ACTE TROISIEME
Non ! je subis l'arrêt qu'Hercule a prononcé !
J'ai juré, je rachète la vie De Philoctète, hélas ! que je ne verrai plus ! Un serment solennel me lie :
J'ai juré! j'ai juré!
Pliiloctète parait.
Ah! c'est lui!
PHILOCTETE, avec un sentiment de douloureuse colère.
Je suis libre! libre! Ah! malheureuse, qu'as-tu fait?
Qui t'inspira cette indigne faiblesse?
Puis-je estimer la vie encore désirable Après ta lâche trahison !
Ma trahison !
PHILOCTÈTE
La liberté rendue, Je la maudis, et je maudis l'amour!
Et je maudis la lumière et la vie, Le salut qui me vient de ton manque de foi!
IOLE
Pouvais-je faire plus et mieux te secourir!
PHILOCTÈTE
Oui, garder pur l'amour et me laisser mourir! Ah! pourrais-je endurer le supplice infernal De te voir, infidèle, aux bras de mon rival ! Adieu !
28 DÉJAN1RE.
Philoctète, demeure!
Rien n'est encore désespéré !
Et pour nous le destin contraire Sera par mes mains conjuré.
A Phénicc.
Va jusqu'au char! prends ce coffret de cèdre Que j'y cachai ce matin devant toi.
Rapporte-le dans les plis de ton voile ! Crains les yeux!... Va!
Phénice sort.
Là-haut, dans les étoiles Junon a mis ceux qu'Hercule a vaincus, Et l'un d'eux m'a laissé de quoi le vaincre. J'ai dédaigné d'abord ce talisman; Je n'ai compté que sur ma force humaine. Mais puisqu'il faut y joindre un magique pouvoir, De ton sang, ô Nessos, j'invoque la vertu!
Phénice revient portant le coffret. Déjanire en tire la tunique étineelante de broderies et l'y replace aussitôt.
Voici le talisman d'amour. L'heure est propice ! J'ai chargé ce tissu de riches broderies. L'or, les perles, les pierreries L'ont recouvert, et les marques de sang Ont pu s'épanouir en des fleurs merveilleuses.
A Iole.
Reçois ce talisman. Vienne l'instant fatal, Qu'il soit ton présent nuptial !
Le chœur entre.
PHENICE, à Dé>nire.
Redoute quelque maléfice!
Ce charme auquel tu vas te confier Peut contenir la mort. J'ai consulté le ciel : Les présages nous sont contraires.