'étendue du volume ne fait rien à l'affaire, si celui-ci est exceptionnellement remarquable. Mais quand un homme caquette des années entières, dans d'interminables séances de café, sur le renouvellement de la poésie et la révélation d'un art de l'avenir, et que finalement il présente, comme résultat de ses efforts destinés à émouvoir le monde, trois plaquettes de vers enfantins, l'insignifiance matérielle de la production devient aussi, en ce cas, un trait de ridicule.
Moréas est un de ceux qui ont trouvé le mot v symbolisme ». Pendant quelques années il a été le grand-prêtre de cette doctrine secrète, et il a desservi son culte avec le sérieux requis. Puis, un beau jour, il abjura soudainement la reli^on fondée par lui-même, déclara que le « symbolisme » n'avait jamais été qu'une plaisanterie destinée à mener les nigauds par le nez, et que le véritable salut de la poésie se trouvait dans le c< romanisme ». Sous ce mot il prétend entendre le retour au langage, à la forme de vers et à la manière de sentir des poètes français à l'issue du moyen âge et à l'époque de la Renaissance ; mais on fera bien de suivre avec prudence ses explications, car il se peut que dans deux ou trois ans il dévoile aussi son << romanisme » comme une farce de brasserie, ainsi qu'il l'a fait avec le « symbolisme ».
L'apparition du Pèlerin passionné j en 1891, fut célé-
brée par les symbolistes comme un événement à dater duquel commençait une ère nouvelle pour la poésie. Us organisèrent en Thonneur de Jtforéas un banquet où, ïiu dessert, ou Tadora comme le libérateur qui bridait les vieilles forn^es et les vieilles idées, comme le Sauveur qui amenait le royaume de Dieu de la vrai^ poésie. Et les mêmes littérateurs qui s'étaient assis à table avec lui, qui lui avaient adressé des allocutions exaltées o\i avaient applaudi à celles-ci, le couvrirent, peu de semaine après^ de railleries et de mépris. « Et Jean Moréaç? ^yml^oliste? » s'écrie Charles Vignier. « L'est-il par sç^. idées*? Mais écoutez-le rire! Ses idées! Elles ne pèsept pas lourd, les idées de Jean Moréas ». — « Moréas ! » demande Adrienf Remacle; « nous en avons ri, tous, toujours; c'est ce qui Ta monté à la gloire! ». René Ghil nomme son Pèlerin passionné « des vers de mirlitpn écrits par un grammwen », et Gustave Kahn prononce ce jugement : « Moréa;5 n'a pas de talent.... Il n'a jamais rien fjiit de bon ; il a son jargon à lui * ». Ces jugements laissent reconnaître tout ce qu'il y a de creux et de mensonger, au fond; dans le mouvement symbolique que, hors de la France, des imbéciles et des spéculateurs en sensation s'entêtent à présenter comme ua mouvement sérieux, tandis que ses inventeurs français s'égosillent jusqu'à extinction de voix à persuader au monde qu'ils ont tout simplement voulu mystifier les philistins et se faire en même temps à eux-mêmes de la réclame.
Après ces jugements de ses frères du Panasse symbo-
. î. J^lç3 Huret, op. ciL,p. 102, 106, 401. ., :.
lique, je pourrais en rester là avec Moréas. Je veux cependant donner quelques échantillons de son Pèlerin passionné^ afin qi|e le lecteur puisse se faire une idée du degré de ramollissement du cerveau qui se révèle dans ces vers.
Voici le début de la première pièce du recueil, Agnès * :
Il y avait des arcs où passaient des escortes
Avec des bannières de deuil et du fer
Lacé (?), des potentats de toutes sortes
— Il y avait — dans la cité au bord de la mer.
Les places étaient noires, et bien pavées, et les portes,
Du côté de Test et de Touest, hautes; et comme en hiver
La forêt, dépérissaient les salies de palais, et les porches,
Et les colonnades de belvéder.
G^était (tu dois bien t*en souvenir) c'était aux plus beaux jours de ton adolescence.
Dans la cité au bord de la mer, la cape et la dague lourdes De pierres jaunes, et sur ton chapeau des plumes de perroquets, Tu t'en venais, devisant telles bourdes» Tu t'en venais entre tes deux laquais Si bouffîs et tant sots — en vérité, des happelourdes I — Dans la cité au bord de la mer tu t'en venais et tu vaguais Parmi de grands vieillards qui travaillaient aux felouques, Le lon^ des môles et des quais.
C*était (tu dois bien t'en souvenir) c'était aux plus beaux jours de ton adolescence.
Et ce radotage continue encore ainsi pendant huit -strophes, et nous trouvons à chaque ligne les signes caractéristiques du langage des débiles, tels que les relève Sollier dans sa Psychologie de V Idiot et de Vlmbécile : le rabâchage des mêmes expressions, Tincohéreiice de