CHAPITRE II
promenades dans les environs. Un après-midi elle va visiter avec eux l'abbaye de Bonne-Espérance, située au milieu des bois, et cette visite lui inspire d'amusantes réflexions.
« Ici, ce sont de gros moines qui, au lieu d'être pâles, de veiller, de prier, et de se consumer en Dieu, ont des faces vermeilles et rebondies, qui sommeillent le jour et dorment mieux la nuit, qui usent la nappe à force de tenir table, plutôt que l'autel à force de prier; et qui, bien loin de s'occuper tristement de leurs erreurs passées, s'occupent gaiement des plaisirs présents quand ils en rencontrent. Mais en voilà assez sur la moinerie ; ces gens-là sont trop heureux pour qu'on y songe longtemps. »
En dépit du charme qu'elle éprouvait à vivre dans une quasi-solitude et à goûter les joies de la campagne, Mme de Sabran ne pouvait cependant s'éterniser dans les délices de Saint-Amand. Elle devait en finir avec le mariage ébauché de Delphine et elle se décida à rentrer à Paris pour mettre le général de Custine en demeure de se prononcer définitivement (i).
(i) Les lettres de Mme de Sabran, citées dans ce chapitre, sans indication particulière, sont extraites du volume publié par MM. Pn.vr et Magnieu, Correspondance de Mme de Sabran (Pion, 1875.)