CCCLXV. — 9. nuë — 10. conduysant
Veu ceste cy, qui toute en moy converse.
Car en premier sans point de controverse D'un doulx feu lent le cœur m'atyedissoit Pour m'allaicter ce pendant qu'il croissoit, Hors du spirail ', que souvent je luy ouvre.
Et or craingnant qu'esventé il ne soit, Je celé en toy ce, qu'en moy je descouvre.
CCCLXVIl
Asses plus long, qu'un Siècle Platonique,
Me fut le moys, que sans toy suis esté 2 :
Mais quand ton front je revy pacifique,
Séjour treshault de toute honnesteté,
Ou l'empire est du conseil arresté
Mes songes lors je creus estre devins. [r^8]
Car en mon corps : mon Ame, tu revins, Sentant ses mains, mains celestement blanches, Avec leurs bras mortellement divins L'un coronner mon col, l'aultre mes hanches.
CCCLXVIII
Lors que Phebus de Thetys se départ, Apparoissant dessus nostre Orizon, Aux patientz apporte une grand' part, Si non le tout, d'entière guerison :
Et amoindrit, aumoins, la languison,
CCCLXVIl. — 1. Assez — 6. creuz — 7. 1^44 porte mon, corps {faute évidente).
1. Pour cette expression, cf. p. 245, n. 1, le passage d'Helisenne de Crenne, où elle parle du « souspiral » de la fournaise.
DIZAINS CCCLXVII-CCCLXX 253
Et les douleurs, que la nuict leur augmente. Tout en ce point ma peine véhémente Se diminue au cler de sa présence :
Et de mes maulx s'appaise la tourmente, Que me causoit l'obscur de son absence.
Plongé au Stix de la mélancolie Semblois l'autheur de ce marrissement, Que la tristesse autour de mon col lye Par l'estonné de l'esbayssement, Colère ayant pour son nourrissement, Colère aduste, ennemye au joyeux1.
Dont l'amer chault, salé, & larmoyeux, Crée au dueil par la persévérance Sort hors du cœur, & descent par les yeulx Au bas des piedz de ma foible espérance.
CCCLXX [169J
Estant tousjours, sans m'oster, appuyé Sur le plaisir de ma propre tristesse, Je me ruyne au penser ennuyé
CCCLXIX. — 4. l'esbaliyssement — 7. chauld — ?S44 porte l'armoyeux, faute évidente. — 9. Sont — descend — 10. foyble
1. La Nef des Dames vertueuses, par Symphorien Champier, Lyon, J. Arnollet, 1503, fol. x 3 r° : « Socrates, Platon, Aristote, Dyogenes & aultres philosophes ont dit que amour & concupiscence charnelle est une espèce de anragement & fureur, par laquelle les faulx amans nuit & jour sont en sollicitude, & tant que ta colère brusle les conduisans jusques au feu, (5c puis ceste colère par adustion se couvertist en mélancolie, & comme aveugles sans considération tombent au feu & miserabilite 6c comme bestes vivans au monde tombent au gouffre infernal... »
Du pensement proscript de ma lyesse.
Ainsi donné en proye a la destresse, De mon hault bien toute béatitude Est cheute au fons de ton ingratitude : Dont mes espritz recouvrante sentement, Fuyent au joug de la grand servitude De desespoir, Dieu d'éternel tourment.
Blasme ne peult, ou n'est aulcun deftault, Ny la peine estre, ou n'y à coulpe aulcune Dont si justice en nous mesmes defFault, C'est par malice ou, par propre rancune.
Ny l'Or prisé, ny la chère Pecune, Dieu de vilté, & de sagesse horreur, Me tire a doubte, & de doubte a terreur.
Mais en mon cœur à mis dissention Consentement, qui met en grand erreur Le résolu de mon intention.
CCCLXXI I
Tu mes le Cèdre encontre le venin l De ce Serpent en moy continuel 2,
CCCLXX. — 7. au (1544 donne an, faute d'impression). CCCLXXI. — 4. par malice, ou par CCCLXXII. — 1. m'es (T) — metz
1. Vincent de Beairvais, Spéculum naturale, XII, uv : « Cedrus est arbor... cujus odor serpentes fugat et interimit. » — L'éditeur de 1564 n'a pas compris, et a corrigé mes en met^ (de mettre). Il faut adopter la leçon : Tu m'es le cedre... donnée par l'Indice de 1544.
Cf. Sassoferrato, Olimpia, fol. C 4 v° :
O Cedro quai mi porgi un grato odore Conforta l'aima inia piena di doglia.
2. Cf. J. Flore, Comptes amoureux, p. 103 : Pyrance, voyant Méridienne
DIZAINS CCCLXXI-CCCLXXIII 255
Comme ton œil cruellement bénin
Me vivifie au feu perpétuel,
Alors qu'Amour par effect mutuel
T'ouvre la bouche, & en tire a voix plaine [170J
Celle doulceur celestement humaine,
Qui m'est souvent peu moins, que rigoureuse,
Dont spire (ô Dieux) trop plus suave alaine,
Que n'est Zephire en l'Arabie heureuse.
CCCLXX1II
A son aspect mon œil reveremment S'incline bas, tant le Cœur la révère, Et l'ayme, & craint trop perseveramment En sa rigueur benignement severe.
Car en l'ardeur si fort il persévère, Qu'il se dissoult, & tout en pleurs se fond, Pleurs restagnantz en un grand lac profond ', Dont descent puis ce ruisseau argentin, Qui me congelé, & ainsi me confond Tout transformé en sel A^ringentin 2.
« non autrement fut-il en estase ravy, que le roy Achrisius en la vue de la Gorgonne vaincue par le chevalier Perseo. Subtilement s'en apperceutla cruelle Méridienne, & estoit fort joyeuse & contente devoir ainsi l'imprudent jeune homme se perdre en la lueur de ses beaux yeux : ressemblante au serpent appelé Basilisquc, qui occit quiconque il aura atteint de son regard venimeux. » — Ci. Délie, diz. 1.