Lombroso, Génie et Folie, p
2. « L'auteur renvoie ici expressément au livre intitulé : Thalysie ou le Salut de Chumanité, de A. Gleizès.... Sans une connaissance exacte des résultats consignés dans ce livre, des recherches si précises qui semblent avoir absorbé la vie entière d'un des plus sympathiques et des plus profonds Français, il pourrait être difficile d'obtenir l'attention... pour la régénération de la race humaine ». Richard Wagner, Religion et Art. Écrits et Poèmes complets, t. X, p. 307, note.
3. « L'appel séduisant d*Alberich aux nixes étale le dur et mo^ dant son N, qui répond si excellemment à toute sa manière d'être comme à la force négative du drame, de même qu'il forme le con-
E. de Hagen, etc. Mais les relations les plus importantes de ce genre étaient celles qui l'unissaient au pauvre roi Louis II. Wagner trouva en lui Tâme qu'il lui fallait; en lui il trouva la pleine compréhension de ses doctrines et de ses créations. On peut affirmer que c'est Louis de Bavière qui a créé le culte de Wagner. C'est seulement quand le roi fut devenu le protecteur déclaré du musicien, que celui-ci et ses tendances acquirent une importance pour l'histoire de la civilisation : non seulement parce que Louis II offrit à Wagner les moyens de réaliser ses rêves artistiques les plus somptueux et les plus audacieux, mais surtout parce qu'il mit l'éclat de sa couronne au service de la tendance wagnérienne. Qu'on songe, en effet, combien l'immense majorité du peuple allemand est profondément monarchique, avec quel tremblotement de genoux respectueux le buveur de bocks salue la calèche de cour, même vide; quels battements de cœur de délicieux enthousiasme la vue d'un prince provoque chez la demoiselle bien élevée! Et ici un roi véritable, et de plus un roi admirablement beau, jeune, entouré d'une légende, dont la folie passait alors auprès de toutes les âmes sentimentales pour un « idéalisme » sublime, étalait un enthousiasme sans bornes pour un artiste et renouvelait en une bien plus large mesure les rapports de Charles- Auguste avec Gœthe! A partir de ce moment, Wagner
traste le plus accusé avec le W moelleux des esprits des eaux. Quand ensuite il s'apprête à grimper du côté des jeunes filles, les allitérations Gl et Schl, alliées au léger et glissant F, marquent drastiquement la glissade sur le rocher glissant. Woglinde lui crie pour ainsi dire : A vos souhaits! quand il éternue, en employant cette allitération si appropriée : Pr (Fr) ». Cité par Hanslick, Stations musicales, p. 255.
naturellement devenir l'idole de tous les cœurs istes ». On était fier de partager le goût du roi i ». La musique de Wagner devint une musique bavaroise avec couronne et blason, en attendant enir plus tard une musique impériale allemande. 5 du mouvement wagnérien s'avance, comme cela igique, un roi dément.
s II pouvait mettre Wagner à la mode chez le allemand tout entier (à l'exception toutefois des is révoltés des prodigalités de leur roi), mais le nement d'humbles sujets n'aurait pas à lui seul 1 un fanatisme wagnérien. Pour que la simple mode r grandît jusqu'à celui-ci, un autre élément encore se mettre de la partie : l'hystérie de l'époque. B hystérie n'est pas encore répandue en Allemagne ré où elle l'est en France et en Angleterre, mais y manque pas non plus, et, depuis un quart de elle y gagne de plus en plus de terrain. L'AlIeen a été préservée, plus longtemps que les peuples lest, par le développement plus faible de la grande le et par l'absence de grandes villes proprement Mais, dans la dernière génération, ces deux bieni ont été surabondamment accordés ; deux grandes 5 ont fait le reste, pour rendre le système nerveux pie allemand accessible aux influences pernicieuses an des villes et des fabriques, effets de la guerre sur les nerfs de ceux qui y ont irt n'ont pas encore été étudiés systématiquement, tant ce serait là un travail bien utile et bien néces- La science sait quels désordres une seule forte émo-
LE CULTE DE RICHARD WAGf
tion morale, uû danger de mort soudain, pj duît dans Thomme ; elle a noté des cenla liers de cas où des personnes sauvées d'u sentes à Tincendie d'un navire ou à un ace de fer, menacées par un assassin, etc., c raison, ou ont été prises de maladies ner^ longues, souvent incurables. En temps nombreuses centaines de mille hommes toutes ces impressions terribles à la foi mois entiers, de cruelles mutilations ou ui les menacent à chaque pas. Ils ont fréqii eux le spectacle de la dévastation, de Tini horribles blessures et d*effroyables monceî En même temps, on exige énormément ils doivent marcher jusqu'à ce qu'ils tom vent compter ni sur une nourriture ni suffisants. Et ces centaines de milliers d'h raient pas l'effet qu'un seul de ces événe très en nombre incalculable par la guerre est prouvée, amener avec lui? Qu'on ne que le soldat, en campagne, est émoussé reurs qui l'entourent. Cela signifie simj cessent d'exciter l'attention de sa consci< n'en sont pas moins- perçues par les sens cérébraux et n'en laissent pas moins le le système nerveux. Si le soldat ne remai tant même le profond ébranlement et mi nisation qu'il subit, cela non plus ne prouv térie traumatique », la « moelle épinière fer » (railway-spine), les maladies nerveui
Max Nordau. — DégéuéresceDce.
OC moraly n'apparaissent, elles aussi, souvent que 'S mois après Tévénement qui les a occasionnées. )is qu'on ne peut pas mettre en doute que chaque guerre est une cause d'hystérie des masses, et que grand nombre des soldats rapportent d'une camjuoique complètement à leur insu, une vie nerveuse peu dérangée. Cette affirmation, il est vrai, s'apbien moins au vainqueur qu'au vaincu, car le e est une des plus hautes jouissances que puisse r un cerveau d'homme, et l'action dynamogène î jouissance est bien faite pour contrecarrer les es destructives des impressions de guerre. Mais a de la peine à les contre-balancer complètement, inqueur, lui aussi, laisse sur le champ de bataille Touac une bonne portion de force nerveuse et de orale.
brutalisation des masses » après chaque guerre 3nue un lieu commun. Cette expression procède ervation qu'à la suite d'une campagne la manière lu peuple devient plus brusque et plus grossière, la statistique enregistre un plus grand nombre de violence. Le fait est exact, mais son interpréuperfîcielle. Si le soldat rentré dans ses foyers te plus facilement et va jusqu'à s'armer du cou- ! n'est pas parce que la guerre l'a rendu plus aiais parce qu'elle l'a rendu plus irritable. Or, itabilité augmentée n'est qu'une des formes de la nerveuse.
l'influence des deux grandes guerres, en y rattadéveloppement de la grande industrie et l'accrois-
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LE CULTE DE RICHARD Vi
sèment des grandes villes, Thystérie a gagné chez le peuple allemand consid rain, et nous ne tarderons pas à rat enviable que les Anglais et les France dans cette direction. Seulement, chaq chaque folie, comme chaque maladie, du malade son aspect particulier. Le le caractère, les penchants et les hal donnent au détraquement sa couleur Anglais, enclins de tout temps à la d rescence et l'hystérie devaient revêtir religieuse. Chez les Français, avec leu loppé et leur passion si répandue poui artistiques, il était naturel que Thystér artistique et conduisît aux extravagan dans la peinture, la littérature et la m Allemands ne sommes en général ni cultivés sous le rapport esthétique. ^ pour le beau dans Tart s'exprime le ] exclamations idiotes : « Charmant! I demoiselle bien élevée glapit indifféra de tète aiguë et en montrant le blanc d'un caniche tondu d une manière i Vierge de Holbein du musée de Darm gnement de satisfaction avec lequel l'audition d'un orphéon, met le nez bière. Non pas que le sens du beai nature; je crois au contraire que, toi nous le possédons plus que la plupart mais ce sens, par la défaveur des c
atteindre son développement complet. Depuis la guerre de Trente Ans nous avons été trop pauvres, nous avons eu à combattre trop durement avec les nécessités de la vie, pour qu'il nous restât quoi que ce fût à donner à un luxe quelconque, et les classes dirigeantes de notre peuple, profondément romanisées, esclaves de la mode française, étaient devenues si étrangères aux masses, que celles-ci, pendant deux siècles, ne purent avoir la moindre part à la culture, au goût, aux satisfactions esthétiques des classes supérieures séparées d'elles par un abime infr chissable. Donc, le peuple allemaad, dans sa grap rite, ne s'intéressant pas à Tart et s'en préoccupairt peu,' l'hystérie allemande ne pouvait être non plus une hystérie artistique et esthétique.
Elle prit d'autres formes, en partie abominables, en partie ignobles, en partie ridicules. L'hystérie allemande se manifeste par l'antisémitisme, la forme la plus dangereuse de la folie des persécutions, dans laquelle l'individu qui se croit persécuté devient un persécuteur sauvage et capable de tous les crimes (le « persécuté-persécuteur » des aliénistes français) *. L'hystérique allemand s'occupe anxieusement, à la façon des hypocondriaques et des hémorroïdaires, de sa chère santé. Ses délires pivotent autour de ses transpirations et de ses fonctions alvines. Il s'éprend de fanatisme pour la camisole de flanelle de Jaeger et pour le gruau que moulent eux-mêmes les végétariens. Il tombe en une violente émotion devant les asper-
1. Legrand du SauUe nomme le persécuteur qui se croit persécuté « persécuté actir ». Voir son livre fondamental : Le délire des persécutions, Paris, 1871, p. 194.
sions d*eau froide et les courses à pieds nus sur Therbe humide, tant prônées par Kneipp . En même temps, il s'excite en un amour maladif pour les animaux (la « zoophilie » de Magnan) à cause des souffrances de la grenouille utilisée dans les recherches physiologiques, et comme note fondamentale de toute cette folie antisémilique, végétarienne, anti-vivisectionniste, jaegerolâtre et kneippophile, perce un chauvinisme teuton mégalomane contre lequel nous a mis vainement en garde le noble empereur Frédéric. Tous >oubles divers apparaissent en général simultanément, ^ois iur dix, on ne se trompera pas si Ton tient i adepte de Jaeger pour un chauvin, Tenthousiaste de Kneipp pour un fanatique du pain de gruau, et le défenseur de la grenouille avide du sang des professeurs, pour un antisémite.
L'hystérie de Wagner revêtit, elle, toutes les formes de l'hystérie allemande. Il pouvait dire de lui-même, en modifiant légèrement le Homo sum de Térence : « Je suis un déséquilibré, et Pul trouble intellectuel ne m'est étranger ». Il pouvait, comme antisémite, rendre des points au pasteur Stœcker *. 11 maniait la phraséologie chauvine avec une maîtrise inimitable *. N'a-t-il pas été jusqu'à faire accroire à sa chapelle d'hystériques hypnotisés que c'étaient des figures foncièrement allemandes, les héros de ses pièces, — ces Français, ces Brabançons, ces Islandais et Norvégiens, ces femmes de la Palestine,
1. Richard Wagner, Le Judaïsme dans la musique. Écrits et Poèmes complets, t. V, p. 83; Éclaircissements sur le Judaïsme dans la musique, t. VIII, p. 299.
2. Id,, Art allemand et Politique allemande, ÉcHts et Poèmes complets, t. VllI, p. 39; Qu* est-ce qui est allemand? t. X, p. 51 et passim.
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i74 LE MYSTICISME
tous ces êtres fabuleux qu'il était allé chercher dans les poésies provençales et dans celles des trouvères, dans la saga du Nord, dans l'Évangile, et qui, — à part Tann-^ hœuser et Les Maîtres chanteurs, — n'ont pas une seule goutte de sang allemand dans les veines, une seule fibre allemande dans leur corps ! C'est de la même façon qu'un charlatan hypnotiseur faisait accroire à ses victimes, en des représentations publiques, qu'elles mangeaient des pêches, tandis que ce n'étaient que des pommes de terre crues. Wagner se fit le défenseur du végétarisme, et comme le fruit nécessaire pour nourrir le peuple de cette façon n'existe abondamment que dans les contrées chaudes, il conseilla, sans hésiter, de « diriger une émigration rationnelle des peuples vers la péninsule de l'Amérique du Sud, qui, affirme-t-on, est seule en état, grâce à sa productivité tout à fait surabondante, de nourrir la population actuelle de toutes les parties du monde * ». 11 brandit son épée chevaleresque contre les physiologistes qui se livrent à des expériences sur les animaux*. Il ne s'enthousiasma pas pour la laine, parce que personnellement il préférait la soie, et c'est là l'unique lacune dans ce tableau d'ailleurs si complet. Wagner n'a pas été témoin de la grandeur du vénérable curé Kneipp ; sans quoi il aurait vraisemblablement aussi trouvé des paroles profondes pour la sublimité incomparablement allemande des pieds mouillés et pour la puissance rédemptrice des arrosements du genou.
1. Richard Wagner, Religion et Art, Écrits et Poèmes complets^ U X, p. 311.
2. id., Lettre ouverte à Af. Ernest de Weber, auteur de l^écrit : Les Chambres de torture de la science, ÉcHts et Poèmes complets, t." X. p. 25i.
Quand donc l'amitié romanesque du r pour Wagner eut enfin donné à celui-ci saife et attiré sur lui l'attention généra quand le peuple allemand eut appris à avec ses particularités, tous les mystique juif, des chemises de laine, du menu V( sympathiques, durent le saluer par de car il était la personnification de toute Sa musique, ils Tacceptaient simplei marché. L'immense majorité de ses fan^ nait rien. Les émotions que leur fais œuvres de leur idole ne provenaient :
de l'orchestre, mais en partie de la bea tableaux scéniques, et en plus grande particuliers qu'ils apportaient avec eux ils honoraient en Wagner le porte-pan
Je ne vais cependant pas jusqu'à prét< quement le chauvinisme à skat * et Tidéi €ures naturelles, du riz aux fruits, du « et du gilet de flanelle, qui faisaient ba une émotion délicieuse, les cœurs des à l'audition de sa musique. Cette mus ment aussi de nature à enchanter de forts effets d'orchestre amenaient chez tériques, — à l'hôpital de la Salpétrière, fréquemment l'hypnose en frappant so gong, — et la nature informe de la mél dait complètement à la rêvasserie vagah
- 1. Jeu de cartes affectionné par les teutom
. Une mélodie claire éveille et exige Tatlention, et se par conséquent à la fuite d'idées de dégénérés à Il débile. Un récitatif coulant, sans commencement ni réclame au contraire aucun effort d'esprit, car la t des auditeurs ne s'occupent pas du tout, ou ne )ent que très peu de temps, du jeu de cache-cache leitmotifs » ; on peut donc se laisser bercer et porter irive par lui et on en émerge comme on veut, sans ir particulier, seulement avec le sentiment volupl'avoir pris un excitant bain chaud de sonorités. Le t de la mélodie sans fin à la mélodie proprement t celui des arabesques capricieuses mille fois répétées, eprésentant rien de précis, d'une décoration murale sque à un tableau de genre ou d'histoire, et tal sait depuis longtemps combien la vue de ses ques est favorable au « kef », cet état de rêve dans l'intelligence est assoupie et où la folle du logis ;ouveme en maltresse dans la maison, nusique de Wagner initia les hystériques allemands fstères délicieux du « kef » turc. Nietzsche a beau à ce sujet, avec son idiot jeu de mots « Sursum^ boum » et ses observations sur l'adolescent allemand erche des « pressentiments »; on ne peut nier portion des fidèles de Wagner, celle qui apportait àtre un mysticisme maladif, trouvât chez lui des îtions, rien n'étant propre à évoquer des « pressen- 3 », c'est-à-dire des idées-frontière ambiguës et uses, comme une musique née elle-même d'ombres
nt aux femmes hystériques, Wagner les gagna ayant
tout non seulement par Térotisme lascif de sa musique,
mais encore par sa façon de présenter les rapports de
Thomme vis-à-vis de la femme. Rien n'ench
une femme romanesque que Tirrésistibilité i
chez la femme et l'adoration tremblante de s
surnaturelle chez Thomme. Prenant le contre-]
de Frédéric-Guillaume P% qui s'écriait avec C(
ne veux pas que vous me craigniez, mais que
miez ! », les femmes de ce genre préféreraient cr
homme : « Vous ne devez pas m'aimer, mai
mes pieds, dans la poussière, plein d'épouvant
reur ». Madame Vénus, Brunhilde, Iseult et
acquis à Wagner l'admiration des femmes,
qu'Elisabeth, Eisa, Senta et Gutrune.
Après que Wagner eut conquis l'Allemagne ( fervente en lui fut devenue le premier article du patriotique allemand, l'étranger, de son côté, e temps se dérober à son culte. L'admiration peuple a une puissance de persuasion exlrao impose même, avec une suggestion irrésistible rations aux autres peuples. Wagner a été un paux vainqueurs des guerres allemandes; c'e qu'ont été remportées les victoires de Sadowa e Le monde devait, qu'il le voulût ou non, prenc en face de l'homme que l'Allemagne déclarait i siteur national. Il effectua sa marche triompl du globe, couvert par le drapeau impérial alh ennemis de l'Allemagne étaient aussi ses enne fprça même ceux des AHemands restés froids à à prendre parti pour lui vis-à-vis l'étranger, h
le : moi aussi j'ai combattu pour lui, par la parole plume, contre les Français. Je Tai défendu aussi is patronnels qui, à Paris, sifflaient Lohengrin. it se dérober à un devoir de ce genre? Hamlet 1 son épée la tapisserie, sachant bien qu'un homme ière. Il faut alors lui courir résolument sus, si l'on 5 ou le frère de Polonius. Wagner avait la chance vis-à-vis des Hamlels français le rôle de la tapisi donne prétexte de diriger l'épée contre TAUe- ?olonius. Cela prescrivait impitoyablement à chaque id l'attitude à tenir dans la question Wagner, le des Allemands s'ajoutèrent encore à l'étranger sortes de choses qui y favorisèrent le succès de . Une minorité composée en partie de natures vraidépendantes et noblement exemptes de préjugés, partie aussi de dégénérés mus de manie de conr >n, prit parti pour lui, justement parce qu'il avait eusement et aveuglément attaqué par la majorité e en proie à la haine nationale. « Il est inepte », cette minorité, « de condamner un artiste parce ; Allemand. L'art n'a pas de patrie. Il ne faut pas 1 musique de Wagner avec des souvenirs de -Lorraine ». Cette manière de voir est si raisonnable 3le, que ceux qui l'ont émise ont dû en être satis* fiers. Ils se disaient nettement, en entendant la ) de Wagner : « Nous valons mieux et sommes diligents que les chauvins », et cette idée les mettait rement dans une si agréable et si bienveillante disd'esprit, qu'ils trouvèrent cette musique infiniment le qu'ils n'auraient fait, s'ils n'avaient dû étouffer
auparavant en eux des instincts banals et bas, et fortifier au contraire des pensées élevées, larges et distinguées. Les émotions qu'ils durent à leur satisfaction d'eux-mêmes, ils les attribuèrent ensuite par erreur à la musique de Wagner.
La circonstance aussi qu'on ne pouvait entendre qu'à Bayreuth celle-ci tout à fait authentique et non délayée, fut d'une grande importance pour l'estime qu'on en fit. Si on l'avait jouée dans chaque théâtre, s'il avait été possible d'assister sans peine et sans complications à une représentation de Wagner comme à une représentation du Trouvère^ Wagner n'aurait pas acquis, à l'étranger, son public précisément le plus zélé. On devait, pour connaître le Wagner authentique, se rendre à Bayreuth ; on ne pouvait le faire qu'à de longs intervalles et à des époques déterminées ; il fallait se préoccuper longtemps à l'avance de ses places et de son' logement. C'était un pèlerinage exigeant beaucoup d'argent et de temps, et auquel la plèbe, par conséquent, ne pouvait prendre part. L'excursion à Bayreuth devint ainsi le privilège des gens riches et distingués, et ce fut pour les snobs des deux mondes un grand mérite social que d'y être allé. On pou- Tait se vanter de ce voyage; on pouvait en être hautain. On n'appartenait plus à la foule, mais à l'élite; on était un hadji! Et les sages orientaux connaissent si bien la vanité spéciale aux hadjis, qu'un de leurs proverbes met •expressément en garde contre l'homme pieux qui a été trois fois à la Mecque. i
Ce fut donc un signe d'aristocratisme que d'avoir fait le pèlerinage de Bayreuth, et un signe de distinction intel-
d'apprécier Wagner malgré sa nationalité, vorable pour lui était créé, et une fois qu'on ains ces dispositions, il n'y avait aucune raison igit pas sur les hystériques étrangers comme l'Allemagne. Parsifal, notamment, devait t subjuguer les néo-catholiques français et ; anglo-américains qui marchent derrière le krmée du Salut. C'est surtout aussi avec cet agner triomphe auprès de ses admirateurs is. Entendre la musique de Parsifal est religieux de tous ceux qui veulent recevoir 1 sous forme musicale.
les motifs qui expliquent que Wagner ait uis l'Allemagne, puis le monde. L'absence chez la masse qui, dans la psalmodie, récite ); l'imitation des musiciens sans originalité le son côté le succès et se cramponnaient aux labit comme les enfants qui veulent qu'on avec soi, ces choses firent le reste pour ers à ses pieds. De tous les égarements du t, le wagnérisme, le plus répandu, est aussi IX. Le théâtre de Bayreuth, les Bayreuther Revue Wagnérienne de Paris, sont des urables qui permettront à l'avenir étonné de j l'étendue et toute la profondeur de la dégcde l'hystérie de notre temps.
Les formes artistiques et poétiques d nous avons étudiées jusqu'ici peuvent i des doutes aux esprits superficiels ou in seignés quant à leur source dans la dég présenter comme des manifestations d' fécond. Mais à côté d'elles en apparai:
s'exprime un état d'âme qui fait cependa et rend perplexe le lecteur même le \ plus accessible à la suggestion de la pi au charlatanisme s'affichant avec audac( livres et il s'affirme des doctrines dans li lui-même constate la profonde déchéanc leurs auteurs. Celui-ci prétend pouvoir i la magie et pouvoir faire des prestiges I donne une forme poétique à des délires et classés par la médecine mentale; c( livres qui rappçlleut la façon de pense
tout petits enfants ou d'idiots. Une grande partie des œuvres que j'ai ici en vue justifierait, sans autre forme de procès, la mise en tutelle de leurs auteurs. Comme cependant, en dépit de la folie visible de ces œuvres, les « compréhensifs » bien connus s'acharnent à découvrir en elles « de l'avenir », de « nouvelles excitations nerveuses » et des beautés d'espèce mystérieuse, et à les présenter aux gobe-mouches ébahis comme des révélations du génie, il n'est pas superflu de leur consacrer un court examen.
Une portion pas trop grande de mysticisme mène à la foi, une plus grande nécessairement à la superstition, et plus la pensée est confuse et détraquée, plus insensée sera la nature de la superstition. En Angleterre et en Amérique, celle-ci prend le plus ordinairement la forme du spiritisme et de la fondation de sectes. Des hystériques et des détraqués reçoivent des inspirations divines et se mettent à prêcher ou à prédire, ou conjurent les esprits et ont commerce avec les morts. Les histoires de revenants commencent à occuper une large place dans la littérature de fiction de l'Angleterre et à jouer dans les journaux de ce pays le rôle de bôuche-trous joué auparavant dans les journaux continentî^ux par le serpent de mer et le vaisseaufantôme. 11 s'est formé une société qui n'a pas d'autre but que de collectionner des histoires de revenants pour en contrôler la réalité, et même des savants en renom ont été saisis du vertige du surnaturel et condescendent à servir de garants aux aberrations les plus niaises.
En Allemagne aussi le spiritisme a trouvé accès, mais, somme toute, il a jusqu'ici conquis peu de terrain. Il peut y avoir dans les grandes villes quelques petites sociétés
spirites; Texpression anglaise trance y est devenue si familière à quelques détraqués, qu'ils Tont traduite en allemand par trans, en s'imaginant vraisemblablement, avec Tétymologie populaire, qu'elle signifiait « audelà », tandis qu'elle est en réalité le mot anglais qui désigne V « extase », c'est-à-dire l'état dans lequel doit, d'après l'hypothèse des spirites, se trouver le médium qui entre en communication avec le monde des esprits; mais le spiritisme a exercé encore peu d'influence sur notre littérature. Abstraction faite des derniers romantiques tombée dans l'enfance, notamment des auteurs de tragédies reposant sur ridée de « la fatalité » {Schicksalstragœdien)^ peu d'écrivains ont osé introduire dans leurs créations le surnaturel autrement que sous forme de symbole. C'est au plus si, chez Henri de Kleist et Justinus Kerner, il prend une certaine importance, et les lecteurs sains ne considèrent pas cela comme un avantage pour les drames de l'auteur infortuné de La Bataille d'Hermann et pour La Voyante de Prevorst du poète souabe. D'autre part, il convient d'observer que l'élément spectral a précisément valu à ces deux: écrivains, dans ces derniers temps, auprès des dégénérés et des hystériques allemands, un regain de jeunesse et de faveur. Maximilien Perty, qui vint évidemment trop tôt, ne rencontra de la part de la génération encore insuffisamment ramollie qui précéda la nôtre, avec ses épais volumes sur les apparitions des esprits, qu'une attention rare et plutôt moqueuse; et, parmi les contemporains^ il n'y a guère que le baron Karl du Prel qui se soit fait une spécialité du monde des revenants dans ses écrits théoriques et dans ses romans. Tout compté, nos œuvres dramatiques et
atives sont encore peu hantées, à peine assez pour ler la chair de poule à une pensionnaire, et chez les rains éminents de Tétranger connus en Allemagne, chez rgueneff, par exemple, ce ne sont pas non plus les )îres d'apparitions qui attirent le lecteur allemand. 3s quelques voyants que nous avons pour le moment re en Allemagne tentent également, cela va de soi, lonner à leur trouble d'esprit un vernis scienliflque, s s'appuient pour cela sur quelques professeurs de lématiques et de sciences naturelles, qui, disent-ils, complètement d'accord avec eux, ou du moins inclinent artie vers eux. Mais leur tout est uniquement Zœllner, )ffre simplement la triste preuve que le professorat ne erve pas de la folie, et ils peuvent peut-être invoquer re des remarques occasionnelles de Helmholtz et très mathématiciens sur les dimensions n (un nombre conque), qu'à dessein ou par faiblesse d'esprit mys- 3 ils ont mal comprises. Le mathématicien peut, dans roblème analytique, poser à la place de une, deux ou
dimensions, des dimensions n, sans que cette subtion change quelque chose à la loi du problème et aux i^ations régulières de celui-ci ; mais il ne lui vient pas dée de se représenter sous l'expression géométrique *^'°" dimension » quelque chose de donné dans ace et de saisissable par les sens. Quand Zœllner,
l'exemple connu du renversement de la rondelle en tchouc, qui, parce qu'il n'est possible que dans la ième dimension, devrait paraître absolument inimagie et surnaturel à un être bi-dimensional, croit faciliter ompréhension de la formation d'un nœud dans un
anneau fermé comme une action exécutable trième dimension, il offre simplement un plus de la tendance connue du mystique à s< comme les autres, de mots qui semblent sigr chose, qu'un imbécile, le plus souvent aussi, ( de comprendre, mais qui, en réalité, n'expri idée et ne sont, par conséquent, que de vains de signification.
C'est la France qui est en train de devi promise de la croyance aux apparitions. Les de Voltaire ont déjà damé le pion aux pieux i sous le rapport du surnaturel. Je n'ai pas e les classes populaires inférieures, chez lesqu des Songes n'a jamais cessé d'être, à côté d et parfois du Paroissien, le seul livre de 1 les belles dames qui de tout temps ont assi nambules et aux tireuses de cartes de brilla mais seulement les représentants mâles des vées. Des douzaines de sociétés spirites ( milliers de membres. Dans de nombreux salo leure société (meilleure dans le sens aussi d tivée 1), on évoque les morts. Une revue meni tiation, expose sur un ton profond et en p technicismes philosophiques et scientifiques ésotérique des merveilles de l'ultra-terrestre. ne paraît que tous les deux mois, les Annales psychiques f s'intitule « Recueil d'observatio riences ». A côté de ces deux revues, les plus il en existe encore toute une série d'autres semblable, et toutes sont fort répandues.
Max Nordao. — Dégénérescence. I
386 LE BfYSTiaSME
absolument spéciaux sur Thypnotisine et la suggestion ont éditions sur éditions, et c'est devenu une spéculation fructueuse pour les médecins inoccupés, qui se soucient peu de l'opinion de leurs confrères, de compiler sur ce sujet des manuels dépourvus, il est vrai, de toute valeur scientifique, mais que les profanes achètent comme des brioches. A part de rares exceptions, les romans en France n'ont plus de débit , mais des livres sur les phénomènes obscurs de la vie nerveuse s'écoulent brillamment, de telle sorte que des éditeurs habiles donnent à leurs auteurs découragés ce conseil : « Laissez pour le moment les romans, et écrivez sur le magnétisme ».
Quelques-uns des livres parus dans ces dernières années en France sur la magie se rattachent directement aux phénomènes de l'hypnotisme et de la suggestion : par exemple, Les états profonds de V hypnose ^ de A. de Rochas, et Traits de lumière^ « recherches physiques dédiées aux incrédules et aux égoïstes », de C.-A. de Bodisco. Plusieurs observateurs en ont conclu que les travaux et les découvertes de l'école de Charcot ont donné l'impulsion à tout ce mouvement. L'hypnotisme, disent les partisans de celui-ci, a mis en lumière tant de faits étonnants, que l'on ne peut continuer plus longtemps à douter de l'exactitude de certaines traditions, croyances populaires et récits anciens, que l'on tenait jusqu'ici pour des inventions de la superstition; possession, ensorcellement, double vue, guérison par l'imposition des mains, prophéties, commerce spirituel à la distance la plus éloignée sans intervention de la parole, ont été l'objet d'une nouvelle interprétation et ont dû être reconnus possibles.
Ouoi de plus naturel alors que d équilibre et insuffisamment préj scientifique, soient devenus ace contre lequel ils s'étaient défendu pour des contes de nourrice, quan sous le costume de la science et se leure société, en y croyant?
Pour si plausible que semble elle n'en est pas moins fausse, devant les bœufs; elle confond U homme complètement sain d'espri expériences de la nouvelle science au merveilleux. Jadis, on n'avait nomènes obscurs, ou Ton avait f( devant eux, parce qu'ils ne se la systèmes régnants et qu'on les ten billevesées ou des duperies. Depi officielle prend connaissance d'eus les Facultés et les Académies. On un moment à les tenir pour surr derrière eux l'action de forces ulti classe avec tous les autres phénom à l'observation des sens et déteri raies de la nature. Notre connaiss; son cadre et accepté un ordre de faî restés en dehors d'elle. Maintes a expliquées d'une façon plus ou moi ne le sont pas du tout. Mais u n'attache pas grande importance ne va pas loin dans la prétendue
mènes, et que le plus souvent nous devons nous contenter s déterminer d'une manière sûre et de connaître leurs itions immédiates. Il n'est pas dit non plus que la elle science a épuisé son objet et atteint ses limites, quels que soient l'inconnu et le surprenant qu'elle ;e mettre à jour, il n'est pas douteux pour l'esprit qu'il s'agira toujours en cela de choses naturelles, et les lois élémentaires de la physique, de la chimie et i biologie ne peuvent être ébranlées par ces découds.
donc maintenant tant de gens interprètent les lomènes de l'hypnose comme surnaturels et nourrisl'espoir que la conjuration des esprits des morts, les ges aériens sur le manteau magique de Faust, l'omniice, etc., seront bientôt des arts aussi courants que iture et la lecture, ce ne sont pas les découvertes de ience qui les ont conduits à cette illusion, mais l'illuexistante est heureuse de pouvoir se faire passer pour ience. Loin de se cacher, comme jadis, elle se montre ment dans la rue au bras de professeurs et d'académi- 5. M. Paulhan a très bien compris la chose : « Ce n'est simplement l'amour du fait positif, dit-il, qui a entraîné sprits ; il y a eu certainement une sorte de revanche amour du merveilleux, de désirs autrefois satisfaits et comprimés à présent, sommeillaient inavoués à l'état it. La magie, la sorcellerie, l'astrologie, la divination, îs ces antiques croyances correspondent à un besoin L nature humaine, celui de pouvoir agir facilement sur onde extérieur et sur le monde social, celui d'avoir, des moyens relativement aisés, les connaissances
requises pour que cette action soit La superstition jaillissant avec tas iement sa source dans les recherc s*élance simplement dans le cans Nous avons déjà fait remarquer i( que les déséquilibrés adaptent toi idées régnantes et s'emparent ave expliquer, des plus récentes décou\ physiciens étaient bien éloignés € magnétisme et d'électricité, que d( du délire des persécutions ramena sensations désagréables et leurs hi rants électriques ou étincelles que envoyaient à travers les murs, le chers; et, de nos jours, les dégé; les premiers à s'approprier les r hypnologiques et à les employer c( tifiques » de la réalité des esprits, d Mais la foi au merveilleux, les déi ravant; elle est un de leurs traits ne sont pas les observations des h de Paris et de Nancy qui l'ont cré^ S'il était besoin d'une autre pre affirmation, on la trouverait dans des « occultistes », comme ils se i leurs traités des arts magiques et leuses, de s'appuyer sur les résuit