CHAPITRE III
Quelques jours après, excédée de M. de Custine, elle s'écrie encore :
« Ce beau-père est un fléau que le ciel m'envoie pour m'achever. Il ne sait ce qu'il veut, il ne sait ce qu'il dit, il ne sait pas plus ce qu'il fait. »
Mme de Sabran était malade de ces hésitations continuelles qui lui faisaient redouter à tout moment une rupture :
« Ces incertitudes m'inquiètent beaucoup, dit-elle, je crains toujours ma mauvaise étoile et je n'ai aucun repos. Il faut convenir aussi qu'il n'y a peut-être pas dans les quatre parties du monde un homme comme celui-ci, et qu'il faut être bien malheureuse pour avoir entre ses mains le bonheur de son enfant et toute son existence. »
A bout de patience, dans une scène presque violente, elle « met au pied du mur » le général. Elle lui déclare qu'elle est à bout, que tous ces retards sont inadmissibles, et qu'il faut en finir :
« Fixez vous-même, lui dit-elle, la date du mariage, et qu'elle reste sans changement, ou bien rompons et nous reprendrons nos projets le jour où vous consentirez à accepter une date irrévocable. »
Devant ce langage très ferme, le général devient aussitôt doux, affable, accommodant, les difficultés s'évanouissent et le mariage est définitivement fixé à la fin du mois de juillet. Le fiancé devait avoir à cette époque dix-neuf ans et la fiancée dix-sept !
Il y eut bien encore quelques « tiraillements », mais
la comtesse Diane de Polignac et le duc s'employèrent à les aplanir avec un dévouement sans bornes et l'on put enfin arrêter le jour du contrat.
Malgré tous ses ennuis, Mme de Sabran avait une grande joie, c'était de voir combien l'homme qu'elle avait choisi pour sa fille était digne d'elle : « Mon aimable petit gendre me dédommage de tout», s'écriaitelle.
Quelques jours après elle écrit encore ces lignes charmantes :
« 17 juillet.
« Qu'est-ce que tous les biens de ce monde, en comparaison de cette union intime de deux âmes qui sont formées l'une pour l'autre, et qui s'épurent mutuellement aux feux de l'amour, comme l'or dans le creuset? Combien on a de force et de courage pour tenir tête à toutes les peines de la vie ! Qu'il est facile de se passer de tout quand on possède tout! L'amour est la pierre philosophale, mais il y a bien peu d'adeptes. »
Delphine semblait éprouver la plus vive inclination pour son jeune fiancé, et chaque jour elle lui était plus attachée. Armand de Custine en effet était charmant, et bien fait pour inspirer l'amour : toute sa personne était d'une grande distinction ; il possédait les plus rares qualités du cœur et de l'intelligence; son instruction était profonde et il paraissait appelé au plus brillant avenir. Son seul défaut était son extrême jeunesse, mais c'était un heureux défaut. Il avait déjà