DIZAINS LI-LII
Soit que je sois présent, ou escarté, De sorte l'ame en sa lueur m'esveille, Qu'il m'est advis en dormant, que je veille, Et qu'en son jour un espoir je prevoy, Qui de bien brief, sans deslay, ou renvoy, M'esclercira mes pensées funèbres.
Mais quand sa face en son Mydy je voy, A tous clarté, & a moy rend ténèbres '.
LU
Le fer se laisse, & fourbir, & brunir -, Pour se gaigner avec son lustre gloire :
i. Cf, le dernier vers du dix. 92 de Délie, et aussi Charles de Sainte- Marthe, qui avait dit (La Poésie françoise, Lyon, 1540, toi. 22) : Au cler Midy je chemine en ténèbres, C'est ton regard qui m'obscurcist ainsy.
Ce recueil de Sainte-Marthe renferme (p. 252) une pièce adressée par Maurice Scève à l'auteur (voir à la fin du volume : Le livre de ses amys) et aux fol. $1 et 80 deux pièces adressées par l'auteur à M. Scève; au fol. 157, une pièce : A Madame Claude Scève, femme de Monsieur V Advocal du Roy à Lyon. — C'était une des trois sœurs de Maurice, celle qui épousa Mathieu de Vauzelles. — Dans l'Elégie du Tempe de France (p. 197 du même volume), il est encore question de Scève, cité après Marot, Jacques Colin, Saint-Gelais, et avant Héroët, Brodeau, Bouchet, eic...
2. Cf. Délie, diz. 402. — Cf. aussi Ovide, Trist. IV, vi ; — Serafino (éd. Menghini, pp. 196 et 219) :
Suole col tempo, e con un poco umore Un aspro c duro scoglio penetrarsi, E col foco el métallo umiliarsi, Che a l'acqua cède l'un l'altro l'ardore. . .
Forza é d'amor possente e valida
Che mi consuma corne el ferro limula.
— Les Paraboles de Maistre Alain en français, fol. f iii r* :
Tant souffle le fevre en forgant Qu'il fait au feu le fer dur mol . . .
— Jean Marot. Recueil, fol. E iii r° :
Je voy que l'eau par temps le marbre myne
Le fer par feu s'amollit & affine
Mais envers toy j'ay peine & temps perdu...
Ou mon travail ne me fait, qu'embrunir Ma foy passant en sa blancheur l'y voire. Je contendrois par dessus la victoire : Mais hazardant hazard en mes malheurs, [28]
Las je me fais despouille a mes douleurs, Qui me perdantz, au perdre me demeurent, Me demeurantz seulement les couleurs De mes plaisirs, qui, me naissantz, me meurent.