LA TAVERNE DU L 10 X -COURONNE
En touchant le sol do cette cour, son cœur battait à se rompre; il prêta l'oreille : le bruil sourd qu'il avait déjà entendu devenait plus distinct; il s'avança donc à tâtons.
Suivant toujours le mur, il arriva à l'entrée d\mo sorte de passage, au fond duquel il aperçut quelques rayons de lumière à Ira vers les ais mal joints d'une porte. Indécis, le Maure s'arrêta un moment ; pouvant alors entendre plus distinctement le bruit dont on a parlé, il reconnut le son d'un roulement de tambour qui résonnait par intervalles.
A la faveur des lueurs qui éclairaient faiblement le fond du corridor, suspendant sa respiration, le Maure arriva près de la porle, el, profitant d' une ouverture qui s'y trouvait, il regarda.
Quelle fut sa joie , puis son épouvante et sa rage contre M. Roggers, lorsqu'il eut reconnu Schain, mais dans quel étal !
Attaché de si près au râtelier par une chaîne de fer, que la têle du barbe demeurait continuellement levée ; il était entravé solidement des quatre jambes, et avait sa croupe assujettie par une forte plate-longe dont les bouts étaient attachés au m»! par dc<. anneaux de for, afin sans doute d'empêcher le cheval de ruer.
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Le malheureux Scham était maigre à (aire pitié; de plus, son poil paraissait marbré de coups de fouet ; il semblait si faible qu'il pouvait à peine se tenir. Enfin, le barbe avait probablement été malade, car plusieurs épingles, entourées d'un nœud de crin, et fixées, soit au cou de Scham, soit sur le trajet de la veine de l'éperon (les Anglais la saignaient quelquefois), témoignaient que le barbe avait dû perdre beaucoup de sang.
Au mur étaient accrochés plusieurs objets qui parurent aux yeux d'Agba autant d'effroyables instruments de torture, à savoir : des lanières à doubles passants, un caveçon à scie, un torche-nez, etc., etc. Mais ce qui sembla surtout au Maure le comble de la barbarie, ce fut l'impitoyable opiniâtreté avec laquelle le vieux groom qu'il avait déjà vu faisait résonner lugubrement son tambour, dès que Scham, luise de fatigue , vaincu par le sommeil , fermait les yeux pour s'endormir, quoique debout.
Aux yeux du Maure, l'existence misérable de Scham, à Paris, chez le porteur de bois, avait été une vie de délices, comparée à cet enfer où son mauvais sort venait de le jeter. Aussi, eu voyant le cheval dans un état si déplorable.
LA TAVERXE DU I. .OX-COIHOX \ K. <i"î
Agba, atterré, écrasé, no put faire un mouvement ; deux grosses larmes coulèrent lentement le long de ses joues, et il demeura comme anéanti dans cette contemplation douloureuse...
Tout à coup le muet fut arraché de sa stupeur par le bruit des pas de plusieurs personnes qui s'avançaient vers le corridor. Impossible de fuir : Agba se trouvait dans une impasse terminée par la porte de l'écurie où était renie rmé Scbam.
A la réverbération soudaine qui vint éclairer le mur de ce passage, Agba vit, pour comble de malheur, que les nouveaux arrivants avaient une lanterne.
De moment en moment les pas devenaient plus distincts. Le Maure comprit tout le danger de sa position s'il était découvert. Mais que faire?... In instant il eut la pensée de se précipiter dans l'écurie et de s'y blottir; il n'était plus temps : la lumière qui s'approchait donnait alors en plein sur la porte, et il entendit la rude voix de M. Hoggers qui disait, avec un accent d'horrible moquerie : — Mous allons voir si ma dernière ordonnance l'aura calmée, cette bique si récalcitrante...
Agba, se voyant pris, voulut tenter un dernier effort. Par un mouvement aussi rapide
que la pensée, il se précipita sur M. Rôggêrs , comptant renverser sa lanterne et lui échapper dans l'obscurité. En effet, au moment où le maître de la taverne du Lion-Couronné, apercevant enfin dans l'ombre un objet inconnu, disait : « Que diable est ceci ? n Agba, bondissant comme une panthère, le renversa cou Ire le mur et gagna l'issue du corridor. Mais malheureusement celui des gens de M. Roggers qui tenait sa lanterne , ne la laissa pas échapper, et cria : « Au voleur! » Un autre domestique courut après Agba; le vieux groom au tambour, entendant cette alerte, sortit de récurie. M. Roggers, sa première surprise passée, se joignit à ses gens , et tous se mirent à la poursuite du Maure, qui, ignorant les èlrc=, s'était égaré dans une vaste cour en cherchant le mur auquel pendait sa corde. Enfin , après s'être mille fois heurté, Agba la trouvant enfin, commençait à y grimper , lorsque , l'apercevant opérer son ascension, M. Roggers le saisit par la jambe, et le muet se sentit serré comme par une main de fer.
Aussitôt le vieux groom et les autres palefreniers arrivèrent ; le Maure , terrassé , fut d'abord cruellement battu; puis M. Roggers, P arrachant <\t><- mains de ses gens, et appro-