DIZAINS XLVII-L
Et si la vie eust onc joyeuse chère, Toute contente en ce corps se complaict.
A l'un aggrée, & a Paultre desplaict L'estre apparent de ma vaine fumée, [26]
Qui tost estaincte, & soubdain rallumée, Tient l'espérance en lubrique séjour.
Dont, comme au feu le Phcenix, emplumée Meurt, & renaist en moy cent fois le jour ' .
Tant je l'aymay, qu'en elle encor je vis : Et tant la vy, que, maulgre moy, je l'ayme. Le sens, & l'ame y furent tant ravis, Que par l'Oeil fault, que le cœur la desayme.
Est il possible en ce degré suprême Que fermeté son oultrepas révoque ?
Tant fut la flamme en nous deux réciproque, Que mon feu luict, quand le sien clair m'appert. Mourant le sien, le mien tost se suffoque. Et ainsi elle, en se perdant, me pert.
Persévérant en l'obstination
D'un, qui se veult recouvrer en sa perte,
XLVIII. — ). 1^44 et 1564 portent desplaict suivi d'un point, faute siidctite. — 7. estainte — r'allumée — 9. fœnix XLIX. — 2. que maulgre (sans nrgulr)
Cosi fenice al sole il nido allume ; E moro, e nasco mille volte il giorno. j. Pétrarque, son. Hor che'l ciel... :
Mille volte'l di moro e mille nasco.
Je suy tousjours la declination De ma ruyne evidamment apperte.
Car en sa foy, de moy par trop experte, Je me prometz le hault bien de mon mieulx. Elle s'en rit, attestant les haultz Dieux : Je voy la faincte, & si ne scay, qu'y faire : Fors que faisant deluger mes deux yeulx, Je masche Abscynce en mon piteux affaire '.
Si grand beaulté, mais bien si grand merveille, Qui a Phebus offusque sa clarté 2,