ACHILLE, ULYSSE
ULYSSE, jouant la surprise.
C'est toi, belle Iphis !
ACHILLE, à part.
Ulysse! J'ai pitié de sa ruse inutile.
ULYSSE
Seule! Que fais-tu là?
ACHILLE
Mais, tu le vois, je file Ma quenouille. Car c'est ainsi que nous régnons, Nous autres. C'est au mieux, si tes chers compagnons Ne laissant pas leur glaive amasser de la rouille, Le caressent, ainsi que moi cette quenouille, Et savent faire mieux que tourner un fuseau !
ULYSSE
Ils sont braves. Jamais la peur en son réseau
56 D El DAM I A.
N'a pris leurs cœurs. Mais quoi ! leur bravoure esc stérile, Puisqu'ils ne vaincront pas à moins d'avoir Achille.
Négligemment.
Du moins on le leur a fait croire. Mais pourquoi Ne vaincrions-nous pas sans Achille?
D'un ton provocant.
Ce roi
Qu'il faut chercher partout comme une fleur dans l'herbe, Ne me paraît pas être un héros bien superbe, Et contre les hasards il est trop protégé. N'est-ce pas?
A part. •
Si vraiment c'est Achille que j'ai Devant moi, je lui veux dire des choses telles Qu'il en sente en son cœur des angoisses mortelles !
Haut.
Je le juge peut-être avec sévérité.
Mais que sais-tu de lui ? Dis-moi la vérité.
ACHILLE
On m'a dit qu'élevé par le rude Centaure
Dont le pas retentit dans la forêt sonore,
Sachant faire parler la lyre aux doux sanglots,
Il manie aussi l'arc et les lourds javelots.
On m'a dit qu'il franchit en nageant les rivières,
Et que marchant pieds nus dans la ronce et les pierres,