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DIZAINS CCCII-CCCII

Mais la cuydant a mon bcsoing estraindre En lieu d'humeur flammes elle rendit.

Cest Oeil du Monde, universel spectacle1

Tant révéré de Terre, Ciel, & Mer,

En ton miroir, des miracles miracle,

11 s'apperçoit justement déprimer,

Voyant en toy les Grâces s'imprimer

Trop mieulx, qu'en luy nostre face a le veoir.

Parquoy tel tort ne povant recevoir, S'en fuyt de nous, & ce Pôle froid laisse,

1. Ce dizain résume le thème du recueil de Britonio : Gelosia del Sole. . ., thème dérivé d'ailleurs de Pétrarque (canz. Si c débile 7 filo) : Le treccie d'or, che devrien far il sole D'invidia rnolta ir pieno — Voir eDeore son. Liete 1 pensose... — Tebaldeo, son. 148 : Non pin al tiascer del giorno corne suole... — Alamanni (Opère toscane, Lyon, Gryphius, 1552-1533), dans les Statiie in honore di Chiara Fermi, appelle le soleil « ucchio del ciel ».

Tacitement te faisant asçavoir,

Que, qui se veoit, l'enflé d'orgueil abaisse r.

Apparoissant l'Aulbe de mon beau jour, Qui rend la Mer de mes pensers paisible, Amour vient faire en elle doulx séjour, Plus fort armé, toutesfoys moins noysible,

Car a la veoir alors il m'est loysible, Sans qu'il m'en puisse aulcunement garder. [140]

Parquoy je vien, coup a coup, regarder Sa grand' beaulté, & d'un tel appétit, Qu'a la reveoir ne puis un rien tarder, Me sentant tout en veue trop petit.

Mon ame en Terre (un temps fut) esprouva Des plus haultz Cieulx celle béatitude, Que l'œil heureux en ta face trouva, Quand il rae mit au joug de servitude 2. Mais, las, depuis que ton ingratitude Me desroba ce tant cher privilège De liberté, en son mortel Collège

CCCI II — 10. se void CCCIV — 10. veuë

1. Roman de la Rose, éd. Méon, v. 870, parlant du « diex d'Amors »

C'est cil qui les amans justise Et qui abat l'orguel des gens...

2. Voir Arioste, son. Occhi miei belli, mentre cb'io vimiro... (éd. Le Monnier, 1894, t. I, p. 299).

DIZAINS CCCIV-CCCVI 20?

Malheur me tient soubz sa puissance grande.

Aussi cest An par Mort, qui tout abrège, France perdit ce, qu'à perdu Hollande » .

Ta beaulté fut premier, & doulx Tyrant2, Qui m'arresta tresviolentement :

Ta grâce après peu a peu m'attirant, M'endormit tout en son enchantement :

Dont assoupy d'un tel contentement, N'avois de toy, ny de moy congnoissance.

1. Lefèvre d'Etaples et Erasme moururent tous deux en 1536. M. J. B&Tnzud (Jacques Lefevre d'Etaples, Qihors, 1900) cite Herminjard (Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, t. III, pp. 309 et 400) et une lettre d'après laquelle Lefèvre mourut en 1536, et où son nom est associé à celui d'Erasme : « Erasmum Rotcrodamum II. mensis hujus in Domino obdormiisse forsan nosti. Stapulensem item, ante semestre opinor. » Mais s'agit-il bien ici de Lefèvre d'Etaples ? L'homme qui, en France, pouvait se comparer à Erasme, serait plutôt Budé, celui qu'Erasme lui-même avait appelé le « prodige delà France ».

— Or Budé est mort en 1540. Il faudrait donc interpréter le dernier vers de ce dizain de la manière suivante : En cette année 1540, la France perdit Budé, comme la Hollande perdit naguère Erasme. Dans l'opinion des contemporains, les noms d'Erasme et de Budé étaient associés ; Bu Je était l'Erasme français. V. par exemple ce distique de Nicolas Bo-irbon (Nugae, 1538, p. 107) :

De Budaeo et Erasme.

Scis quid ab Hollando Francus Budaeus Erasmo Différât ? Hic dictis allicit, ille rapit.

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