‹ Delie, object de plus haulte vertu;Chapitre 148 sur 372 · DIZAINS CXXXII-CXXXIII · texte numérisé non relu

DIZAINS CXXXII-CXXXIII

Aussi Amour sa gloire, & sa conqueste Par fermeté en inconstance esprœuve.

Parquoy souvent en maintz lieux il me trœuve Ou audevant me présente un object Avec si doulx, & attrayant subject, Que ma pensée, a peu près s y transmue. Bien que ma foy, sans suyvre mon project, Çà, & là tourne, & point ne se remue.

Le Vespre obscur a tous le jour clouit

Pour ouvrir l'Aulbe aux limbes de ma flamme :

Car mon désir par ta parolle ouyt

Qu'en te donnant a moy, tu m'estois Dame ^

Lors je sentis distiler en mon ame Le bien du bien, qui tout aultre surmonte. [64] Et neantmoins, asses loing de mon compte, Pitié te feit tendrement proférer Ce doulx nenny, qui flamboyant de honte 2, Me promit plus qu'onc n'osay espérer.

CXXXII. — 8. transmué — 10. remue CXXXIII. — 5 . distiller — 7. assez

1, Tebaldeo, son. 116 :

Quando mi parve da una voce udire Che à te leggiadra donna era donato.

2, Recveil de vraye Poésie françoyse, prinse de plusieurs Poètes , les plus excellent^ de ce regne^ Paris, 1544, in-8, fol. vii :

Un doulx nenny avecq' un doulx soubzrire.

Cette pièce est de Cl. Marot (éd. Jannet, III, 29 : Epigr. lxviii. — Cf. aussi p. 82).

DELIE

Saincte Union povoit seule accomplir L'intention, que sa loy nous donna % Comme toy seule aussi debvois supplir Au bien, qu'a deux elle mesme ordonna.

A luy & Corps & Foy abandonna^ : A moy le Cœur, & la chaste pensée.

Mais si sa part est ores dispensée A recepvoir le bien, qu'Amour despart, La mienne est mieulx en ce recompensée. Que après Amour, la Mort n'y aura part.

Qui ce lien pourra jamais dissouldre 3 Si la raison a ce nous contraingnit ?

Amour le noud lassa, & pour Tabsouldre Foy le noua, & le temps l'estraingnit.

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