CHAPITRE XVII
dans mes principes. J'y joignais de plus toute l'effervescence d'un jeune homme enragé contre-révolutionnaire. Eh bien! malgré cet entêtement, cette rage, il m'a fallu céder au charme. J'ai manqué oublier l'honneur incomparable de cinq années d'émigration. J'ai été au moment de prier la jolie républicaine de solliciter ma grâce auprès de ses amis, auprès de son sénat épuré, et de me faire admettre au nombre des défenseurs de la liberté.
« S'il en est encore temps, madame de Sabran, au nom de Dieu, défiez-vous de ce Satan rose et blanc. Je la vois d'ici, parce qu'elle a une patience surnaturelle et, qu'à force de séductions, elle a su apprivoiser quelques-uns de ces vilains tigres qui nous dévorent tous les jours, qu'elle va vous engager à venir habiter de nouveau son dangereux pays. Remarquez bien, je vous prie, que de ses arguments, le plus fort sera une caresse donnée à propos, un serrement de main, quelque baiser du genre dont défunte Circé en donnait aux trop faciles compagnons d'Ulysse, pour les retenir dans son île. De pareils arguments vous prouveront facilement, si vous voulez y réfléchir, combien ses raisons sont mauvaises »