‹ DeïdamiaChapitre 47 sur 49 · ACTE III, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV

t Voilà celle qui fut la compagne d'Achille ! » Je puis aussi, les Dieux l'ont permis, vieillir dans Un palais, content, vil, infâme, accablé d'ans, Accessible à la peur hideuse qui nous dompte, Puis mourir enfin, plein de vieillesse et de honte ; Et quand ton fils pourra soulever de sa main Le sceptre d'or, s'il passe un jour dans un chemin, Tous les hommes, qu'il veuille ou non remplir sa tâche, Diront : « Voilà le fils de ce Roi qui fut lâche ! » Et les vierges enfants aux rires querelleurs Qui vont d'un pas léger sur les coteaux en fleurs, Et dont le front est gai comme un matin de fête, Avec un dur mépris détourneront la tête.

Vois, ami, je t'écoute et ma lèvre sourit,

Car ton souffle est entré vivant dans mon esprit.

Va combattre et mourir ! Cette route est la tienne.

Les fils des Dieux n'ont plus rien qui leur appartienne,

Et, prêts à succomber dans leur jeune saison,

Ils n'ont pas de famille et n'ont pas de maison.

Prenant leurs jours, ainsi qu'une amante jalouse,

La Patrie au divin sourire est leur épouse.

La gloire est le seul bien de quiconque est né roi,

Car celui-là se doit à tous, et c'est pourquoi,

Afin qu'à son aspect la vertu se devine,

La lame de FEpée, en sa forme divine,

Est pareille à la feuille austère du laurier.

Suis les chefs, ma chère âme, au combat meurtrier !

Et c'est assez pour moi, puisque tu m'as nommée

Ta Deïdamia chérie et bien-aimée,

D'avoir pu te donner, hélas ! pendant un jour

Ce cœur, qui restera brûlé de ton amour;

Car Deïdamia, ta compagne, fut-elle

Oubliée, a marché dans ta route immortelle !

ACHILLE, enveloppant Deïdamia d'un regard suprême et tutélaire.

O Dieux ! gardez ici tout ce qui me fut cher ! Ce pur sang de mon sang ! cette chair de ma chair ! Et du haut de la nue éclatante et profonde Protégez ce front d'or et cette tête blonde ! Secourez-les !

DE 1DAMIA, tendant les bras vers Achille.

Adieu, mon maître ! Adieu, mon roi !

Mon âme ! toi qui fus mon Achille ! Vers toi S'envoleront mes cris de douleur et de joie ! Tu m'avais prise, fier chasseur, comme une proie Qui sent la mort sereine entrer dans son œil bleu, Et je garde en mon cœur la brûlure et le feu

Page 1