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LA VISITE

pntrèrent, brillamment éclairées par les flambeaux dos porte -clefs, formèrent un singulier et étincelant contraste avec le sombre aspect de cette prison.

Au premier rang on voyait une femme d'une taille imposante ; elle venait d'atteindre sa soixante-onzième année, et pourtant ses traits nobles et réguliers étaient loin d'annoncer un âge aussi avancé. Habillée d'ailleurs très-simplement d'une longue robe de satin brun, elle tenait sous son bras gauche un de ces petits épagneuls à soies blanches et orangées, devenus la souche depuis d'une race si précieuse et si connue sous Je nom de chiens de Blenheim. Son bras droit s'appuyait sur celui d'un homme jeune encore, vêtu, avec une extrême magnificence, d'un habit de velours bleu brodé d'or, à la mode française, poudré de poudre rose, et portant des manchettes de dentelles si longues et si magnifiques, qu'elles couvraient entièrement ses doigts chargés de pierreries. Enfin , des bas de soie blancs à coins brodés, un chapeau à plumes blanches et des souliers à talons rouges complétaient le costume de ce gentilhomme, qui pouvait rivaliser d'élégance avec le plus brillant seigneur de la cour de France.

Cette femme d'un si grand air était Sarab

Jennings , duchesse de Marlhorough , veuve du fameux Jean Churchill, prince et duc de Marlhorough , à la mémoire duquel elle était demeurée si fidèle, qu'elle répondit à lord Conningsby, et plus tard au duc de Sommerset, qui demandaient sa main : - X'eussé-je que trente ans au lieu de soixante, je ne consentirais pas que l'empereur du monde succédât dans un cœur qui appartient tout entier au duc de Marlhorough. »>

Bienfaisante et pieuse , oubliant dans des œuvres charitables une des plus grandes cxislences de son siècle , madame la duchesse de Marlhorough visitait souvent les prisons, s'informant des finîtes ou des crimes de ceux que la loi y renfermait, et s'intéressait vivement à ccu\ qui tachaient de faire oublier le passé par leur repentir, ou aux malheureux dont la triste position méritait la pitié.

Le seigneur qui donnait le bras à madame la duchesse de Marlhorough était le comte de Godolphin, son gendre, fils du fameux Sidnc^, vicomte de Rialton et comte de Godolphin , grand-trésorier d'Angleterre , qui joua un rôle si important dans la révolution de I (>KS , et mourut en 1710.

Lord Godolphin accompagnait donc ce jour-

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