ACTE TROISIEME
Nul ne peut aujourd'hui sortir de la cité
Hormis la seule Déjanire.
Iole, Iole, écoute-moi!
Malgré ton dur mépris et ton sanglant outrage,
Je te veux mienne, entends-tu bien!
Je te veux mienne, aujourd'hui même !
Pas de cris, pas de plaintes vaines !
Veux-tu la mort de Philoctète?
Veux-tu qu'il vive? Sois à moi!
C'est Hercule, le noble Hercule, Le défenseur des justes causes, C'est Hercule qui parle ainsi !
C'est lui qui d'un seul trait efface Son généreux passé Et vient me proposer un si lâche marché!
Révolte-toi, maudis, condamne!
Oui, je suis sans honneur, sans vertu, sans fierté, Et plus vil à mes yeux qu'à ton cœur indigné !
Rien ne me touche plus! je t'aime!
Ton amour ! ou la mort de celui qui t'adore !
Par les dieux, par Alcmène ta mère, Par tout ce qui t'est cher et sacré, Épargne-moi ce sacrifice!
Prends pitié de mes pleurs, s'il reste dans ton âme
Une place accessible encore à la pitié !
HERCULE
Je n'ai plus de pitié. J'ai prononcé l'arrêt.
DÉJAN1KE.
Triomphe donc, ô sort injuste!
Frappe, ô sombre Fatalité!
J'obéirai.
HERCULE
Jure-le! Jure!
Iole se lève, tend la main silencieusement el retombe assise.
Elle a juré!
Éclatez maintenant, fanfares triomphales!
Autel nuptial, couvre-toi de fleurs!
A tes pieds va venir le peuple dUEchalie, Et moi-même apportant à tes pieds mes trésors ! Gloire aux dieux immortels!
En s'en allant.
Gloire aux dieux immortels!
Il sort.
CHŒUR D'HOMMES, au loin.
Gloire aux dieux immortels !
Iole est restée immobile à la même place, dans une prostration profonde. Déjanire paraît avec Phénice. Après s'être assurée qu'Iole est seule, elle marche vers elle précipitamment.
A quelques pas, dans l'ombre, près du temple, Je t'attendais!
Mon char, mes cavaliers, tout est prêt! Viens!
Iole s'est levée toute droite, les yeux fixes.
Qu'as-tu?
IOLE, d'une voix lente comme dans un rêve.
Je ne partirai pas! Va seule, Déjanire.
Tu ne partiras pas> traîtresse!