CHAPITRE XII
Le Socialisme reconstructeur
e la a amère . réalités : la guerre a cnlment é les instincts de sauvagerie qui commençaient à s’as- dans la bête humaine, étouffé les aspirations géné- Lo à nu les égoismes PR et os la foi
ut du socialisme. Une longue et active Rt sur ce | | doué le caractère d’une nn nouvelle, la religion re avenir, fondée non sur une foi aveugle, mais sur la rai-
apportant aux déshérités la promesse à brève échéance
du paradis sur terre et de ainsi l'humahite entière dans un de ces grands élans d'enthousiasme qui brisent tou- À tes les résistances.
Mais sous prétexte de ne présentér au public que des Le US
formes immédiatement réalisables, les socialistes de droite
ont tellement obscurci la splendeur de cet idéal, les résul-
tats pratiques de leur politique ont été si nuls qu’ils n’ont exercé autour d’eux aucune attraction. Et quant aux socialistes de gauche, ils ne se sont révélés que comme un parti de violence, de haïne, de subversion, menaçant les uns dans leurs intérêts, les autres dans ue tranquillité, donnant l’impression d’une absolue inaptitude reconstructive, montrant du socialisme tout ce qui pouvait rebuter et dissimulant tout ce qui pouvait séduire. |
Si le socialisme était apparu comme une grande a bienfaisante, capable de panser les plaies de l'humanité. meurtrie et déchirée, de toutes parts, les bras se seraient tendus vers lui. Mais il ne s’est manifesté que comme un danger à fuir. tn
Le plus grave obstacle à l'avènement du socialisme ri que le très grand nombre des gens qui, à l’heure actuelle, comprennent la nécessité d’une refonte totale de nos institutions impuissantes, et seraient tout disposés à accepter un régime nouveau s'ils croyaient qu'il en peut exister un en dehors de la base individualiste, ignorent qu’un tel régime existe en puissance, que ses principes économiques sont déterminés, que les détails essentiels de son fonctionnement sont élaborés, qu'il pourrait entrer en vigueur presque ammédiatement si on le voulait. Ils l’ignorent parce que les socialistes ne l’ont jamais dit.
De sorte que, dans la détresse économique sans bornes, et jusqu’à présent sans issue, où la guerre a plongé le monde, personne ne paraît se douter que la puissance sou-. veraine du socialisme pourrait seule résoudre les difficultés inextricables au milieu desquelles on se débat, <t qui — c’est l’évidence même pour ceux qui comprennent — étant inhérentes au régime capitaliste, disparaîtraient avec lui.
Ce ne sont pas seulement nos adversaires qui n’ont aucune idée de la force créatrice incommensurable incluse
"à . le. socialisme, mais les socialistes eux-mêmes. En France, au lieu de revendiquer énergiquement le pouvoir en montrant quel usage ils sauraient en faire, ils se dérobent en disant : la succession du régime nntaHtte n’est pas bonne à recueillir en ce moment ; attendons qu'il ait rétabli la prospérité pour prendre sa ie Sans doute ce ne sont à que les opportunistes qui tiennent ouvertement ce langage ti- moré. Mais les communistes, tout en faisant appel à la Ré- volution, savent très bien — du moins les plus avisés le savent — qu’ils ne sont nullement préparés à l'exercice du pouvoir et que le plus grand malheur qui pourrait leur arri- ver serait qu’on les prît au mot. Ils savent aussi que, pré- Ssentement, ce danger n’est pas à redouter et c’est de 1à que D ; vient leur audace.
En Russie, où il s’est trouvé des hommes de plus de tersa Le sinon d'une capacité reconstructive plus large, on na.pas hésité à proclamer le socialisme ; mais on n’a pas téussi à l’organiser, Et devant les obstacles qu’ils rencon- traient par suite de leur inexpérience économique, au lieu de compter sur la force du socialisme, les bolcheviks n’ont su qu'appeler les capitalistes russes et étrangers à leur se-
Cours.
.. *##* L’impuissance des uns et des autres est le fruit de à l'éducation purement négative qu’ils ont puisée dans la doc- __ trine marxiste, plutôt que de leur propre infériorité, Des . marxistes de droite comme Vandervelde, Albert Thomas, Branting, ont prouvé qu'ils avaient l’étoffe de membres et mêmes de chefs de gouvernement en régime bourgeois. Des marxistes d’extrême-gauche, comme Lénine et Trotzky font figure d'hommes d'Etat de premier ordre. Ce n’est que sur le terrain de l’économie socialiste que tous sont également
PA cela se conçoit puisque l’œuvre marxiste, dont on a fait la base de l’action socialiste, n’est en réalité qu’une 1n- … troduction, un préambule au socialisme. Elle marche vers lui, elle n’y entre pas.
Le socialisme ne commencera qu'après la destruction du fe régime capitaliste. Or les travaux de*Marx n’ont pour objet
fs à la période préparatoire qui doit se terminer par cette
destruction. Même s’il a pris la voie la plus sûre et la plus rapide pour atteindre ce résultat — ce que nous contestons énergiquement — il ne va pas au-delà. À supposer qu Om ait eu raison de le choisir comme chef pour marcher à l'assaut à du capital, il faudra bien, si l’attaque est victorieuse, cher- | cher en dehors de lui des directives pour l’œuvre organique di à accomplir ensuite, puisqu'il n’en a fourni aucune. On ne trouve du ses écrits d’autres indications sur cé Ni problème capital de la transformation de la société que les mesures transitoires du Manifeste communiste, dont. nous avons montré au chapitre VIII le caractère dérisoire. | . Des lois économiques nouvelles qui régiront une société à base communiste, et qui seront aussi différentes des lois en vigueur que le principe du communisme est différent de celui de l’individualisme ; de l’organisation qui assurera l'application de ces lois ; des conséquences heureuses qui en résulteront pour l'humanité, Marx n’a pas dit un mot. al Et qu’on n’objecte pas qu’il a laissé à ses continuateurs le soin d’apporter ces précisions, car l’esprit même de son
œuvre est contraire à cette nature de recherches : il a même ‘4 . $ 18)
paru — autant qu’on peut percer les nuages dont il enve- a loppe sa pensée — les désapprouver complètement. Si bien 1%
qu'aucun marxiste, de quelque nuance qu’il soit, n’a jamais traité ce sujet et que lorsqu'il a été abordé par d’autres, les marxistes réformistes se sont trouvés d’accord avec les marxistes révolutionnaires pour passer leurs travaux sous un dédaigneux silence ou les couvrir de sarcasmes. de
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*** I] est pourtant de toute évidence que le socialisme ne passera dans les faits qu'après une élaboration idéologique ; par la faute de Marx ‘ce travail préalable est à peine ébauché, et le peu qui en a été fait l’a été en dérogation de ses prescriptions.
Pour aborder et accomplir cette tâche essentielle, il Fan cesser de considérer le socialisme dans la phase historique. où il lutte contre le régime actuel et l’envisager sous la forme positive qu’il revêtira après la conquête du pouvoir.
Sous cet aspect, le socialisme n’est plus l’action d’une classe contre une autre ; c’est une organisation économique | supérieure, à la fois scientifique et harmonieuse, qui, par.
. l’utilisation intégrale des forces naturelles et du travail humain, par l'application généralisée de tous les progrès techniques, par la mise en valeur de toutes les richesses la- tentes, portera à un degré de développement inimaginable la production industrielle et agricole et les moyens de transport ; et qui, d'autre part, assurant par l’extinction du parasitisme, la répartition équitable des produits accrus, fera
disparaître la misère. La fin de la misère, ce rêve des phi- lanthropes de tous les temps, que seul le socialisme peut réaliser, outre l’amélioration matérielle prodigieuse qu’elle “entraînera, aura aussi pour conséquence une immense rénovation morale, puisqu'elle marquera la disparition de toutes
les tares, de toutes les déchéances que la misère engendre. En outre la substitution, entre les hommes et entre les peuples, du principe d’association au principe de lutte, de la solidarisation des intérêts à leur antagonisme général d'aujourd'hui, rendra tous conflits armés impossibles. L’humamité entrera donc dans une ère de paix définitive, en même temps que de bien-être, d’ascension intellectuelle et
morale indéfinie,
### Voilà la substance même du socialisme. Ce que les marxistes appellent de ce nom n’est que l’un des chemins — et non le meilleur — qui peuvent y conduire.
. Mais, répondent-ils, nous n’avons à nous occuper quant à présent que de la route à suivre. Quand nous serons au pou- voir, il sera temps de songer à l’organisation.
C’est là leur erreur capitale.
D'une part, en effet, n’est-il pas insensé d’aborder une __ tâche aussi colossale que celle de la transformation complète d’une société, sans s’y être préparé par une longue étude * des conditions de sa réalisation? Pour méconnaître la né- … cessité d’une telle préparation, il n’est que des esprits entiè- . rement chimériques, qui, le cas échéant, seraient tout à fait incapables d’accomplir la grande œuvre reconstructive dont les immenses difficultés leur échappent.
- En second lieu, pour que le socialisme devienne possible “ un jour, il faut qu’il soit compris et accepté par la partie …. éclairée de l’opinion. Or la propagande marxiste ne montre … Je socialisme que dans sa phase de combat, c’est-à-dire sous mi. | 16
bee) pour A
Pour faire aimer le socialisme, il a ù côté bienfaisant, c’est-à-dire son aspect organique.
Ainsi, pour conquérir le pouvoir aussi bien que en mesure FPE, le die après cette conq
a aies etid ie nn sur le plan nouve vient d’être inéinté.
de temps est plus que suffisant pour qu’une méthode al tre ce qu'elle vaut, et le marxisme = CUP -être jugé par fruits.
pas la de L'idée de lutte de classe, qui lui a ‘aliéné à fois presque tous les éléments non prolétariens et la :
beaucoup. D’autres erreurs a aol par D marxisme ou nées des interprétations done il a été l'objet, ont également nui à sa diffusion. in) DU
Re par le fait de la carence du me la. ca
présente la justice et la raison, dun les ue ao impres. criptibles. Son triomphe défait n’est qu’une question de temps. Mais comme le monde ne commencera à respirer qp partir de sa réalisation, il importe de se mettre dès à présent à préparer la revanche. Et dans cette voie la premiè mesure à prendre est de rompre résolument avec . marxisme. on |
## Cela ne veut pas dire qu’on doive rejeter en bloc tout ce que Marx a apporté ni ce qu’il a précisé mieux que ses prédécesseurs. Beaucoup de points de sa doctrine sont à conserver. Citons notamment :
LU L'objectif réel du mouvement socialiste qui est la pro- | priété sociale et l’exploitation sociale de tous les moyens de | production et de transport, en opposition avec le régime in- __ dividualiste actuel et tous les systèmes bâtards qui ont pu être imaginés. (Cet objectif n’est d’ailleurs indiqué qu’implicitément par Marx.) |
La,conquête du pouvoir politique comme moyen et point de départ de la transformation économique.
La prépondérance des facteurs économiques sur les facni teurs moraux que Marx a exprimée en ces termes
.… Le mode de production de ka vie matérielle détermine d’une
ge générale le progrès social, politique et intellectuel de la vie. Ce m'est pas la conscience de l’homme qui détermine sa manière d'être, mais Sa manière d’être sociale qui détermine sa conscience } pe d’où il résulte qu’on doit commencer l’œuvre de régénéil en non par la transformation mentale maïs par.la trans- Dos économique.
La réaction indispensable contre le sentimentalisme niais,
; | pot qui tous les hommes étaient des frères, et le rappel à 1 js réalité, c’est-à-dire à l’opposition des intérêts qui est la conséquence caractéristique et néfaste du régime capitaliste,
et qui existe non seulement de classe à classe, mais à l’in-
térieur des classes.
Tout ce qui pourra être retenu de la doctrine marxiste oi sera plus que suffisant pour que la mémoire de son fondaî à teur reste hautement honorée. Mais la partie essentielle, ce
qui en constitue les bases fondamentales, devra être écarté, Savoir :
D'abord la conception matérialiste de l’histoire, fausse | parce qu'incomplète, et surtout inutile.
1 Puis la théorie erronée de la plus-value.
Et surtout la lutte de classes, considérée comme une tac-
tique à fondement historique.
… Il faudra encore cesser de nous repaître de l'illusion que l’évolution économique fait disparaître les petites et moyen-
nes entreprises et conduit à la concentration des fortunes entre quelques mains, ce qui rendrait la tâche des socialis- Fo tes vraiment trop ut AA a
Il faudra aussi renoncer à cette forme brutale et agressive de l’esprit révolutionnaire qui présente le socialisme comme une menace plutôt que comme un bienfait et ne paraît concevoir pour sa réalisation d’autre voie que la force. ci
Il faudra enfin abandonner résolument le terrain criti- À que et négatif qui est le propre du marxisme et transporter l’action dans le plan organique et positif. Le socialisme apparaîtra alors sous un aspect nouveau et dépouillera entièrement tout ce qu’il avait de vague et d’alarmant dans ses moyens de réalisation et dans ses conséquences.
*#*# Recherchons maintenant, en tenant compte de ce qui est à éliminer et à retenir de l’œuvre marxiste, sur quelles : bases et dans quelles conditions de fonctionnement devrait : être réorganisé le mouvement socialiste pour lui permettre de surmonter les obstacles qui l’ont paralysé jusqu’à pré-. sent et lui ouvrir la voie la plus directe vers le succès final.
Pour aborder ce problème complexe, il faut avant tout bien connaître les éléments humains si divers desquels dépend la solution, savoir ce qu’on peut attendre on redouter des uns et des autres, déterminer les catégories morales et sociales auxquelles on devra plus particulièrement s ’adres-
ser et les moyens les plus efficaces de les amener au socialisme. 0 On peut classer l’espèce humaine, en l’envisageant à beaucoup de points de vue différents, et à chacun de ces points de vue, la diviser en un nombre infini de groupes et de sousgroupes séparés les uns des autres par des caractères plus ou moins tranchés ou même par de simples nuances. ARE Contentons-nous de l’examiner sommairement au point de vue de son équilibre mental qui entre pour une part au moins aussi large que le degré d'intelligence et d'instruction dans la formation du jugement des citoyens et la détermina- ae À tion de leurs actes. FSU Et constatons que, dans la plupart des pays, y compris la France, l'immense majorité des gens est dans un état
de ie moyen, avec des extrêmes en plus ou en moins 1
DÉLIVRONS-NOUS DU MARXISME etes
bien entendu, c’est-à-dire que lorsqu'une question est posée devant Dion. cette majorité prend son parti selon les trs lumières de la raison et dans le sens d’un intérêt précis qui est ordinairement, ou qu’elle croit être l'intérêt général. ti Ne Par contre une minorité, le plus souvent infime, se laisse 1 entraîner par des sentiments plus où moins ut qui la mettent en opposition constante avec la masse. un Bien qu'en général l’état d’esprit de la majorité soit pour un régime une base plus stable, il ne s’en suit pas que les | éléments humains qui la composent soient forcément bons ni que ceux de la minorité soient forcément mauvais. Tant s’en faut. Nombre des premiers se montrent indifférents . au bien public ou enclins à confondre l'intérêt général avec … leur propre avantage. Par contre l’exaltation des autres a … souvent sa source dans les sentiments les plus nobles et les intentions les plus pures, et leur seul tort est de ne pas mesurer assez exactement les dificultés qui les séparent de la réalisation de leurs vues.
Ce n’est donc pas pour faire une comparaison entre la vaui leur morale et sociale des deux catégories, c’est pour cons- . tater un fait patent que nous distinguons entre elles.
Il existe incontestablement deux natures d’hommes entièrement dissemblables : les pondérés et les exaltés. Ils. obéissent à des mobiles différents et sont toujours en désac- … cord. Il est donc chimérique de prétendre les faire marcher du même pas. Ce qui convainc et décide les uns laisse les autres froids et inertes. Les premiers constituent la masse de la population ; les derniers ne sont et ne seront jamais que des tirailleurs d'avant-garde.
Or le socialisme, tel qu’il a été enseigné jusqu'à ce jour, … n'a de prises que sur les exaltés ; il s’en faut même qu'il .. |: les rallie tous : le plus grand nombre lui reste hostile. Il est
clair que, tant qu’il ne s’appuiera que sur une fraction de Ja minorité, il ne parviendra jamais au pouvoir. Il doit dont conquérir au moins les meilleurs de la masse, et pour cela dépouiller ses formes violentes et devenir extérieurement ce qu’il n’a pas cessé d’être en substance : une doctrine raisonnable, la plus raisonnable, la seule raisonnable.
*## Qu'on ne dise pas : le socialisme ne triomphera que
faire des timorés. one
jusquà ce jour certains socialistes ont pris, devant l
€ Cest aux ne au bu faire pe
Cr; d’abord, nous ignorons | A et il * certain que la violence sera l’ultima ratio ; et : nêr cette M ane ne te ntative 2 aura e ce
a que si elle est A nécessaire ; | ain non comme un coup de tête iconsdn ‘comme ut seule issue à une oee intolérable, “
Ps ni k courage ; tout au contraire.
### I] importe ici de dissiper une dangereuse équi
de gens raisonnables ps io à or :
et agir ns comme . ee nr
Ce n’est pas du tout de cette façon que nous: ‘consid ke socialisme raisonnable : il ne comporte aucune abdi des ruse fondamentaux mi aucun atermoiement,
êes : 3 me Den pas a but et nes ation pas en va ta ti nue dilatoires ; il se borne à éliminer les superfétat eomme l’antipatriotisme, qui rendent la doctrine moi ip or el diffère en ue du socialisme ie