‹ DeïdamiaChapitre 37 sur 49 · ACTE II, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE V

Pendant des jours entiers, sur le noir Pélion Il frappe de ses traits les bêtes fauves.

On

T'a trompée.

ACHILLE

On m'a dit qu'effrayant les rivages, Et que, retentissant dans les roches sauvages Ainsi que les clameurs d'Hercule sur l'GEta, Ses cris faisaient trembler les lions même.

ULYSSE

On t'a

Trompée.

ACHILLE

On m'a dit, — et ceci n'a rien d'étrange, — Que sa massue atteint les hydres dans la fange, Et que ses traits, volant au fond des deux déserts, Déchirent les oiseaux carnassiers dans les airs ; Mais que son âme, encor de ces jeux occupée, Aspire à de plus durs combats.

U LY S S E , avec une feinte bonhomie.

On t'a trompée.

Sais-tu ce qu'est Achille } Un jeune homme pareil

D El D AMI A.

Aux femmes, donc les yeux ont peur du grand soleil, Ec qui, mettant ses soins à chercher sa parure, Vie pour tresser des fleurs avec sa chevelure.

ACHILLE, indigné.

Achille !

On peut le voir de son repos jaloux.

Lui!

ACHILLE, de même.

ULYSSE, d'un ton méprisant.

Celui que tu prends pour un chasseur de loups, Rien qu'en voyant un cerf léger, tremble et s'effraie ! Le zéphyr, un oiseau qui chante dans la haie Lui font peur, et qui veut rire de ses effrois N'a qu'à le regarder bien en face.

ACHILLE , furisux, et prêt à s'élancer sur Ulysse.

Tu crois }

ULYSSE, froidement.

J'en suis sûr.

ACHILLE , se contenant.

Alors c'est que la chose est possible.

ULYSSE, de plus en plus provocant.

Mais Achille un tueur de monstres, c'est risible !

ACT.E II, SCENE V. yj

ACHILLE

En effet !

ULYSSE, à part.

Sous le fouec cinglant, tu bondiras !

Haut.

Avec des bracelets de femme sur les bras,

Achille à ce moment, dans une île lointaine

Dort, comme un chien fidèle, aux pieds de quelque reine

Qui le regarde, et puis se remet à chanter.

ACHILLE, à part. Avec dédain.

Ce roi subtil en a trop dit pour m'irriter.

Haut. Avec ironie.

Je te crois. Et d'ailleurs, que nous importe? Achille Est bien ce que tu dis. La servante qui file, La colombe, un agneau de trois jours, ébloui Par la lumière, sont plus terribles que lui. Aux pieds de quelque reine amoureuse, épris d'elle Ce prétendu héros dort comme un chien fidèle, Heureux, vil, et n'ayant des Dieux aucun souci ! Roi, j'en tombe d'accord. Mais s'il en est ainsi, Crois-moi, ne songe plus à tenter une attaque D'ilios. Va soigner tes poiriers dans Ithaque. Va revoir ton porcher Eumée et ton berger, Et ton père, le vieux Laërte, en son verger.

6o DEIDAMIA.

Ne prive pas de coi la sage Pénélope !

Car Troie avec ses tours que la nue enveloppe

S'élèvera toujours vers le ciel radieux,

Si les héros sacrés sortis du sang des Dieux,

Lorsqu'autour d'eux la guerre a déchaîné sa rage,

Courbent vraiment leur tête ainsi que sous l'orage

Se courbent les épis, espoir du moissonneur,

Et si vraiment Achille est un lâche, seigneur !

Crois-moi donc. Va revoir ton Ithaque stérile.

Il s'éloigne d'un pas rapide et va pour sortir; puis reprenant la contenance et les allures d'une jeune fille, il revient vers Ulysse.

Mais pardon, j'oubliais ma quenouille.

11 prend la quenouille et sort lentement, tandis qu'Ulysse le suit des yeux avec une ardente curiosité.

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