XCI
Osté du col de la doulce plaisance,
Fu mis es bras d'amere cruauté,
Quand premier j'eu novelle congnoissance
De celle rare, & divine beauté,
Qui obligea ma ferme loyaulté
Au froid loyer de si grand servitude.
Non que j'accuse en toy nature rude :
Mais a me plaindre à toy m'a incité L'avoir perdu en telle ingratitude Les meilleurs ans de ma félicité.
Sur nostre chef gettant Phebus ses rayz,
XCI. — 2. Fus — cruaulté — 3. nouvelle — 4. beaulté XCII. — 1. jettent (T) — raiz
1. Ces derniers vers traduisent à peu près la fin d'un sonnet de Sannazar (/?;i/ie, parte I, son. 1):
Onde con fama, ed immortal memoria
Fuggendo di qua giù libero esolo,
Avrei spinto il mio nome oltr'Indo, e Gange.
2. Le présent dizain dans l'éd. de 1544 est chiffré C, et l'erreur se continue dans la numérotation des dizains.
Faisoit bouillir de son cler jour la None :
Advis me fut de veoir en son taint frais
Celle, de qui la rencontre m'estonne,
De qui la voix si fort en l'ame tonne :
Que ne puis d'elle un seul doulx mot ouir :
Et de qui l'oeil vient ma veue esblouir,
Tant qu'aultre n'est, fors elle, a mes yeux belle.
Me pourra donc tel Soleil resjouir, Quand tout Mydi m'est nuict, voire éternelle ' ?
Oeil Aquilin, qui tant osas souffrir
Les rayz aiguz de celle clarté saincte,
A qui Amour vaincu se vint offrir,
Donc de ses traictz tu la veis toute ceincte,
N'aperçoys tu, que de tes maulx enceincte,
Elle te fait tant de larmes pleuvoir ? [46]
Vueillent les Cieulx par un bening debvoir, Tes pleurs si grandz si largement déduire, Qu'elle les voye en un ruisseau movoir, Qui, murmurant, mes peines puisse dire2.
XCII. — 6. ouyr — 7. œil — esblouir — 8. yeulx — 9. resjouir XCIII. — 9. mouvoir
2. Cf. Britonio, Gelosia del Sole, fol. 100 r"-v°, son. Quamlo fuor d'orienté...
Pero se la mia vista fuggir suole E che d'aquila far non puo'l suo lume Sendo quasi di augel che abhorre il sole. . . Occhi che fate i miei corrente fiume.