Serafino (éd. 1548, fol. 102 v
Che in me morto son io, e in te son vivo.
Léon Hébreu, p. 306 : « Durant le sommeil, combien que les sens du veoir, de l'ouir, du gouster & de l'odorer se perdent, neantmoins le sens de l'attouchement ne se perd pas pourtant... & aussi se perd la cogitation & fantasic de toute chose, exceptée de celle que l'on contemple. D'avantage ceste seule méditation, qui demeure en l'amant contemplatif, n'est pas de soy, ains de la personne aimée : & luy, exerceant telle méditation, ne demeure en soy, mais est hors de soy, en ce qu'il contemple & désire : car, quand l'amant est en eestase, contemplant sur ce qu'il aime, il n'a nul soing ou mémoire de soymesme... ainçoys est du tout aliène de soyniesme & est faict du propre de ce qu'il aime & contemple : en quoy il se convertit totalement, etc. »
Sur le matin, songeant profondément, Je vy ma Dame avec Venus la blonde.
Elles avoient un mesme vestement, Pareille voix, & semblable faconde :
Les yeulx riantz en face, & teste ronde Avec maintien, qui le tout compassoit.
Mais un regret mon cœur entrelassoit, Appercevant ma Maistresse plus belle.
Car Cytarée en pitié surpassoit Là, ou Délie est tousjours plus rebelle.
Bien qu'on me voye oultre mode esjouir,
Ce mien travail toutesfois peine endure,
J'ay certes joye a ta parolle ouir
A mon ouye asses tendrement dure :
Et je m'y pêne affin que tousjours dure
L'intention de nostre long discours. [50]
Mais quand au but de mon vouloir je cours, Tes voulentez sont ailleurs déclinées, Parquoy tousjours en mon travaillé cours Tu fuys, Daphnes, ardeurs Apollinées '.
Cil. — 4. assez — 5. peine à fin
1. Cf. Léon Hébreu, p. 292 : « Sophie. Si ne pouvez vous nier que l'amour n'unisse les amans. — Philon. Ouy bien, quand ils sont tous deux amans : mais je suis seulement amant & non aimé : & vous estes seulement aimés & non amante. Comment donc voulez vous que cet .tmour soyt uni ? — Sophie. Qui veit jamais qu'un amant ne fust aimé ? — Philon. Moy : & croy que je suys avec vous comme un autre Apolloavec Daphné. »