‹ Délassements culinaires ... Culinary relaxationsChapitre 18 sur 25 · Y NS · texte numérisé non relu

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soupirent encore pour lui; mais il est trop enthousiaste à poursuivre son fantôme gastronomique pour (ayant atteint son demi siècle) songer encore à faire de nouvelles victimes, quelquefois cependant il est persuadé et fait galamment Omnibus à l'Opéra, mais pour certain il a effacé à jamais de ses tablettes toute sylphidique pensée d'amour; sa journée est étude, et la nuit, oui la nuit, au moment où tout sommeille, son repos est souvent troublé par l'apparition fantasmagorique d’un céleste festin ; il goûte en songe les délices éphémères d’un chapon (vierge) truffé à la Périgord. Son ame gourmande voltige comme un feu folet sur chaque mets savoureux; mais en songe l’on est souvent maladroit : la preuve en est que son cœur délicat vient se heurter contre un monceau (de bœuf rôti); il se réveille en sursaut, pétrifié d'horreur, sans avoir pu goûter les douceurs du second service, et encore moins celles du sommeil, il s’assied avec indignation sur sa couche, autrefois nuptiale: quelle infamie, s’écrie-t-il, d’avoir eu la bassesse de rêver à ce monceau de vulgarité. De désespoir, et de rage d’avoir détruit un si beau rêve, il se replonge avec férocité, sur le duvet de tous les dindes et chapons, qui depuis plusieurs années ont meublé son colossal estomac; quand tout à coup, au travers de ses rideaux d’élegante mousseline, il appercoit une lumière nocturne, qui nonchalamment terminait sa peu brillante carrière dans un flambeau de rare beauté, mais produisant il est vrai un beaume, malheureusement rempli d'amertume. Interrogeant avec audace la lumière déplacée en ce lieu... Vision infernale, lui dit-il, qui a osé tintroduire dans ma coquette demeure; fuis, au plus vite, et disparaît de ma vue. Il dit, et

ne respirant que vengeance, il sonne son coupable valet.—Monsieur

voilà?— Baptiste, lui dit-il, (ainsi se nommait l’infortuné Crispin) tu veux donc me faire mourir de honte et d’horreur ?—Comment

Monsieur !—Oui infâme! tu es la cause que j’ai fait un réve affreux.

Oui j'en tremble, à jamais je suis deshonore,

| ù Si dans le monde un jour, ce rêve est déclaré ? Baptiste. Ah de grace Monsieur! pourquoi tant de tapage! “Ki Vous n’étes pas je crois, un affreux assassin ; Soyez un peu plus sage: calmez-vous done morbleu ! : En songe! tout est permis, jusqu’au plus grand larcin? 3K Mais infâme coquin! tu ne sais pas, tu ignores que par ta faute i: roturiére, j'ai eu la bassesse d’abandonner une entrée de filet de &, bécasse à l’essence Wesphalienne, (qui avait été créé par un artiste À régénérateur de haute distinction,) pour aller heurter mon ame délicate, contre un volcan montagneux de bœuf animal, ce trophé de vulgarité manqua me faire succomber.—Mais parbleu, Monsieur,

que puis-je donc y faire, s’écrie Baptiste, en baillant avec une non-

chalance à endormir tout une congrégation.

Comment, vile créature, tu oses bailler devant moi, lorsqu'il s’agit de manger? fuis! ta présence m'est odieuse, fuis aussi promptement que l’éclair. Que les tapis de mon domaine ne soient plus

foulés par un être qui préfère le sommeil à la dégustation, d’un

mets préparé par linspiration poéticale d’un artiste culinaire, et grand agioteur du premier plaisir des humains ?—Mais Monsieur, dit encore Baptiste, j'aime à manger tout comme un autre ?—Tais-

toi misérable ! et cache ton humiliante et crasse ignorance ; tu aimes

manger, dis-tu? mais toute animation terrestriale est de méme; un âne, mange comme un âne, et toi, et tant d’autres mangez de même; mais moi! moi! vois-tu, je mange avec science, avec art, avec ordre et même avec beaucoup d'ordre ; de plus j’humecte avec sagesse ces mets délicieux, d’un nectar léger et généreux, qui a été pressé par les mains de bacchantes divines, et mon habile et indus-

trieux estomac le reçoit avec délices: jouissant alors de mes savan-

tes études, j'éprouve un suprême bonheur, qui je crois n’est connu

que des demi-dieux. Les désordres qui régnent dans la classe ordinaire, sur les délices à elle peu connus d’un dîner systématique

et copieux, me font frémir de honte; mais inutilement je me fati-

gue, ton ignorance est trop grande sur cette importante question !— .

Monsieur ?—Tais-toi! ingrat, et quitte au plus vite mon sanctuaire d’infortune ; emporte avec toi, misérable, l’objet de mes tribulations.

Cette chandelle nocturne, malheureusement tu Vignores, est fabri-

quée avec le résidu graisseux de ce bœuf animal, tout s’explique;

maintenant tu connais la cause de mon rêve, et ton ignoble bassesse.

—Cependant Monsieur ?—Fuis! te dis-je, ou de nouveau crains ma

colère, et que dorénavant l’olive délicieuse prodigue son beaume onctueux et brille en veillant sur ma couche et mon repos.

La lampe désirée fut produite avec tant de rapidité par le disgracieux valet, que notre épicurien lui pardonna son horrible forfait; se recouchant avec une gracieuse nonchalance, Morphée de nouveau lui tendit les bras; il se rendormit, mais d’un sommeil très agité, de tems en tems l'on entendait ces mots confus:

Consommeé... Tortue... Supréme... Fote- Gras... E’ssence...

Truffes... Ortolands... &c.

US ee en es 2 ook 52 REVUE SERIA BUFFA. .

L'aurore lancé de la voûte des cieux, commençait à pénétrer au travers de ses majestueux vitreaux, il m'eût été impossible d’attendre son réveil sans être reconnu; comptant sur l'intelligence de Baptiste, pour m’apprendre le reste, à pas lents je me retirais, quand tout à coup ma tête imprudente rencontre une muraille inhumaine; réveillé en sursaut: hold! m’écriai-je? je m'apperçus

alors, qu’au lieu du Gourmet, c'était moi qui avait fait ce rêve.

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