LES HÉRACLIDES
Comme la ménade en délire
Sous le souffle ardent de son dieu,
Comme la pâle Tisiphone
Sous le vol noir de ses cheveux,
Déjanire accourt, furieuse,
Les doigts crispés, les yeux ardents.
Une tigresse d'Hyrcanie
Est moins redoutable aux chasseurs!
Aux clameurs rauques de sa gorge
Succède le flot de ses pleurs !
Entre Déjanire, les cheveux et les vêtements en désordre, suivie de Phénice et d'une troupe de femmes étoliennes et de serviteurs portant des coflrets.
Où que tu sois, Junon, clans le ciel, ton empire,
Envoie ici pour me venger Quelque monstre farouche, horrible, gigantesque, Qui glace de terreur mon misérable époux, Une force invincible et qui terrasse Hercule Que tu hais, que je hais comme toi !
Assouvis sans tarder ta fureur de marâtre ! Envoie à ma prière un céleste lléau
Pour assouvir ta colère et la mienne!
Entends ma voix, Junon! Venge-toi! Venge-moi!
PHÉNICE
0 ma fille, étouffez ces plaintes insensées, Et calmez ces transports jaloux !
Sur le Héros la fatalité pèse; Junon se venge en égarant son cœur.
Non! tu n'éteindras pas la flamme vengeresse!
PHÉNICE
Ah ! comme vous l'aimez pour le haïr ainsi !
Perfide! c'est pour moi qu'il allait aux combats! C'est pour me conquérir qu'il désarmait les monstre» C'est pour me conserver qu'il frappait le Centaure,
Nessos, mon ravisseur!
Et maintenant, sur moi sa captive l'emporte! Iole donnerait des frères à mes fils!
Cette esclave usurperait ma couche!
Non, cet affront, jamais!
J'éteindrai dans le sang les flambeaux d'hvménée!