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Du Bellay, Regrets, son. 155 (éd. Chamard, II

Contemplons donc, Thiard, ceste grand' voulte ronde, Puis que nous sommes faits à l'exemple du monde : Mais ne tenons les yeux si attachez en hault, Que pour ne les baisser quelquefois vers la terre, Nous soyons en danger, par le hurt d'une pierre, De nous blesser le pied ou de prendre le sault.

Aux mystiques idéalistes tels que Scève, Rabelais faisait le même reproche (liv. IV, chap. xnv), en décrivant l'île de Ruach, ou des gens qui vivent de vent.

INTRODUCTION XXXV

nouveau de cette poésie du mystère, où l'on entendait, suivant le mot de Pétrarque,

il cantar che ne l'anima si sente ;

ils comprirent la beauté de ces analogie secrètes, qui font « symboliser » l'âme humaine et la nature entière, et qui sont la justification de la métaphore poétique dont ils allaient eux-mêmes user avec excès; ils ne purent manquer enfin de reconnaître que Scève avait substitué, suivant la remarque très juste de des Autelz, à la propriété nue du style de l'école précédente, la richesse des images et des sons ; mais leur bon sens, épris de clarté, leur soufflait en même temps que les symboles ne doivent jamais étouffer la lumière de la pensée, qu'enfin la poésie ne saurait se résoudre en une cryptographie, et que la clarté de la métaphore était la limite du symbolisme.

A un autre point de vue, s'ils reconnaissaient que Scève avait, à l'école de Platon et de Pétrarque, pressenti un idéal poétique bien supérieur à celui de Marot et de ses contemporains, ils ne pouvaient, d'autre part, ne pas comprendre que la Délie n'en était qu'une insuffisante et très imparfaite réalisation.

Ils ne pouvaient non plus manquer de constater que la science de Scève était somme toute assez restreinte, surtout sa connaissance de l'antiquité, qui ne semble pas avoir été plus riche que celle des vieux rhétoriqueurs, dont il pratique les équivoques et les allitérations ; qu'enfin, bien qu'imitateur des Italiens, Scève appartient à l'école de l'épigramme, tandis que l'école nouvelle sera l'école du sonnet. Sebilet en 1548 ne l' avait-il pas présenté comme le maître de ce genre, comme un émule de Marot ? Cela seul suffisait à faire regarder définitivement comme un des chefs de l'école finissante, cet homme qui, par son âge, ses amitiés, ses procédés littéraires, et son mysticisme retardataire, représentait plutôt une fin qu'un commencement '.

1. Il eut comme disciples et continuateurs Philibert Bugnyon et Claude de Taillemont. — Sur le premier, voir Brunot : de Pbiliberti Bugiwuii vita et eroticis versibus (thèse latine). Lyon, Storck, 1891. — Sur le second, voir Texte : Note sur la vie et les œuvres de Claude de Tail-

XXXVI INTRODUCTION

Et pourtant, s'il représente la fin de l'autre école, Scève fut véritablement l'initiateur de la nouvelle. Tous les poètes de la Pléiade » furent gênés pour l'avouer franchement, mais tous lui doivent beaucoup plus qu'on ne l'a dit jusqu'ici ». C'est lui qui leur a indiqué les modèles qu'ils allaient suivre, les sujets qu'ils allaient traiter dans leurs recueils de sonnets ; ils ont tous pratiqué la Délie, ils l'ont tous imitée ; et YOIive, les Amours de Cassandre, de Marie et d'Hélène, de Francine ou d'Amaltbie, en sont la postérité directe, quoique inavouée. Je n'ai pas fait la recherche complète de tous les passages où Ronsard, du Bellay, Baïf, se sont souvenus de la Délie ; mais ceux que j'indique ici sont déjà suffisamment nombreux, pour nous édifier sur l'influence énorme que le recueil de Scève eut sur les recueils ultérieurs. De l'Olive jusqu'aux Amours de Desportes, et peut-être jusqu'aux vers de l'Astrée, tout le monde reprendra les thèmes et même la phraséologie de la Délie.

lemont, poète lyonnais (Bulletin historique et philologique, 1894). C'est l'article dont le Manuel bibliographique de M. Lanson (xvi* siècle, p. 73, n° 7S7 bis) donne inexactement le titre, en l'attribuant par erreur à un Anonyme .

1. Il faut naturellement excepter Pontus de Tyard, qui semble bien le reconnaître comme un maître. Il lui consacre les deux sonnets qui ouvrent chacun des deux premiers livres des Erreurs amoureuses. Au sonnet xxvm du livre II, il dit à sa Dame :

Je t'auroy jà en mille vers chanté,

Voire tiré de la rive oublieuse

(Faisant de toy la Délie euvieuse)

Ton nom de grâce, & ton nom de beauté. Il imite en effet constamment Scève dans ses deux premiers livres, et il serait facile de relever les thèmes, les images, les expressions et parfois même les vers entiers qu'il lui a empruntés. Pontus de Tyard, Guillaume des Autelz, Claude de Taillemont, Philibert Bugnyon et Claude de Pontoux forment un groupe 2 part, qui se réclame de Maurice Scève et peut être considéré comme son école. Si l'on songe d'ailleurs que le début du Microcosme de Scève ressemble étrangement au début du Siècle d"Ot de Berenger de la Tour, paru en 1551, peut-être peut-on conjecturer que ce dernier fut en rapports avec l'école de Lyon et en fit partie. — Voir encore ce que Pontus dit de Scève dans ses Vers liriques {Chant en faveur de quelques excellents poètes de ce temps, éd. de 1573, p. 120).

2. Ne sont-ils pas ces « borg'ons vers » qui « ont corone avant l'arbre » dont parle Claude de Taillemont, en 1556? Ces « oêzeaus divers amplumés de l'aile de la Délie » ? (Voir p. xxvui, n. 6, la pièce de Taillemont.)

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