LA VISITE. SI
l;ï madame la duchesse de Marlborough , sa belle-mère, dans une visite qu'elle répétait assez souvent à Wewgate.
On l'a dit, le cordon de soie encore pendant, la pâleur, les traits bouleversés du Maure n'annonçaient que trop son fatal projet. Cette circonstance , jointe à son air étranger et à l'infirmité dont il était frappé , émurent vilement la duchesse de Marlborough. Elle fit sa demande habituelle au directeur de la prison : .. Quel est le crime de cet homme ? »
Heureusement pour Agba, le cousin de mistress kokborn avait jasé; or, l'histoire du Maure escaladant une écurie pour revoir son cheval était devenue une c\e^ touchantes chroniques de Mewgate, et le directeur la raconta avec un sentiment de bienveillance pour le muet.
La duchesse de Marlborough fut émue jusqu'aux larmes, et son gendre, lord Godolphin, se transporta d'admiration pour Agba et pour son cheval.
Voyant l'intérêt qu'on prenait à son protégé, le geôlier se hasarda de dire tout bas au directeur que le quaker de Burr y-Hall répondrait bien certainement de L'honnêteté du Maure ; qu'il le déclarerai! incapable de tout vol ou
DF.LEYTA R.
méchante action, et qu'au besoin toute la maison du quaker appuierait cette assertion.
Le directeur fit part de cette nouvelle circonstance h madame la duchesse de Marlborough , qui , de plus en plus satisfaite de pouvoir dignement exercer sa bienveillance, le pria de lui donner quelques notes sur Aj;ba , tandis que lord Godolphin jura tous ses serments que le Maure et son cheval, une fois retirés, l'un de Newgate , Vautre de la taverne du Lion-Coit** ronnéy ne quitteraient jamais son haras de Gog-Mâgog, du comté de Cambridge.
Inquiet, tremblant, indifférent à tout ce qui se passait autour de lui, parce qu'il s'y croyait absolument étranger , le Marne debout , les yeux baissés , s'appuyait contre le mur, car il se sentait trës-faible.
• Ce pauvre malheureux entend-il L'anglais? — demanda la duchesse de Marlborough.
— Oui, Votre Grâce, — répondit le directeur, — il l'entend assez bien. »
Alors s' adressant à Agba, la duchesse lui dit avec un accent rempli de douceur et de bonté :
Vous avez manqué de devenir bien coupable en attentant à vos jours , mon ami ; vous doutiez de la Providence, et vous voyez pourtant qu'elle est venue à votre aide... (le qu'on m'a
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dil m'intéresse à vous. Comptez sur mon appui H sur la justice de vos juges... Tenez, voilà pour vous... Reprenez courage et bénissez Dieu.
Ef ce disant, la duchesse lui donna deux guinées, que le Maure reçut d'un air stupide.
« VA moi, mon garçon , je te jure, de par Dieu! qu'une fois hors dm griffes de tes juges, puisque tu aimes tant Ion cheval, tu trouveras toute la vie un abri pour toi cl pour lui à Gog- Magog ; car, par le ciel, ta conduite sera un exemple vivant à donner aux gens de mon haras, qui verront ce que doit être l'affection de l'homme pour le cheval. Aussi, tiens, voilà deux guinées pour acheter une bride neuve à ton cheval ; je ferai venir Roggers, et , par le diable! je lui payerai ton barbe ce qu'il voudra, car je ne veux pas que vous soyez jamais séparés. »
Puis, sur un signe de la duchesse, lord Godolphin lui offrit de nouveau son bras.
Les lumières disparurent avec les geôliers , les portes se refermèrent, et Agba, se retrouvant seul dans l'obscurité avec (irimalkin, crut d'abord fermement avoir fait un rêve.
Pourtant , sentant les guinées tinter dans sa main , Agba fut bien forcé de croire à la réalité i\t' cette scène ; puis il vint à se rappeler
Si I1ELEYTAB.
quelques mois confus , entre autres : . Tu ne quitteras plus ton cheval ; je F achèterai à Roggers. » Ces mots surtout résonnaient si délicieusement à ses oreilles , que le pauvre muel ne voulut plus do î ter qu'ils lussent vrais.
Enfin , si tant d'espérances si peu attendues se réalisaient , pensait Agba , l'influence de la balzane n'était-elle pas miraculeusement démontrée ?
Que dire de plus? les promesses de madame la duchesse de Marlborough et de lord Godolphin se réalisèrent. Traduit devant les juges rt défendu par le bon quaker, qui était venu en hâte de Rurry-Hall avec le révérend ministre Harisson , au premier avis qu'il avait eu de l'arrestation du Maure, Agba fut acquitté à la demande même de M. Roggers , d'ailleurs enchanté de se défaire avantageusement d'un animal aussi intraitable que Scham, qu'il vendit vingt-cinq guinées à lord Godolphin.
Agba , mis en liberté, dut donc aller remercier son bienfaiteur. Ce dernier avait réservé au Maure le plaisir daller lui-même chercher Scham chez M. Roggers, mission dont les palefreniers du Lion -Cou von né témoignèrent une grande joie, car le sort du pauvre Johny cl de