‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 125 sur 310 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

conditions, qu'elle se plaignit de ne pas pouvoir se coucher, et elle demanda l'autorisation de faire venir de chez elle les objets indispensables. Le 14 ventôse, les commissaires de la Commune compatissants firent droit à sa réclamation; ils se rendirent rue de Bourbon, et « après avoir constaté le bon état des scellés, il firent enlever deux matelas, un lit de sangle, un traversin, un oreiller, une paire de draps, deux couvertures de laine » qu'ils firent remettre à la prisonnière (i).

Au bout de quelques semaines de détention, Mme de Custine, nous ne savons pour quelle cause, fut transportée à la maison d'arrêt des Carmes, rue de Vaugirard. Elle allait y retrouver l'élite de l'ancien et du nouveau régime.

C'était une prison fort désagréable que la maison des Carmes et elle ne valait guère mieux que Sainte- Pélagie (2) ; l'humidité y était si grande dans les cachots que le matin les prisonniers étaient obligés de tordre leurs habits, tant ils étaient imprégnés d'eau; les corridors sans air étaient empoisonnés par une odeur méphitique; les fenêtres, grillées avec de solides barreaux, étaient encore fermées aux trois quarts par des planches, et le jour ne venait que d'en haut.

Les rapports entre les détenus n'étaient pas ceux des

(1) Arch. nat., F' 4658.

(2) Avant la Révolution. Sainte-Pélagie était divisée en deux parties : l'une, du côté de la rue du Puits-de-L'Hermite, servait de refuge aux femmes et filles renfermées par ordre du Roi; l'autre partie, qui était occupée par les femmes honnêtes, avait son entrée par la rue Copeau. (Sorel, le Couvent des Carmes.)

autres maisons d'arrêt de Paris : ici, point de politesse; les hommes négligeaient leur toilette; leurs habits étaient mal tenus; ils étaient sans cravates, en chemise, en pantalon, les jambes nues, mal peignés, ils portaient la barbe longue et avaient un méchant foulard autour de la tête. Les femmes étaient vêtues avec une grande simplicité; une petite robe de toile ou le vêtement qu'on appelait alors un pierrot composait tout leur habillement. Le régime alimentaire était cependant moins mauvais dans cette prison que dans beaucoup d'autres; le pain y était à discrétion, et chaque détenu avait pour la journée une demi-bouteille de vin (i).

Les hommes étaient séparés des femmes. Ils ne se réunissaient qu'à certaines heures dans un assez grand jardin.

« Là, tout le monde se promenait ensemble et le plus souvent les hommes jouaient aux barres. C'était ordinairement pendant ces moments de récréation que le Tribunal révolutionnaire envoyait chercher les victimes.

(l) SoREL, le Couvent des Carmes. — Le Tribunal révolutionnaire, par Campardon. Pion, 1866. — Dauban, les Prisons de Paris. — Le couvent des Carmes avait été loué le 5 mars 1793 par les administrateurs des biens nationaux à un sieur Dufrnncastel, lequel en sous-louait la plus grande partie et les jardins à un sieur Langlois; ce dernier y installa un bal champêtre; au-dessus de la porte du couvent s'étalait un transparent sur lequel on li^^ait ces mots : Bal des Tilleuls. En novembre 1793, les prisons étant devenues insuffisantes, le Comité de salut public décréta que le couvent des Carmes serait repris au locataire et transformé en maison de détention. (Sorel. le Couvent des Carmes.)

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