CHAPITRE XXV
vaques, on n'y connaît pas l'ennui et les heures s'envolent.
Il y a encore un autre voisin, familier du château, c'est Guy de Chaumont-Quitry, celui qui a signalé Fervaques à Mme de Custine et le lui a fait acheter. Mais il a un caractère difficile, une mauvaise tête, et quand il vient c'est pour quereller : « sa société est un enfer ». Aussi ne l'attire-t-on guère.
Il a suscité toute espèce d'ennuis à Delphine en achetant pour elle des voitures et des chevaux, sans les garanties nécessaires ; il y a eu procès et l'affaire ne sera pas réglée avant l'automne. « En attendant, dit tristement Delphine, la loi tient mes chevaux en fourrière. Il y a deux mois qu'ils ne sont sortis de l'écurie, on dit qu'ils y mourront de gras fondu; ainsi s'éclipseront nos chevaux et voitures. Au moins s'ils avaient été de sucre, nous aurions pu les lécher. »
La correspondance de Mme de Custine avec sa mère est vraiment charmante; les lettres de la jeune femme sont si tendres, si aimables; elle use et abuse de la complaisance inépuisable de Mme de Boufflers, elle lui demande sans cesse des conseils, elle la charge de commissions invraisemblables, toutes plus pressées les unes que les autres, mais tout cela est dit si gentiment, avec tant de grâce et d'affection que cela paraît tout naturel.
La fête de Berstœcher est en juillet et Delphine veut offrir un cadeau au précepteur si dévoué d'Astolphe, à Vami dont on ne compte plus les preuves d'attache-
ment et de dévouement. Dès le commencement de juin, elle s'en préoccupe ; mais elle hésite; lui offrira-t-elle une cafetière ou un beau cachet d'homme ? Mme de Boufflers consultée répond qu'une cafetière coûtera trois cents francs. A ce chiffre Delphine bondit, elle qui ne voulait pas dépasser soixante francs! h^amï ne lui pardonnerait pas de lui faire un présent si considérable dans un moment où elle est elle-même si gênée. Elle penche donc pour le cachet, et elle en envoie le dessin à sa mère. Bien entendu il doit avoir toutes les qualités ; il doit être simple, de bon goût, pas mesquin, bien conditionné, de bon or, pas trop petit, pas trop grand non plus, le manche absolument d'ébène. et surtout ne pas coûter plus de soixante francs, et mieux vaudrait quarante. Il faut que Mme de Boufflers s'adresse à un grand bijoutier, Fourrier ou Le Sage, car « les petits sont des fripons, surtout sur les boulevards, où ils vous attrapent joliment » !
Munie de ces instructions, Mme de Boufflers se met docilement en campagne, et un grand bijoutier se charge de confectionner l'objet pour trois louis. Cette fois Delphine est satisfaite et elle envoie bien vite ses dernières instructions :
« Fervaques, i" juillet 1804.
« Eh bien, ma petite mé, je suis toute décidée en faveur du cachet.
«Tu donneras pour chiffres deuxj. et un B. On les arrangerale plus gracieusement possible. J'aurais voulu