Cf. Délie, diz. 361 (et la note
DIZAINS CCCLXVII-CCCLXX •
Et les douleurs, que la nuict leur augmente. Tout en ce point ma peine véhémente Se diminue au cler de sa présence :
Et de mes maulx s'appaise la tourmente. Que me causoit l'obscur de son absence.
Plongé au Stix de la mélancolie Semblois l'autheur de ce marrissement, Que la tristesse autour de mon col lye Par Festonné de l'esbayssement.
Colère ayant pour son nourrissement.
Colère aduste, ennemye au joyeux ^
Dont l'amer chault, salé, & larmoyeux.
Crée au dueil par la persévérance Sort hors du cœur, & descent par les yeulx Au bas des piedz de ma foible espérance.
CCCLXX [169J
Estant tousjours, sans m'oster, appuyé Sur le plaisir de ma propre tristesse.
Je me ruyne au penser ennuyé
CCCLXIX. — 4. resbahyssement — 7. chauld — IS44 porte l'armoyeux, faute évidente. — 9. Sont — descend — 10. foyble
I. La Nef des Daines vertueuses, par Symphorien Champier, Lyon, J. ArnoUet, 1503, fol. x 3 r'' : « Socrates, Platon, Aristote, Dyogenes & aultres philosophes ont dit que amour & concupiscence charnelle est une espèce de anragement & fureur, par laquelle les faulx amans nuit & jour sont en sollicitude, & tant que la colère hrusle les conduisans jusques au feu, & puis ceste colère par adustion se convertist en mélancolie, & comme aveugles sans considération tombent au feu & miserabilite & comme bestes vivans au monde tombent au gouffre infernal... »
DELIE
Du pensement proscript de ma lyesse.
Ainsi donné en proye a la destresse, De mon hault bien toute béatitude Est cheute au fons de ton ingratitude : Dont mes espritz recouvrantz sentement, Fuyent au joug de la grand servitude De desespoir, Dieu d'éternel tourment.
Blasme ne peult, ou n'est aulcun deflfault, Ny la peine estre, ou n'y à coulpe aulcune : Dont si justice en nous mesmes deffault, C'est par malice ou, par propre rancune.
Ny l'Or prisé, ny la chère Pecune, Dieu de vilté, & de sagesse horreur, Me tire a doubte, & de doubte a terreur.
Mais en mon cœur à mis dissention Consentement, qui met en grand erreur Le résolu de mon intention.
CCCLXXII
Tu mes le Cèdre encontre le venin ^ De ce Serpent en moy continuel 2,
CCCLXX. — 7. au (iS44 donne ^n, faute dHmpression). CCCLXXI. — 4. par malice, ou par CCCLXXII. - I. m'es(T) — metz
1. Vincent de Beauvais, Spéculum naturale, XII, liv : « Cedrus est arbor... cujus odor serpentes fugat et interimit. » — L'éditeur de 1564 n'a pas compris, et a corrigé mes en tnet^^ (de mettre). Ilfaut adopter la leçon : Tu m'es le cèdre... donnée par V Indice de 1544.
Cf. Sassoferrato, Olimpia, fol. C 4 v*" :
O Cedro quai mi porgi un grato odore Conforta l'aima mia piena di doglia.
2. Cf. J. Flore, Comptes amoureux, p. 103 : Pyrance, voyant Méridienne
DIZAINS CCCLXXI-CCCLXXIII
Comme ton œil cruellement bénin
Me vivifie au feu perpétuel,
Alors qu'Amour par effect mutuel
T'ouvre la bouche, & en tire a voix plaine [170]
Celle doulceur celestement humaine,
Qui m'est souvent peu moins, que rigoureuse,
Dont spire (ô Dieux) trop plus suave alaine,
Que n'est Zephire en l'Arabie heureuse.
CCCLXXIII
A son aspect mon œil reveremment S'incline bas, tant le Cœur la révère.
Et l'ayme, & craint trop perseveramment En sa rigueur benignement severe.
Car en l'ardeur si fort il persévère, Qu'il se dissoult, & tout en pleurs se fond, Pleurs restagnantz en un grand lac profond ^ Dont descent puis ce ruisseau argentin, Qui me congelé, & ainsi me confond Tout transformé en sel Agringentin 2.
« non autrement fut-il en estase ravy, que le roy Achrisius en la vue de la Gorgonne vaincue par le chevalier Perseo. Subtilement s'en apperceutla cruelle Méridienne, & estoit fort joyeuse & contente de voir ainsi l'imprudent jeune homme se perdre en la lueur de ses beaux yeux : ressemblante au serpent appelé BasîUsque, qui occit quiconque il aura atteint de son regard venimeux. » — Cf. Délie, diz. i.