LIBRAIRIE HACHETTE
INTRODUCTION
Non seulement par son étendue matérielle, maïs aussi par sa valeur au point de vue de Fhistoire littéraire, la Délie est l'œuvre capitale de Maurice Scèves presque la seule à propos de laquelle
I. Il ne s*agit point ici d'étudier sa vie et ses œuvres. Je dois simplement préparer le lecteur à Tétude de la Délie, Voici cependant des renseignements bibliographiques où Ton trouvera tout ce qu'on peut savoir sur la biographie de Scève :
Anonyme. — Bulletin dîi Bibliophile^ juin 1839 (article sur Scéve,
qui doit être de Breghot du Lut).
Baur (Albert). — Maurice Scève et la Renaissance lyonnaise, Paris,
Champion, 1906.
Bourbon (Nicolas) . — Nugarum lihri octo, Lyon, S. Gryphius, 1538
(lib. VIII, carm. li, pp. 456-457).
Boy (Ch.). — Œuvres de Louise Labé, Paris, Lemerre, 1887, t. II,
pp. 8, 16, 56, 123, 151.
Breghot du Lut et Péricaud aîné. — Biographie lyonnaise, Paris et
Lyon, 1839 (Bibl. Nat. Ln^S 57).
BuiLLOUD. — Lugdunum sacro-prof anum (Bibl. de Lyon, mss. Coste,
n° 8711, t. II, fol. 290 A et 291 A). CoLLETET (Guillaume). — Notice sur Scève (Bibl. Nat., mss. nouv.
acq.fr. 3073, p. 456 sqq.).
CoLONiA (de). — Histoire littéraire de Lyon y t. II, pp. 507 sqq. DoLET (Est.). — Carminum libri IV, Lyon, 1538 (Bibl. Nat. Rés.
m Y c. 772), pp. 20-22. = Genethliacon, Lyon, 1539 (Bibl. Nat,
Rés. m Y c. 776), fol. C 2 v**. = Commentarii linguae latinae ^
t. II, Lyon, 1538 : y° Lingua^ P- 403 (Bibl. Nat. Rés. X. 171). DouEN (O.). — Clément Marot et le Psautier huguenot. Paris, Impr.
Nat., 1878, 2 vol. in-8% t. I, p. 236, note, et p. 458. DucHER (Gilbert). — Epigrammaton libri duo. Lyon, 1538 (Bibl. Nat.
Rés. p Yc. 1237), pp. 94,98, 101,104, 113, 118, 129, 155. Du Verdier. — Bibliothèque Françoise, éd. Rigoley de Juvigny, t. III,
pp. 50-51. — Prosopographie,éà, de 1605, t. m? P- 2466 (à l'année
Gerig (John L.). — The family of Maurice Sceve, 1909 (voir plus loin. Bibliographie générale). — Bibl. Gaston Paris, G. P. 1665 .
GiRiNET (Philibert). — Le Roi de la Basoche, traduit par C, B, (Breghot du Lut), 1838, p. 24 (Bibl. de la Sorbonne, ll, p. 38). Cet ouvrage est la publication d'une copie des Notes sur l'histoire de Lyon, du P. Menestrier (Bibl. de Lyon, mss., n" 1358). Il n'a donc qu'une mince valeur documentaire. [Voir pour cette fête de la Délie a
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son nom soit cité par ceux qui s'occupent de la poésie vers le milieu du xvie siècle.
Parue en 1544, l'année même de la mort de Marot, cinq ans avant les premières œuvres de Ronsard et de du Bellay, elle prend, à cette date, une signification jusqu'ici insufïisammen définie. L'étude du texte et la recherche de ses sources permettront de mieux marquer cette signification.
J'ai à rendre compte ici de l'enquête que j'ai dû faire ; à dire dans quelles conditions l'ouvrage de Scève fut composé, sous l'influence de quelles idées et de quels modèles ; enfin, cherchant quelles furent sa fortune et son influence, à préciser le plus possible la position de Maurice Scève et de la Délie vis-à-vis des poètes de 1550.
Si Ton met à part les dates de ses œuvres ce que nous savons de Maurice Scève se réduit à quelques faits, qui prêtent euxmêmes à la conjecture. Je les signale sans y insister :
10 En 1533, il étudie à Avignon en compagnie de jeunes Italiens ses amis, et là, il participe aux fouilles qui, dans la chapelle
Basoche, où Scève joua un rôle important, Colonia, op. cit., t. II, pp. 578 sqq.]
La Croix du Maine. — Bibliothèque Françoise^ éd. Rigoley dejuvi-
gny, t. II, pp. 112-T13. ^ Menasci (Guido). — Nuovi saggi di Jetteratura francese, Livourne,
1908, pp. 75 sqq.
Paradin. — Mémoires de l'histoire de Lyon. Lyon, Gryphius, 1573,
in-fol., pp. 329-351.
Pernetti. — Les Lyonnais dignes de mémoire. Recherches pour servir à
Vhistoire de Lyon. Lyon, chez les frères Duplain, 1757, 2 vol. in-S'^
(Bibl. Nat. Lk7 4304), t. I, pp. 264 sqq. ScHEUFiNG (N.). — Préface à son édition de \^ Délie. Lyon, 1862. RoviLLE (G.). — Il Petrarca con dichiaraTjoni più siampate. Lyon,
G. Roville, 1558, p. 14.
RoviLLE (].). — Promptuaire des Médailles . Lyon, J. Roville, i$77,
p. 251 (Bibl. Nat., Inv. J. 4730).
Texte (J.). — Note sur la vie et les œuvres de Claude de Taillemont
(Bulletin historique et philologique, 1894). Tournes (J. de). — Il Petrarca per Giovan di Tournes. Lyon, 154$.
Préface (Bibl. de l'Arsenal, B. L. 4397, in-i6). V1SAGIER ou VuLTEius (J.). — Epigrammatum lihri IIII. Lyon,
1537, PP- 38, 44' 90, 187, 230, 240, 244, 249, 256, 197, 17$, 181. I. Voir plus loin la Bibliographie des écrits de Maurice Scève.
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des Cordeliers, aboutirent à la découverte du prétendu tombeau de Laure i.
20 II débute dans les lettres en 1535, par la publication d'une traduction de l'Espagnol Juan de Flores, la Depîourahle fin de Fïamete^, et par la composition du Blason du Sourcil 3, qui lui valut les éloges de Marot et commença sans doute sa réputation.
30 II est, en 1548 4, Tun des organisateurs des fêtes données à Lyon pour l'entrée de Henri II.
Voilà les seuls faits certains que l'on connaisse de son existence, c'est-à-dire à peu près rien. La date de sa naissance, celle de sa mort sont également ignorées. Après la publication de son dernier ouvrage, le Microcosme, en 1562, sa trace se perd complètement. Il semble d'ailleurs lui-même avoir pris soin de se dérober à notre curiosité ; il n'a jamais signé ses écrits autrement que par ses initiales ou des devises énigmatiques s ; dans
1. Sur ce fait, voir les préfaces aux édit. de Pétrarque par Roville et par J. de Tournes, citées plus haut. Cf, aussi de Sade, Mémoires pour la vie de F. Pétrarque, Amsterdam, 1764-1767, notes à la fin du t. 1, et t. III, p. 38 ; — Bâ.nol\, Storia délia lett. italiana, Florence, 1884, t. VII, p. 198 sqq. ; — Gustav Kœrting, Petrarca's Leben und JVerke^ Leipzig, 1878, p. 693 sqq.; — Baur, op. cit., p. 28. — L'affaire fit du bruit, et c'est sans doute pour s'en moquer que Rabelais a raconté (liv. I, chap. i) la découverte de la généalogie de Gargantua dans un tombeau de Touraine.
2. L'ouvrage de Juan de Flores est introuvable. Je crois qu'il n'existe qu'à la bibliothèque de Madrid. Pascual de Guayangos, l'éminent érudit espagnol, en a donné une reproduction photolithographique tirée à 107 exemplaires, très rare elle-même. C'est un in-8° de 114 pages, gothique, sans lieu ni date, ni titre. Le titre de la reproduction est le suivant : Brève tractado \ de \ Grimalte y Gradissa \ compuesto por | Johan de Flores | Madrid | MDCCCLXxm. On en trouvera l'analyse dans Reynier, le Roman sentimental avant VAstrèe, p. 86 sqq.
3. Voir Picot, Français italianisants ^ t. I, p. 236, n. i. — Cf. Délie, diz. 270, et n. 2.
4. Voir plus loin, Bibliographie des écrits de Maurice Scéve, année 1548.
5. Soufi"rir se ouffrir (Deplourable fin de Flamete)-, Soufî"rir non souffrir (Délie) ; Non si non la (Microcosme). — Les deux premières devises sont inspirées par Pétrarque. La dernière avait été la devise de ce Guillaume de B3^ssipat, seigneur de Hanaches, dont Guillaume Crétin a pleuré Il mort (Œuvres de J. Lemaire, éd. Stecher, t. III, p. 156):
Le bon viconte ha pris pour son dismage A coups de traict, lances, piques et haches. Ce mot portoit : Non sinon la, hanaches. Jésus luy doint Paradis, s'il ne l'ha.
Et jamais n'aille ailleurs, non sinon là.
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toutes ses productions, sa pensée s*enveloppe de nuages, disparaît sous des images et des symboles, et, inconvénient très grave, quand il s'agit d'un poète dont les intentions sont si difficiles à comprendre, nulle part il n'a jamais exposé dogmatiquement ses idées.
La femme qu'il a chantée sous un nom supposé, et qui fut peutêtre Pernette du Guillet ^, reste également mystérieuse, et s'il a éprouvé pour elle une passion profonde, aucun accent de réalité vivante n'en a passé dans ses vers 2.
Les seuls documents positifs que nous possédions sur lui sont les écrits, épigrammes, sonnets, pièces françaises ou latines, que ses amis lui adressent ou dans lesquels ils parlent de lui. Nous pouvons également tirer quelques conclusions utiles de la présence de plusieurs de ses écrits dans les recueils collectifs du temps ; mais ici encore bien des bizarreries nous embarrassent, bien des problèmes se posent. C'est ainsi que les premiers vers de ce pétrarquisant nourri de platonisme, de cet idéaliste grave et sérieux, de cet italianisant délicat et précieux, se rencontrent, en très