LA TAVERNE DU L I 0 X- COIRO X X K
la taverne du Lion Couronne un vieux groom à cheveux gris, portant des gamaclies de peau et une veste écarlate, qui, prenant Scham par sa bride , avait assez brutalement signifié au Maure qu'on n'avait plus besoin de lui.
Agba restait donc à Londres , sans place , à peu près sans ressources ; mais, par suite de son incroyable attachement pour le barbe, il s'inquiétait peu de celte existence précaire, comptant d'abord pour vivre sur l'argent que le bon quaker lui avait donné , et plus tard sur la charité publique. Voulant donc à tout prix, et avant toutes choses , se rapprocher de Scham , moyennant trois pence le Maure avait acheté le droit de se retirer chaque soir dans le coin d'une écurie placée proche la taverne du Lion- Couronné qui renfermait son trésor le plus cher. Grimalkin, grâce aux services qu'il pouvait rendre par sa dextérité dans la chasse aux souris, qui lui redevenait une ressource, hélas ! bien indispensable, avait eu le loisir départager la retraite qu'Agba devait à la complaisance un peu vénale de son ami le palefrenier.
La taverne , placée au milieu de Charing- Cross , étendait Tort loin ses dépendances. Ses écuries se trouvaient placées dans une petite rue voisine ; en se logeant tout près , Agba
fis HELEYTAR.
avait cru que, grâce à quelques services rendus aux; palefreniers de M. Roggers, rien ne lui serait plus facile que de revoir Scliam tous les jours, et de l'aider, par ses soins, à supporter la mauvaise influence de l'épi, et à patiemment attendre le retour bienfaisant de la balzane : car, pour le Maure , ces deux signes étaient , pour ainsi dire, deux constellations rivales, qui, dans leurs évolutions , réagissaient tour à tour en bien et en mal sur la destinée de Scliam. Mais, bêlas ! le muet s'était cruellement trompé dans ses dernières prévisions.
En effet , le lendemain du jour où le barbe fut livré à M. Roggers, Agba s'étant muni de quelque argent afin de commencer la séduction par l'offre d'un verre de grog ou de wisky, était allé discrètement frapper à la porte de l'écurie du Lion-Couronné.
Le même vieux groom aux gamaches de cuir, qui avait pris Scliam des mains d'Agba, sorti!, et, sans le laisser entrer, lui demanda d\m air courroucé ce qu'il voulait.
Mais en vain le pauvre muet employa-t-il toute sa pantomime pour faire comprendre à ce cerbère qu'il désirait voir le clieval vendu par le quaker, en vain après lui avoir montré une belle demi-couronne leva-t-il son coude à