ACTE III, SCÈNE II
Et puisque vous voulez nous quitter, 6 divins ! Jusqu'à la vaste mer, pour voler aux victoires, Vos hardis compagnons ont traîné nos nefs noires ; Et j'ai voulu moi-même embarquer sur ces nefs Cent guerriers commandés par d'invincibles chefs, Et, pour vous soutenir dans vos maux devant Troie, Les présents que mon cœur vous destine avec joie. On a dressé les mâts et placé les agrès : Donc, vous pouvez, amis, nous quitter sans regrets, Et chercher vers des deux lointains d'autres étoiles, Puisque le vent docile enfle vos blanches voiles, Et vous pousse déjà vers l'orageuse mer,
ULYSSE
O Roi, toujours l'instant de partir est amer. Il nous eût été doux de demeurer tes hôtes Et de rester longtemps dans tes demeures hautes ! Mais, outre que les chefs Achéens chaque jour S'irritent, demandant aux Dieux notre rétour, La prudence aujourd'hui rend nos âmes ingrates. Les Phrygiens, ô Roi, sont de hardis pirates, Peut-être qu'un vaisseau nous a suivis de loin, Et, qui sait? — la nuit sombre est un muet témoin! — Peut-être qu'il nous guette aux abords de cette île. Ces Phrygiens ont l'âme impie et mercantile ;
Jadis ils attaquaient, en voleurs arrogants,
Les vaisseaux dispersés, jouet des ouragans;
Mais à présent, glissant ainsi que des reptiles
Sur la mer, on les voit débarquer dans les îles.
Ils prennent pour butin ce qu'ils peuvent trouver,
Mais surtout, leur plus grand bonheur est d'enlever
Des vierges aux beaux fronts, dont ils font leurs captives.
Or, dès que ces bandits abordent sur nos rives,
Par bravade et fureur, déchirant Pair serein,
Ils embouchent sans peur leurs trompettes d'airain,
Dont le tumulte éclate avec un bruit sauvage.
ACHILLE, en proie à une vive émotion.
Ils oseraient, dis-tu, venir sur ce rivage ! Ces Phrygiens !
ULYSSE, à Achille.
Non. Car par des périls nouveaux Nous leur imposerons d'assez rudes travaux Pour qu'ils aient à veiller, laissant dormir les rames, Sur leurs propres maisons et sur leurs propres femmes. C'est pourquoi nous partons.
THOÉ.
Qu'un vent propice et doux Guide vos nefs !