‹ Delacroix, huit reproductions facsimilé en couleursChapitre 8 sur 9 · DELACROIX DÉCORATEUR · texte numérisé non relu

DELACROIX DÉCORATEUR

La décoration du Salon du Roi qui occupa Delacroix de 1833 à 1848, fut le premier essai qu'il entreprit dans ce genre. Malgré les dispositions matérielles de la pièce complètement défavorables, il sut adapter sa composition à l'architecture ; huit grands personnages en grisaille pour les pilastres, une frise en tons de tapisserie, qui rejoint les huit panneaux du plafond.

Les allégories représentent, sous la Justice, la Vérité et la Sagesse, la Méditation, la Force avec un lion apprivoisé aux pieds de trois Juges, et un Ange vengeur; l'Agriculture est illustrée par le festival de vendanges, une scène de

moisson ; l'Industrie par des épisodes de commerce, de navigation, par le tissage de la soie ; la guerre par une fabrique d'armes et un groupe de femmes enchaînées qu'on emmène en captivité. Les figures en grisaille des pilastres personnifient l'Atlantique, la Méditerranée, et les six principales rivières de France, la Garonne, la Saône, la Loire, le Rhin, la Seine et le Rhône.

Avant que Delacroix eut terminé ces peintures, il reçut de M. de Montalivet, ministre de l'Intérieur, la commande des bibliothèques de la Chambre des Députés au Palais Bourbon et de la Chambre des Pairs, au Palais de Luxembourg. Trois ans auparavant, en 1834, il avait essayé de la fresque et l'on peut voir encore à Valmont, dans toute leur fraîcheur, les dessus de portes où il a représenté Léda,

Anacréon et Bacchus. Il parle souvent dans ses lettres de cette Abbaye de Valmont, près Fécamp, achetée par son cousin Bataille et dans laquelle se trouvent les tombeaux des Seigneurs d'Estouteville : ** La Nuit, le vent sifflait au travers des croisées mal jointes et les chouettes s'introduisant par l'Eglise, venaient nous réveiller ! ! ! J'aimais beaucoup à me promener seul, en rêvant parmi les ruines de cette église silencieuse, dont les murs sonores répétaient jusqu'au bruit de mes pas.

La bibliothèque du Palais Bourbon a été avec justesse appelée par un critique allemand " La Chapelle Sixtine de France."

Sur les deux hémicycles et les cinq coupoles comprenant 20 pendentifs, Delacroix prit comme sujet l'histoire de la civilisation antique depuis Orphée jusqu'à l'invasion

d'Attila; chaque coupole reçut donc une destination différente, à partir de l'hémicycle représentant Orphée venant enseigner aux Grecs les arts de la Paix; la première, la Poésie comporte : Alexandre et les poèmes d* Homère, V éducation d'Achille, Ovide chez les Barbares, Hésiode et la Muse; la seconde, la Théologie, représente : Adam et Eve chassés du Paradis, la Captivité a. Babylone, La Mort de St, Jean Baptiste^ la Drachme du Tribut; la troisième, La Législation, montre : Numa et Egérie, Lycurgue consultant la Pythie, Démosthene haranguant les flots, Ciceron accusant Verres; dans la quatrième, la Philosophie, on voit : Hérodote interrogeant les Mages, les bergers Chaldéens inventeurs de V astronomie, Sénéque se faisant ouvrir les veines, Socrate et son démon; dans la cinquième, les Sciences, sont : La Mort de Pline V Ancien, Aristote décrivant les animaux que lui envoie Alexandre,

PLANCHE VIII.— FAUST ET MEPHISTOPHELES (Collection Wallace)

Ce fut probablement durant sa visite à Londres en 1825 que Delacroix pensa pour la première fois à rendre par la peinture le grand drame de Goethe. Sa correspondance témoigne qu'il fut profondément impressionné par une représentation de Fâust à Londres. Ce fut sans doute ce qui lui suggéra l'idée de la série des 19 lithographies qui furent publiées par Santelet en 1828. Goethe lui-même ne parlait de ces lithographies qu'en termes élogieux. Le catalogue des œuvres de Delacroix renferme un grand nombre d'illustrations tirées de " Faust." Celle de la Collection Wallace est une des plus belles.

Hippocrate refusant les présents du Roi de Perse, Archimede tué par un soldat,

La série fut commencée en 1837 et terminée en 1847 ; les deux hémicycles sont peints à l'encaustique directement sur le mur, le reste est exécuté sur des toiles qui ont été marouflées.

La décoration de la Bibliothèque du Palais du Luxembourg, dura de 1845 à 1847 ; elle consiste en un hémicycle, une coupole et quatre pendentifs ; le sujet, est tiré du quatrième chant de l'Enfer de Dante, la rencontre aux Champs Elysées avec Homère, Horace, Ovide et Lucain, et aussi d'un épisode déjà traité à la Chambre des Députés : Alexandre, après la bataille d'Arbelles, ordonnant que les œuvres d'Homère soient enfermées dans un coffret d'or pris aux Perses.

Les peintures de la coupole sont une composition en quatre parties : Dante présenté

à Homère par Virgile, un Groupe de philosophes Grecs; Orphée charmant les fauves; des Romains célèbres ; dans les quatre pendentifs, St Gérome, Orphée, Cicéron, et la Muse d'Aristote,

Avant la décoration du Luxembourg, Delacroix avait peint, à la cire, dans la Chapelle de l'église de St. Denis du Saint Sacrement, une Pieta datée de 1843 ; il l'exécuta en 17 jours seulement, et c'est un chef d'oeuvre de décoration religieuse.

La décoration des deux bibliothèques était à peine achevée que deux nouvelles commandes lui étaient données ; malheureusement, il ne nous reste que de rares esquisses du panneau principal, des huit tympans et des onze caissons du Salon de la Paix à l'Hôtel de Ville ; l'incendie de 1871 a détruit ces merveilles qu'une incurie administrative regrettable avait omis de faire reproduire par la gravure.

Il n'en est pas de même du plafond de la Galerie d'Apollon au Louvre que nous pouvons encore admirer dans tout l'éclat de sa couleur, et qui demeure une affirmation du génie de Delacroix.

La décoration de cette galerie avait été confiée à Le Brun en 1661 et ce fut le peintre favori de Louis XIV, qui conçut le projet de rendre hommage à son maître, le Roi-Soleil, en représentant le Triomphe d'Apollon dans le panneau central, les dix autres compartiments devant contenir des sujets appropriés. Mais son travail fut interrompu par son départ pour Versailles avant même qu'il eut tracé l'esquisse de sa composition. Quand on décida de restaurer et de terminer la Galerie en 1648, ce panneau du Centre fut par Charles Blanc, alors Directeur des Beaux Arts, confié à Delacroix, avec cette

condition que le personnage principal devait être Apollon, c'est alors que le peintre choisit Apollon vainqueur du serpent Python, "avec les figures secondaires de Diane, Mercure, Minerve, Hercule, Vulcain, Borée, Iris, les Nymphes." Delacroix, dit Robaut dans son catalogue raisonné, s'est montré, là, génial d'invention et d'exécution ; le plafond d'Apollon est une des plus parfaites œuvres d'art qui reflète sa gloire sur tous les siècles." Cette appréciation est vraie, l'œuvre est un des trésors de notre Musée du Louvre.

Nous avons vu que les commandes se succédaient dans l'atelier de Delacroix ; à peine avait-il exécuté le Salon de la Paix à l'Hôtel de Ville qu'il eut à faire la chapelle des Saints-Anges à St. Sulpice ; il en termina la décoration en 1861, et Ce

fut sa dernière œuvre importante, le couronnement de sa carrière.

Comme toute véritable fresque décorative, le Jâcob luttant contre l'Ange et VHéliodore chassé du Temple ne cherchent pas à donner l'illusion de la réalité et d'une fenêtre ouverte dans la muraille ainsi que les admirables compositions de Puvis de Chavannes au Panthéon, il donnent plutôt un aspect de tapisserie, certainement dans les masses de verdure du paysage. Le plafond représente Saint Michel terrassant le démon*

La santé de Delacroix était déjà chancelante, son état aggravé par un empoisonnement dû au blanc de céruse qu'il employait dans ses grandes compositions. Les peintures de Saint Sulpice furent son chant du cygne. Durant les deux années qui suivirent, il continua encore à dessiner et à peindre,

car la pratique de son art était sa vie même, et ses dernières œuvres furent alors les panneaux des Saisons, des tableaux de chevalet, comme rEducation d'Achille, appartenant aujourd'hui à madame la Marquise de Ganay, le Lion écrasant un caïman, un sujet qu'avait traité le sculpteur Barye, et enfin Botzaris surprenant le camp des Turcs au lever de l'aurore et la Perception de Vimpbt Arabe*

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