ACTE III, SCÈNE I. 6j
Je l'ai caché. Le lieu convient au stratagème. Sur le rivage, près d'ici, baignés des flots, Sont de grands rochers noirs, effroi des matelots, Dont ils brisent souvent les nefs dans leurs mâchoires. Leurs flancs sont déchirés par des cavernes noires Où se plaint un écho répété mille fois, Retentissant, et si sonore que nos voix Parmi ces rocs géants et convulsionnaires Roulaient avec le bruit affreux de cent tonnerres. Certes, lorsqu'en ce lieu sinistre et souterrain Argyrte embouchera la trompette d'airain, On verra s'enfuir l'aigle ainsi que la colombe, Et les morts pourront bien s'éveiller dans leur tombe] Un chant accompagné par la lyre, sera Le signal; et sitôt qu'Argyrte l'entendra Résonner ici, car cette caverne est proche, Vite, le bruit affreux courra de roche en roche. Mais, dis-moi, penses-tu qu'Achille, cette fois, Se prenne à notre ruse }
ULYSSE
Oui. Lorsque cette voix Horrible de l'airain, mille fois répétée, Frappera de terreur son âme épouvantée, — Car alors il craindra pour Deïdamia
Et pour ses jeunes sœurs, — lui que rien n'effraya, Tu le verras paraître avec le front d'Achille Sous son déguisement à cette heure inutile, Et nous écartant tous pour s'ouvrir un chemin, Chercher fiévreusement une arme sous sa main.
Montrant une épée, placée sur la table.
Et c'est pourquoi d'ailleurs, j'ai mis là cette épée.
DIOMÈDE
Puisse-t-il donc, laissant sa parure usurpée, Se relever héros, pour briser les genoux Des Troïens abhorrés !
ULYSSE
Mais on vient. Taisons-nous.