‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 211 sur 310 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Juillet à décembre.

Visite de Chateaubriand à Fervaques. — Chênedollé. — Nouvelle visite de Chateaubriand. — Correspondance avec Mme de Boufflers.

Mme de Custine attendait avec impatience le mois de juillet, puisque c'était l'époque qu'avait fixée le Génie pour son arrivée. Mais, hélas! au lieu de la visite promise et si souvent annoncée, Delphine reçoit une lettre dure, amère, violente, où son ami lui reproche d'avoir trahi un secret qu'il avait confié à son honneur, et il la menace d'une rupture immédiate et irrévocable.

Voici à quel incident cette lettre faisait allusion : quand il était à Rome, fort 'besogneux comme d'habitude, Chateaubriand avait eu besoin de cinq mille francs, et il s'était adressé à Delphine, sous le sceau du secret. Mme de Custine était naturellement très jalouse de Mme de Beaumont, et supposant avec raison que ces cinq mille francs étaient destinés à subvenir aux besoins de sa rivale, elle refusa net.

Cependant l'histoire fut ébruitée, on ne sait comment, et une âme charitable vint tout raconter à René. Indigné d'une indiscrétion qui, croyait-il, ne pouvait venir

que de Delphine, il lui écrivit comme nous venons de le dire une lettre de rupture (i).

Au reçu de cette lettre, Mme de Custine tombe dans le plus affreux désespoir; peut-être se sent-elle un peu coupable, peut-être a-t-elle péché par légèreté, toujours est-il qu'elle écrit lettres sur lettres, pour se disculper, pour démontrer son innocence ; enfin, à force de supplications, de protestations, le Génie finit par se laisser attendrir, il consent à ne pas rompre, et la paix se fait. On reprend donc les anciens projets, et au mois d'août René part pour Fervaques, où il est si impatiemment attendu. Il y arrive le 22 août : il y est reçu en maître, avec tous les honneurs, on lui donne naturellement la plus belle chambre, celle qu'avait habitée Henri IV. Il daigne se montrer satisfait, et il a la joie de pouvoir écrire à ses amis qu'il a couché dans le lit du Béarnais î Plus tard, dans ses Mémoires, il fait allusion aux souvenirs laissés par Henri IV, et il écrit :

« J'avais lu sur le coin d'une cheminée du château ces méchantes rimes, attribuées à l'amant de Gabrielle :

La Dame de Fervaques Mérite de vives attaques.

« Le soldat Roi en avait dit autant à bien d'autres, déclarations passagères des hommes vite effacées et descendues de beauté en beauté jusqu'à Mme de Custine. »

(i) Voir Chateaubriand et Mme de Custine, par M. Chbdieu

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