‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 212 sur 310 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

Comme René redoutait un peu le tête-à-tête, il avait écrit à un de ses amis très intimes, Chênedollé, qui habitait la région, de venir le rejoindre; Chênedollé (i) ne connaissait pas Delphine ; la proposition était donc assez délicate ; il cède cependant aux instances de son ami, il arrive, on le présente, et la châtelaine, trop heureuse de donner une satisfaction à son idole, fait à Chênedollé le plus aimable accueil ; tout se passe le mieux du monde.

De son côté, Delphine, toujours aimable et prévenante, a convoqué sa voisine et grande amie, Mme de Cauvigny; la gaieté de l'aimable femme contribue à rendre plus agréable le séjour de Fervaques.

Delphine ne sait qu'imaginer et inventer pour distraire son hôte, pour qu'il se plaise dans cette nouvelle demeure, et qu'il ait le désir d'y revenir. Elle se montre heureuse, gaie, radieuse, et elle lui donne toutes les marques de la tendresse la plus extrême. Chênedollé, témoin de cette passion touchante et assez méconnue, en est attendri, et il se prend d'une grande et sincère amitié pour la jeune femme.

Enfin grâce aux efforts de tous, les jours s'écoulent

(i) Chateaubriand et Chênedollé s'étaient connus à Londres et liés d'une très grande amitié. Chênedollé s'éprit pour la sœur de de son ami, Mme de Caux, d'une passion folle. 11 écrivait d'elle : <€ Celui qui n'a pas connu Lucile ne peut savoir ce qu'il y a d'admirable et de délicat dans le cœur d'une femme. » Bien que Mme de Caux ait éprouvé de son côté une grande affection pour son adorateur, et qu'elle fût veuve, elle refusa obstinément de l'épouser.

rapidement, et Chateaubriand daigne témoigner quelque satisfaction. Il annonce même qu'il reviendra en octobre faire un nouveau séjour, et cette promesse comble de joie la châtelaine.

Il reste à Fervaques jusqu'au 29 août, mais en partant il a soin de prévenir Delphine qu'il n'aime pas les longues lettres (i).

Cependant le lendemain il lui adresse de Lisieux ces lignes aimables :

« Je m'ennuie déjà si loin de vous... plus je m'éloigne de vous, plus je me rapproche... »

A peine arrivé à Paris, il écrit :

(« Lundi, 3 septembre.

«IJe regrette Fervaques, les carpes, vous, ChênedoUé et même Mme Auguste. Je voudrais bien retrouver tout cela en octobre, je le désire vivement. Avezvous autant envie de me revoir? Notre ami est-il debout? Je voudrais bien lui faire passer de mon quinquina.

« Tâchez donc de faire niveler le billard, d'arracher l'herbe pour qu'on voie les brochets... d'engraisser les veaux, de faire pondre aux poules des œufs moins gris et plus frais ; quand tout cela sera fait et que M . Gibe-

(i) Mme de Duras écrivait un jour :

« M. de Chateaubriand ne gâte pas ses amis. J'ai peur qu'il ne soit un peu gâté par leur dévouement. 11 ne répond jamais rien qui ait rapport à ce qu'on lui écrit, et je ne suis pas sûre qu'il le lise. »»

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