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Cf. Pétrarque, canz. Mia beuigna fortuna

Hor havess' io un .si pietoso stile Che Laura mia potesse torre a morte Corn' Euridice Orfeo sua senza rime.

Mais ce n'est pas Pétrarque que suit ici l'auteur, c'est toujours Speroiii, dans les dernières pages de son Dialogue d'Amour. Scéve résume le passage de façon à le rendre obscur, et emprunte à Speroni le symbole d'Orphée et Eurydice, fol. 33 V : « Perche, cosi corne m- lia bclle^a del corpo, proprio soggetto dcgli occbi ttostrî, & da noi soli fra tutti gli altri a nimali considéra ta & gradita, pose Amor le /avilie onde ardesse l'itnui' morato : cosi è ragione, che cotai fuoco rinalmente saïga & risplenda tanto alto, ch'altra vista che l'humana non habbia gratia di rimirarlo... » La beauté féminine est ainsi la source de l'idéal et de la poésie; c'est elle qirt inspire le sentiment de la gloire et le désir de l'immortalité; c'est elle qui poussa Orphée à sauver Eurydice des enfers (fol. 3*,

v°) : « In questo modo, Orpheo poeta antichissimo & nobilissimo per

questa via la sua amata Euridice dal projondo delï abisso levata, malgrado ai morte, à nuova et gioiosa vita riconduceva.. . *

2. Inspiré du passage suivant de Speroni, fol. 14 r° : « Corn' hora non è giorno per tutt' il mondo, ma il nostro vespro é mezza notte ad altrui, ci: la sera di questo hcmispericè l'allia dell' altro... »

DIZAINS CCCCXLVI-CCCCXLVII

CCCCXLVII

Si tu t'enquiers pourquoy sur mon tombeau Lon auroit mys deux elementz contraires, Comme tu voys estre le feu, & l'eau Entre elementz les deux plus adversaires : Je t'advertis, qu'ilz sont tresnecessaires Pour te monstrer par signes evidentz, due si en moy ont esté residentz Larmes & feu, bataille asprement rude : Qu'après ma mort encorcs cy dedens Je pleure, & ars pour ton ingratitude '.

CCCCXLVII. — 2. mis — 5. tres-necessaires

1. Cf. Serafino (éd. 1548, fol. 153 r°) : Cenere in terra tornaran mie 06sa... — Panfilo Sasso, fol. C 5 :

Se gratia per pietade un morto impetra O tu che passi al mio sepulchro acanto Non andar si veloce : ferma alquanto

CCCCXLVIII

Vouloir tousjours, ou le povoir est moindre ',

Que la fortune, & tousjours persister

Sans au debvoir de la raison se joindre,

Contre lequel on ne peult résister,

Seroit ce pas au danger assister,

Et fabriquer sa declination ? [204]

Seroit ce pas, sans expectation

D'aulcun acquest, mettre honneur a mercy,

Ou bien jouer sa réputation

Pour beaucoup moins, qu'a Charles Landrecy2?

CCCCXLVIII. — 7- Seroit-ce

El passo é batti nela dura pietra E vedrai fuora de la tomba tetra

Uscir piu flamme accese

Mi strugo et ardose ben son exangue Che quel che amor conduce al miser sUto E vivo e morto si consuma e langue.

Lesépitaphes de ce genre sont fréquentes chez les pétrarquisants, dont les recueils se terminent presque toujours, à l'imitation de Pétrarque, sur l'idée de la mort et de l'immortalité.

On retrouve l'idée de ce dizain dans le recueil des Poésies de François I" (éd. Champollion-Figeac, 1847, P- Ili) '•

Le feu & l'eau, par nature eunemys,

Se sont unizpour conserver ma vie....,

1. Scève se souvient ici d'une pièce de Saint-Gelays parue en 1542 dans la Fleur de poésie françoy se, p. 73 (cf. éd. Blanchemain, I, 114) ;

Donné me fut des cieulx à ma naissance Ung tout seul poinct pour me faire douloir : C'est une basse & petite puissance Eu un grand cueur remply de grand vouloir. ..

2. Paradin (Histoyre de noslre temps, Paris, Jean Ruelle, 1561, p. 402- 426), fait le récit du siège de Landrecies (1542) par Charles-Quint, qui y compromit sa réputation d'habile homme de guerre, alors que François I" refit son armée par une sage temporisation. Voira ce sujet Cl. Chappuys, L'Aigle quia faict la poulie devant lecoq à Landrecy, Lyon, Le Prince,s.d., in-16 (Bibl. Nat., Rés. Y* 3704). — Voici le sens : Pour quelque chose qui est pour moi moins important que Landrecies ne l'était pour Charles-Quint.

DIZAINS CCCCXLVIII-CCCCXLIX 3O)

CCCCXLIX

Flamme si saincte en son cler durera, Tousjours luysante en publicque apparence, Tant que ce Monde en soy demeurera, Et qu'on aura Amour en révérence.

Aussi je voy bien peu de différence Entre l'ardeur, qui noz cœurs poursuyvra, Et la vertu, qui vive nous suyvra Oultre le Ciel amplement long, & large.

Nostre Genevre ainsi doneques vivra Non offensé d'aulcun mortel Letharge1.

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