‹ Delie, object de plus haulte vertu;Chapitre 283 sur 372 · Voir la note du dizain précédent · texte numérisé non relu

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DIZAINS CCCII-CCCIIl

Mais la cuydant a mon besoing estraindre En lieu d'humeur flammes elle rendit.

Cest Oeil du Monde, universel spectacle '

Tant révéré de Terre, Ciel, & Mer,

En ton miroir, dès miracles miracle,

Il s'apperçoit justement déprimer.

Voyant en toy les Grâces s'imprimer

Trop mieulx, qu'en luy nostre face a le veoir.

Parquoy tel tort ne povant recevoir.

S'en fuyt de nous, & ce Pôle froid laisse,

I. Ce dizain résume le thème du recueil de Britonio : Gelosia deî Sole. . ., thème dérivé d'ailleurs de Pétrarque (canz. Si è dehile 7 filo) : Le treccie d'or, che devrien far il sole D'invidia molta ir pieno — Voir encore son. Liete e pensose... — Tebaldeo, son. 148 : Non piu al nascer del giorno corne suole... — Alamanni {Opère toscane^ Lyon, Gryphius, 15 32-1 5 3 5), dans les Stan^e in honore di Chiara Fermî, appelle le soleil « occhio del ciel ».

208 DELIE

Tacitement te faisant asçavoir, lo Que, qui se veoit, Tenflé d'orgueil abaisse ^

Apparoissant l'Aulbe de mon beau jour, Q,ui rend la Mer de mes pensers paisible. Amour vient faire en elle doulx séjour. Plus fort armé, toutesfoys moins noysible, 5 Car a la veoir alors il m'est loysible,

Sans qu'il m'en puisse aulcunement garder. [140]

Parquoy je vien, coup a coup, regarder Sa grand' beaulté, & d'un tel appétit, Qu'a la reveoir ne puis un rien tarder. Me sentant tout en veue trop petit .

Mon ame en Terre (un temps fut) esprouva Des plus haultz Cieulx celle béatitude.

Que l'œil heureux en ta face trouva.

Quand il me mit au joug de servitude ^. 5 Mais, las, depuis que ton ingratitude

Me desroba ce tant cher privilège De liberté, en son mortel Collège

CCCIII — 10. se void CCCIV — 10. veuë

1. Roman de la Rose^ éd. Méon, v. 870, parlant du « diex d*Amors » :

C'est cil qui les amans justise Et qui abat l'orguel des gens...

2. Voir Arioste, son. Occhi miei helli, mentre cFio vimiro.., '(éd. Le Monnier, 1894, 1. 1, p. 299).

DIZAINS CCCIV-CCCVI

Malheur me tient soubz sa puissance grande.

Aussi cest An par Mort, qui tout abrège, France perdit ce, qu'à perdu Hollande ^ .

Ta beaulté fut premier, & doulx Tyrant 2, Qui m'arresta tresviolentement :

Ta grâce après peu a peu m'attirant.

M'endormit tout en son enchantement :

Dont assoupy d'un tel contentement, N'avois de toy, ny de moy congnoissance.

1. Lefèvre d'Etaples et Erasme moururent tous deux en 1536. M.]. B^rnsLuà (Jacques Lefevre d'Etaples, Cahors, 1900) cite Herminjard (Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, t. III, pp. 309 et 400) et une lettre d'après laquelle Lefèvre mourut en 1536, et où son nom est associé à celui d'Erasme : « Erasmum Roterodamum II. mensis hujus in Domino obdormiisse forsan nosti. Stapulensem item, ante semestre opinor. » Mais s'agit-il bien ici de Lefèvre d'Etaples ? L'homme qui, en France, pouvait se comparer à Erasme, serait plutôt Budé, celui qu'Erasme lui-même avait appelé le « prodige delà France ».

— Or Budé est mort en 1540. Il faudrait donc interpréter le dernier vers de ce dizain de la manière suivante : En cette année 1540, la France perdit Budé, comme la Hollande perdit naguère Erasme. Dans Topinion des contemporains, les noms d'Erasme et de Budé étaient associés ; Budé était l'Erasme français. V. par exemple ce distique de Nicolas Bourbon (Nugae, 1538, p. 107) :

De Budaeo et Erasmo,

Scis quid ab Hollande Francus Budaeus Erasmo Différât ? Hic dictis allicit, ille rapit.

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