‹ Délassements culinaires ... Culinary relaxationsChapitre 17 sur 25 · TRIBULATIONS DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

TRIBULATIONS DOMESTIQUES

(Faisant suite aux Mystères des Coulisses.)

L’infatigable temps avait depuis ma dernière visite à l'Opéra, marqué sur ses irrévocables tablettes, quarante-quatre heures de plus, lesquelles avaient planées et passées sur notre incertaine fourmi-

liére; six heures venaient de sonner, et dans l'ombre dorée d’un 3 ’

soleil couchant du mois d’août, nonchalemment vaguait pêle-mêle,

dans le fashionable Pall Mail, Varistocratique et bourgeoise multi-

tude. Pénétrant avec peine dans cette foule concentrée, involon-

tairement j'arrive, mais non sans quelque contusion, devant une affiche monstre, au haut de laquelle, était écrit en caractères beau-

coup plus gros que ne l'était feu l'enseigne de FIGARO.

Représentation on ne peut plus extraordinaire, au bénéfice de Mile C., qui a l'honneur d'informer la Nobilité, Gentry et le public en général, qu’elle a dansé toute la saison au bénéfice du Directeur, mais que ce soir par extraordinaire elle dansait au sien; quand tout à coup une énorme citoyenne coiffée d'un chapeau à la Pamela, (que je pris d'abord pour le fameux parasol Mauresque,) se trouve brusquement poussée devant moi; (impossible de pouvoir lire le reste du programme.)

Ce gros papillon femelle, était il paraît indépendamment de son corps gros, accompagnée d’une foule d’autres ‘petits cors, entre autres, trois ou quatre, qui pressés dans de mignons souliers, rappelaient à sa mémoire, (à l’aide d’un notable de la Cité, qui, par maladresse avait déposé une partie de sa masse peu légère sur l'objet de ses tourmens); que tout n’était pas plaisir en ce monde!

À ce que je pus comprendre, le terrifique et pénible dialogue prit place entre eux:

God bless my soul Humphries, what are you about !—Why my

‘dear.—Ho! ho! ho! dear me.—I beg you pardon my love, did I tread

on your foot?—Ho! ho! if you did, indeed! ho, dear me! I think you did.— Une voix de jeune fille se fait entendre parmi la foule.— —Mama!—Lord my dear, where is Lucy? s'écrie la victime, essayant de se frotter le pied de la main gauche, the dear child will be killed! — Here she is darling, says Humphries.—No! no! I tell you no, I only got here, Maria, Sophia and Johnny ! |

Dear me Uncle, said Maria, my new dress will be quite spoiled!— Never mind my dear, hold fast to me, it soon be over.

La multitude devient de plus en plus turbulante, une acclama-

tion générale se fait entendre. Les portes s'ouvrent, la foule comme un lac qui déborde, submerge les frontières de l'Opéra; forcé de suivre le torrent, j'espère me retenir à quelque chose pour laisser passer la foule, et voguer ou bon me semble; en effet, un Policeman me prend au collet, et me menace si je fais un pas, de me détérior le physique avec un bâton déloyal, (chose très commune dans les mains d’un officier du bas ton) espérant le toucher en le prenant par les sentiments: amour de sergent de ville, lui dis-je, respecte un martyr étranger, qui, loin de vouloir forcer ta consigne, pour entrer dans ce Classic Mogol, préférerait aller passer sa soirée au Watch House. |

La Daughter of Jupiter m'a tant fait souffrir mardi dernier, qu’elle a foudroyée toutes mes illusions dramatiques et surtout Therpsicoriques.—W hat are you talking about, I dont know that girl at all, at all!—Eh bien! de grâce lachez-moi, car on m'attend au Théâtre de Haymarket où j'ai promis d’aller voir la cinquième et dernière représentation du Quiproquo qui eut lieu entre un comique comité, au sujet d’une vraie comédie comique de ce nom, Drame antique, (dramatique) en cing mauvaises actes-tions à £100 l’acte-tion;—go on me dit brutalement l'employé civic—mais diable, lui dis-je, vous n’avez pas le droit d’abuser un citoyen, quand je vous dis que c'est au Haymarket que je veux aller et non pas ici; je croyais l’Angleterre un pays libre, non seulement il vous est impossible d’aller dépenser votre argent où bon vous semble, mais on court le danger d’être étranglé par un Policeman.— Go on I tell you, —sapré ventrebleu, laissez-moi quiet you rascal, je speak no English,

or I should give you des sottises, you canaille.— You don't speak

io en en 2 36 REVUE SERIA BUFFA.

English,— Yes, I don’t a bit.— Then what a devil do you come to her Majesty's Theatre for, why dont you go to some foreign Theatre.— Rassemblant toutes mes forces pour lui échapper.—D... tt you go on

~ you obstinate D...—Plusieurs voix se font entendre parmi la foule :

ke shame! shame! turn out the Policeman.—La barre pour la seconde fois venait d’être ouverte, il me fut impossible de riposter à ce polisson de Policeman.—Un employé Théâtral avait déjà reçu par complaisance l'argent de cinquante personnes, qui avaient été favorisées de payer les premiers; lancé dans le gouffre, mutilé de toute part, Je redoutais mon avenir comme nos ancêtres redoutaient

la Bastille, et les chefs de la République Robespierre, bousculé

jusqu’au bureau inquisitif, une indépendante voix se fait entendre:

no Nothing but Stalls remain, a Guinea, Sir. —Diable, m "écriai-je, c’est i : guignonnant, refléchissant une seconde si je pouvais m’échapper,— ~ * make room, crie l’invincible voix. * Vexé du traitement, je lance mon double grain d’or, a shelling more, Sir,—voilà;— all whrite. Enfin, me voici, (pensai-je à la fin X de mes tourmens) prêt à présenter mon billet:—7 say, young man, > you cannot pass here with a coloured pair of trowsers on, me dit l’employé, qui reçoit les billets de faveur; Tom, take care, it is a stall, lui dit tout bas, celui qui venait de recevoir mon billet; oh / I Me beg your pardon, says he, it is a mistake Sir ? Dick oes that gentleman, e stall 56, follow him. Sir please, this way, this way, said Dich. Arrivé & # à Pendroit indiqué, je m’appergus à l’aide des rayons étincellans de l'hydrogène, que mon pantalon, qui, deux heures auparavant était aR : d’une éclatante blancheur, s’était métamorphosé, et, comme couvert : + Li

d’un nuage orageux. Mon ignorance ét ma surprise était tellement

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grande à ce sujet, que pour la quatrième fois, mon conducteur poliment me répétait ces mots de rigueur: take the bill, Sir, —yes, lui dis-je, tendant la main je lui donne six pence,—shabby, dit-il en s’en allant; ne comprenant pas cette manière de remercier, je demande à un gentilhomme qui se trouvait près de moi, et qui nous observait, ce que voulait dire ce mot prononcé avec autant d’énergie.—C’est une impertinence, me dit-il, dont il faut vous moquer de

la part de ces gens-là.—Ah ! Monsieur parle français, lui dis-je,

—trés peu, me répondit-il?—Vous êtes trop modeste, Monsieur; —

liant conversation avec lui, je lui racontai mes petites tribulations, il en rit beaucoup, et moi de même; particulièrement lorsqu’il sut que mes amis m’attendaient au Théâtre de Haymarket. Malgré les soins que je prenais d’éviter la grande lumiére, plusieurs fois ses yeux se fixérent sur mon pantalon, couleur de brouillard endormi; je crus d’abord qu’il se moquait de mon peu fashionable costume pour un endroit tel que l’Opéra, où les blancs pantalons, ainsi que les chapeaux de cette innocente couleur ne devraient pas être admis, je pouvais certainement me flatter que le mien n’était pas blanc. Voulez-vous franchement me permettre de vous dire ce qui me fait rire.— Certes, lui dis-je?—Eh bien! dans la foule vous vous êtes trouvé en coalition avec une pratique à Moses, qui en ce moment fait voir et porter des couleurs mirabolantes, et même ambulantes, comme vous les voyez sur votre inséparable, à une grande partie des enfans de la Tamise; son nouveau drap noir, couleur souris effrayée est Vétoffe coupable.— Vous plaisantez, lui dis-je?—Nullement, car moi qui vous parle, j'ai eu la faiblesse de m’y laisser

prendre, —et moi, lui répartis-je, de m’y frotter, ne connaissant pas

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et n'ayant jamais entendu parler de cet universel fripier, il m'eût été impossible de me venger et de lui adresser mes plaintes, sur l'inconstance de ses couleurs; je me mis donc a passer en revue mon ambulante garde-robe, et m’apperçus qu’il ne me manquait qu'un gant, un foulard, une lorgnette, et que mon chapeau à la Joinville était tombé dans la catégorie des Gibus.

Le Théâtre de toutes parts s’emplissait avec fureur, mon voisin paraissait très surpris de voir autant de haute noblesse à un bénéfice. Quels sont les personnages les plus remarquables, lui dis-je.— Vous voyez, cette loge près de celle de Sa Majesté, me ditil?—Oui.—Eh bien! ce sont leurs Altesses Royales le Duc et la Duchesse de C., et leur Royale suite; dans la loge à côté, est la Duchesse de L., et son intéressante demoiselle; au dessus est le Comte et la Comtesse de St. A.; de ce côté est Lady B., avec lord P.

Remarquez dans cette grande loge, et près de nous, cette élégante aux blonds cheveux, et teint clair de lune, que de grace, que de charmes, quelle noble coquetterie ?—Eh, qui est-elle?—C’est la fashionable Marquise de....—Et ce grand Monsieur, qui est près d'elle? est le Marquis!—Mais non, du tout, c’est Lord... Lord... diantre! j'ai oublié son nom, enfin, c’est un ami du noble Marquis.

Je commençais à ne pas regretter autant ma soirée, voyant aussi belle compagnie, qui, selon coutume ne se dérange pas pour peu; lorsque je me souvins qu’étant dans les coulisses la soirée précédante, l'intelligent et infatigable directeur, avait atta ses artistes: Ondine, avec Lucréce Borgia, seront donnés jeudi prochain. Effec-

tivement, parcourant le programme, les noms de ces demi chefs-

A eit olla

d'œuvres figuraient en tête, avec la seule différence que Lucrèce Borgia avait été razée par le Barbier de Séville, de son premier et second acte; ce qui fit dire à mon intelligent voisin, qui venait de causer avec un matador de l'Omnibus box, que ce Barbier de Séville, nétait pas un civil barber ;—Voisin, lui dis-je, vous êtes de premiére force. Le Menuet de la Cour, ainsi que la Paysanne Grande Dame avaient également donné du Ballet, au deux tiers de Ondine; du moins ce soir, lui dis-je, il y a variation.—Oui, me ditil, mais c’est très vieux.—Pour ma part, je préfère le bon vienx au mauvais neuf, lui dis-je. Avez-vous vu le nouveau ballet, l’autre soir ?—Oh ! oui, oui, diablement mauvais.— N'est-ce pas? que c’est ridicule de mettre en scène une telle absurdité.— Vous avez parfaitement raison, continua-t-il, vous voulez dire, Zélia.—Non, non.—La Paysanne Grande Dame, alors?—Mais non, l’autre. —Quel autre donc ?—Mais, la Fille de l’Orage.—Ah! c’est différent, connais pas du tout. Quand donc a eu lieu cette représentation?—Mais parbleu, mardi dernier !—Tiens, mardi, mardi, où donc étais-je, stop. Ah! m’y voilà. J’assistais comme convive à un diner très recherché, que lord D., avait expressément donné pour ce Monsieur à qui je viens de parler. Le connaissez-vous, me dit-il. — Nullement, lui dis-je. —Eh bien! c’est le fameux Chevalier W., le plus grand Gourmet de Londres; un étre qui ne réve que bonne chaire.— Vous m’intéressez, lui dis-je, un vrai Gourmet à mes yeux, brille dans la spére des grands hommes, je le revère, comme l’on revére ou devrait revérer un poéte ou un artiste des plus distingués ; il est digne de ces enfans de la postérité; en un mot, c’est un

savant homme.

ohm

Le premier coup d’archet est donné, chaque être comme par enchantement obéit au pouvoir du magic bâton, qui turbulamment voltige et menace la faible tête du souffleur, ne comprenant et n’enseignant en fait d'harmonie que le récitatif infiniment peu musical:

Chacun câse son importante personne dans plus ou moins de place. Le plus grand silence régne, pour quelques minutes: une querelle éclate dans la Galerie: shame! skame! turn him out,

est tout ce que nous pouvons distinguer, vu qu’un solo de grosse

caisse, nous engourdit les facultés auditives. Enfin le final

semi-sinistre de ?Ouverture de Donizetti, plongeant dans loubli la querelle célestiale de ces oiseaux de Paradis, impose silence à cette anxieuse multitude!!!

A vous dire vrai, me dit tout bas mon intéressant voisin, je suis très surpris qu'il soit ici ce soir; à cette heure surtout, car il ne quitte jamais sa somptueuse table avant onze heures du soir.— Vous me ravissez, vraiment, il est d’Epicure le digne et savant émule alors.—On dine était le seul ballet qui pat l'intéresser. —Comment cela, lui dis-je?—(Le titre, étant presque analogue à ses uniques pensées.)—Mais, vraiment voisin, vous êtes d’une force sur le jeu de mots!!

Le rideau vient d’être levé; la signora G., l’unique et vingt fois célèbre Lucrèce, déploie en entrant en scène, toute l’action d’une reine courroucée, son noble et tragique organe ne laisse aucun vide dans cet énorme vaisseau lyrique! encore! encore! est le cri de toutes parts; le reste nous échappe, étant en conversation avec mon voisin qui aime mieux causer que de s'endormir, vu qu’il sait

bien qu’on ne vient pas à l'Opéra pour s'amuser.

Après une sévère lacune le rideau tombe à la grande majorité des applaudissemens qui retentissent de toute parts, bien dus, il est vrai, au haut fait criminel et au superbe talent de la moderne Borgia.

Mon voisin me fit observer l’impatiente émotion de son ami le gastronome, qui ayant quitté Omnibus box, non loin de notre stalle était venu se placer. Je prétai la plus grande attention a

la conversation suivante, entre les trois personnages, qui à mer-

veille, meublaient l’aristocratique loge.—Eh bien, Baron, que

pensez-vous de cette dernière et terrible scène? lui dit le Duc de B. (Mon voisin m'avait confidentiellement nommé ces

trois personnages, dont l’un, m/avait-il dit, était lord C., l’autre

le Duc de B., et notre célèbre gourmet le Chevalier W.)—Ce —

que j'en pense! dit le Chevalier, vous osez me le demander ? mais je pense que c’est on ne peut pas plus absurde.— Pourquoi cela, dit Lord C.—Parceque Molière nous a dit: le Théâtre est l'Ecole des mœurs et du bon goût ?—C'est vrai, dit Lord C., alors!

—Comment n’avez-vous pas remarqué, combien cette table était p q

surchargée de vulgarités; aucun entendement, pas d’étude; ce

Champagne fumeux savouré à pleins verres, par les représentans de cette antique noblesse Vénitienne, est le cachet du ridicule; ce nectar falsifié était inconnu à cette époque, et surtout aux enfans de cette immortelle république. Les vins de Chypres, et de Syracuse faisaient alors leurs délices. De telles fautes ne devraient pas exister de nos jours; nous avons assez d’être, ‘quoique grands esprits, qui ignorent totalement la finesse du grand art de la gastronomie,” sans donner de mauvais exemples aux milliers de

créatures, qui, chaque saison tapissent cette frivole enceinte ;—

Mais Chevalier, dit le Duc, je veux dire le sujet:—Le sujet, mais le sujet est trés juste; aprés un aussi mauvais repas, l'on s’expose à cesser de vivre.

Lord C., éclatant de rire: mais vraiment, Chevalier, lui dit-il, vous êtes étonnant avec vos passions gastronomiques. Eh bien! que pensez-vous de la musique ?—La musique, et le tout sont faux. Où il n’y a pas d'ordre, il est impossible qu’il existe aucune mesure ; et je le répète, l’on a tout à redouter des ravages que peut faire la digestion d’un repas aussi mal conçu.—Vous y comprenez sans

doute, le fiel Borgia, lui dit le Due de B.—J’y comprends, tout ce

que vous ignorez. Se levant brusquement, il allait se retirer en mur- —

murant, quand, de nouveau l'orchestre électrise l’auditoire. Quel est cette pièce? demande notre héros.—Ondine, lui dit une riante voix, qui sort du fond de la loge: cette fois, il se sent intéressé, La curiosité le fait rasseoir; le rideau se lève, le front du Chevalier devient radieux, il humecte comme avec délices, sous ses blondes moustaches, ses lèvres moins courroucées. 3 La sylphide et ondoyante Ondine, légére comme les fils de la vierge, s’éloignant à regret de ces rochers de corail, sort de son humide domaine, pure et belle comme la reine des perles. Notre épicurien oublie pour un moment, le fantôme qui le poursuit sans cesse, les légers pieds de l’incomparable Naiade effleurent comme une vigilante Gazelle la rosée du soir, que déposa gracieusement

sur l’herbe légère, et la champêtre marguerite, étincellante de son

entière blancheur, Phébus, s'éloignant au-délà des flots de nos

mers-monde; ingénue comme une sirène sur cette terre à elle incon-

nue, folâtrant sans cesse dans ce boccage embaumé du parfum des

fleurs printaniéres; elle appercoit une ombre; de terreur, elle est glacée, rien de semblable n’existe dans son indépendant séjour! De la Reine des Songes, les mille rayons argentins lui apparaissent. Premiérement, émue de surprise, ensuite bercée d’admiration, la fille de Neptune, peu a peu comprend ses sublimes charmes, et désire porter ses fers.

Ombre magique! lui dit-elle, à genoux je timplore; de grâce,

ne m’effrayez pas! (elle donne des poses toutes gracieuses) 6 bonheur! tu m’obéis, comme notre Océan obéit au Créateur; ce que je désire faire, et fais, fidélement tu le repètes ? Oui mon ame! ma vie! tout est à toi, si comme une éternelle amie, tu permets à mes désirs, peut-étre enfantins, de te presser dans mes bras; près d’un cœur, oui d’un cœur qui d'amour n’aime que toi? Elle s’élance! oh! désespoir, elle lui échappe. En prières devant les ruisselans rayons de l’astre nocturne, elle implore de nouveau sa clémence. La pâle Déesse dans un immobile silence, éblouit la Vierge des Eaux; ses beaux yeux en pleurs se tournent, elle appercoit son ombre à genoux, comme elle. O miracle ! le mystère de humaine tranquillité des waits lui est divulgué; enthousiasmée de joie, elle se lève, et gracieusement agite ses sylphiques contours, l'ombre chérie et tant désirée, fidèlement limite, et ne cherche plus à la fuir; elle l'appelle et devient à ses yeux son amie à jamais sincère; aussi se livre-t-elle

à la plus séduisante des danses.

Le Chevalier n’a cessé de l’applaudir, elle seule a su l’intéresser ; des nuées de fleurs tombent de toutes parts aux pieds de son idole. Des tonnerres d’applaudissemens retentissent dans tous les plis de

cette vaste enceinte.

Le rideau tombe; pour notre gourmet le charme a disparu. Avec la plus grande anxiété regardant à sa montre, minuit, s'écriet-il! comme Cendrillon il allait disparaître, quand l’aimable Duc lui fit observer, qu'il n’y avait plus qu’un acte du Barbier, et deux de la Paysanne Grande Dame.—Infamie! horrible! je serai indisposé demain, et Lord $., donne son grand diner ? Avec la rapidité de l'éclair, il disparaît! Témoignant à mon voisin, l'extrême désir de faire sa connaissance,—Sortons de suite me dit-il, nous le trouverons au vestiaire, je vous introduirai. Sans perdre un seul instant, nous escaladons deux stalles, non employées; malheureusement un bouton de mon habit accroche le voile d’une dame, et fait une légère ouverture dans une guipure de rare beauté; prenant à peine le temps de faire mes excuses à cette charmante Albionne, pour notre maladresse, vu que cette aimable dame, le sourire sur les lèvres, gracieusement nous avait dit: Never mind, Sir; Nous courons donc après lui, mais en vain; son équipage fuyant dans l’ombre, ’emmenait au galop; un indigent vieillard, une lanterne à la main, lui avait ouvert la portière, et grossièrement murmurait.

What is the matter with you, ‘demande mon ami, à ce portier des portières.”— Yes, your honour, said he (speaking in broad Irish); faith, I’m quite disappointed with him now, he used to be a godden, and

vun of my best customers too, an be Jebus wat vexes me the most, that is

I called him my Lord when he came in, and your Grace when he

went out.—Do you know that gentleman just gone out, inquired my

Friend of him.—Och faith and I believe ye, I does now, he is always

good for half a crown.— What is his name and title2—I’m sure I

dont know, but hess a good un, though he arnt a regler vun.—Do you

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know where he lives?— Not I faith, said he; do you Tim?—Do I what ? said Tim, (an old man leaning against the pillar smoking his a without even turning his head,) do I what?—Why does ye know where that ere, tall Gentleman lives, wot dident come up to the scratch to night?— Oh, he! to be sure I does, dosent ye remember, Macawley, what a tuck out he give us at his crib, when he give a grand sore yes to the Emperor of China, as his flunkey told us?—Hah! said Macawley, laying his hand on his stomach, his name is— Oh! never mind his name, said my friend, we know it; what is his direction?—Stop! said Tim, scratching his head: I think— You think what, said my friend impatiently 2—No your honour, I dont think what, says Tim, for I am sure of it; it is 27, in that very longue street, near Grosvenor square. —Oh! I know, I know: here is half a crown for you.— Much oblidge to you, my Prince, my monarch; quite a nobleman, and no Jlies; but if you see the tall un, said Macawley, tell him I aint cross, only a bit disappointed.

Que désirez vous faire, dis-je, tout surpris à mon Cicérone.—

Prendre un cabriolet, et au plus vîte nous rendre chez lui?—Com-

bien je suis aise d'être certain de faire sa connaissance, mais il se fait tard!—N’importe, ne manquons pas une aussi favorable occasion.—Ma reconnaissance, je vous le jure, sera sans contestation digne de votre aimabilité.—Un cocher levant son fouet à hauteur surnaturelle, s’écrie: Cab, Sir, Cab?—T understand you, said Tim, “how was watching attentively our actions,” now come along Jarvey, bring the reflection this way Macawley (the door is open), take care my Lord, take care my Gite (shutting the door), all right! all right!

Gee up, cist, cist— Stop! stop! said my friend, my coat sleeve is

jammed in the door!—Stop yer stupid! (said Macawley to the coachman) cant ye feel His Royal Highness’s coat is getting bruised between yer felthy door, and yer masters cab, yer stupid rascle !—there!— all right !—Cist, cist.

Après cette brusque harangue, la porte s’était de nouveau refermée, une pinte de briile-gorge, avait à flots été peu dégustée par nos trois employés publics, qui nous étourdissaient, en criant à chaque rasade: there is double luck to you my tite un.—The coachman from his seat, Where to drive, Sir?—(A voice from the cab) Grosvenor Square—AÙ right! said Tim, you got a blessing good lot there Jarvey.—Suit, suit, wissel the coachman, faisant feu des quatres roues; au galop nous partons.— Good luck to you! crie une voix à la distance.

Chemin faisant, je crus que mon devoir était de me faire connaître à mon très estimable Cicéron, en lui divulgant mon humble profession.

Ah! parbleu vous m’iutriguiez d’abord; mais, me dit-il, fain te nant je vous comprends, il a entendu parler de vous, et sera je suis persuadé, très intéressé à faire votre nee Mn voulez m’encourager, lui dis-je ?—Du tout, du tout :—Enfin, nous arrivons chez lui: mon ami veut envoyer sa carte, en prouvant le désir le plus grand de me faire faire connaissance d’un Re aussi remarquable; nous avions fait en entrant nos excuses, pour l'heure,

qui rapidement s'ouvrait un passage perpétuel dans l’obscurité de la

nuit.—Bien fâché, Messieurs, nous dit en français, un serviteur,

mais Monsieur est non seulement rentré, mais il est couché; impos- | sible de le voir ce soir, et malheureusement après demain nous par- J ‘Si

ae

tons pour la France et l’Italie.—Peste du destin! m’écriai-je, mais l'on pourrait le voir demain 2—I] m'est pénible de vous dire que non: vu que le Chevalier doit se rendre a Chiswick, au grand déjeuner du Duc de D., et qu’a sept heures, il doit étre rendu chez Lord S.,

qui donne expressément pour lui, son dernier fashionable diner.

sance, qu’il avait eues pour moi; après un appointement fixe, que sous peu de jours nous devions nous revoir au concert de Sivori; nous nous séparames: lui contrarié, et moi très désappointé, non seulement d’avoir manqué mon rendez-vous de Haymarket, causé par un forcé quiproquo, mais plus encore, l’occasion la plus favorable : : ; Re.

pour faire la connaissance d’un sage et profond épicurien.

Les facultés sensitives et l’esprit fatigué autant que contrarié :

nonchalamment je rentre chez moi; plongé dans le plus profond

Remerciant mon aimable compagnon de sa peine et complai- : *

KK H repos, il me fut méme impossible d’oublier mon illustre héros!!! ‘ @.

In jouissait d’une santé robuste, d'une taille noble, il avait l'œil vif, l'esprit enjoué, l'ame généreuse, étudiait jour et nuit avec profondeur et présomption les mets les plus recherchés, ceux qui par leur succulance pourraient le mieux animer les symptômes de l'appétit de son estomac chéri (idole élevé comme un enfant gaté que l’on a bercé sur un océan de mielleuse opulence). Son imagination est très ardente, il pense comme tout autre homme au salut et vicissitudes publiques; puis de plus s’élance avec ardeur et curiosité dans le labyrinthe véridique et fabuleux de l’art culinaire; il a lu avec patience et courage tous les ouvrages remarquables sur ce grand art de la restauration digestive. Partout on veut le posséder; il est le grand agitateur culinaire; dans un banquet ce qu'il dit est sacré, nul n’ose démentir ni douter du haut goût dégustatif, de son noble palais. Aussi, est-il en son pouvoir de créer un artiste, ou bien de l'anéantir. Chaque convive le revère, chaque beauté l’admire, beaucoup d’elles, même le chérissent, car il est l’homme du monde et Pamphytrion le plus fashionable, sa galante jovialité entraîne

encore à son char de cinquante printemps, sinon un essaim de mai-

tresses, du moins un essaim d’amies sincères, parfois, quelques-unes

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