L'EXÉCUTION DU DOGE MARINO FALIERO
(Collection Wallace)
Delacroix lui-même considérait cette peinture comme son chefd'œuvre. Exécutée en 1826 elle figura au Salon de 1827 en même temps que la Mort de S3Lrda.nipa.le qui causa un mouvement contre l'artiste. Et malgré sa noublesse, la beauté du coloris et l'intensité du sentiment dramatique, il passa presque inaperçu ; ce ne fut que l'année suivante qu'on lui rendit hommage à l'exposition de Londres. Marino Faliero est incontestablement le plus beau spécimen de Delacroix en Angleterre.
époque splendide de la carrière de Delacroix ; les chefs d'oeuvre qui sortirent de son atelier pendant ces années-là eussent suffi à rendre son nom impérissable. En 1837, c'est la Bataille de Taillebourg qui demeure la gloire de la galerie des batailles, à Versailles ; l'année suivante, c'est la Médé furieuse, du Musée de Lille, splendeur de la chair ; et cette scène extraordinaire de furie, les Convulsionnaires a Tanger; puis en 1839, Is- ^^^^ Juive dans le Maroc d'une qualité de peinture supérieure à celle des Femmes d'Alger, et VHamlet et les Fossoyeurs* Ces deux toiles sont au Louvre.
Bien que, dans l'année 1840, il ait travaillé à la Justice de Trajan qui se trouve au Musée de Rouen, il envoya au Salon de 1841, le Naufrage de Don Juan, une des œuvres les plus impressionnantes qu'ait jamais pu concevoir un cerveau humain.
Ce tableau peut-être rapproché du Dante et de Virgile comme les Croisés du Massacre de Scio, et c'est un triomphe de la couleur. La scène n'est qu'empruntée au poème de Byron, elle ne l'illustre pas, ne le suit pas vers à vers, elle est une vivante réalité des horreurs combinées du naufrage et de la faim, et l'aspect tragique du ciel lourd de nuages, de la mer démontée, est aussi significatif que l'aspect effrayant de ces malheureux qui agonisent, se tordant dans les souffrances, se ruant à l'espoir d'une proie quelconque.
Au Salon de 1841, apparaissent les Croisés dont nous avons parlé précédemment ; à celui de 1845, le Sultan du Maroc entouré de sa Garde, une grande toile achetée par l'Etat pour le Musée de Toulouse, qui fut célébrée par Baudelaire et qui est un des derniers grands tableaux du maître dont
l'énergie allait être consacrée à ses travaux décoratifs.