SCÈNE PREMIÈRE
THÉTIS, ACHILLE d'abord endormi, Les Néréides.
THETIS, aux Néréides.
Oui, celui qui dort là de ce sommeil tranquille, C'est mon enfant aux pieds légers, c'est mon Achille.
Et moi, déesse, moi Thétis, j'ai sous les flocs
Ainsi qu'une morcelle exhalé des sanglots,
Car les chefs Achéens, tous affamés de Troie,
Guettent ce fils, mon seul trésor, comme une proie.
0 Néréides ! tout menace mes amours,
Car Ilios au front environné de tours,
— C'est l'arrêt du Destin, sur son trône immobile, —
Ne tombera jamais que par le bras d'Achille*
Et lui-même, ce fils adoré, mon seul bien,
Baignera de son sang le rivage Troïen.
Mais du moins, s'il devra mourir pour leur défense,
Il vit, tant que je puis dérober son enfance
Aux Danaens, du meurtre et du pillage épris.
O filles de Doris, mes sœurs! enfin j'appris
Quel sort le menaçait, tandis que pour l'instruire
Aux durs combats, le fils monstrueux de Philyre
Lui montrait, l'excitant de sa puissante voix,
A poursuivre les loups et les ours dans les bois.
Acharnée à sauver mon fils, en ma folie,
J'ai couru vers les monts de l'âpre Thessaiie ;
Dans la caverne ouverte au flanc du Pélion,
Je l'ai retrouvé, fier comme un jeune lion •
Je l'ai repris par ruse au fidèle Centaure ;
L'ayant endormi, sur la mer au flot sonore
Je l'ai, dans une barque, amené jusqu'ici.