‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 25 sur 310 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

beaucoup voyagé et fait, entre autres, un long séjour en Allemagne où il avait étudié l'art militaire à l'école de Frédéric. Mirabeau, qui l'avait rencontré à Berlin en 1786, avait été charmé de lui et avait prédit qu'il serait un des diplomates de l'avenir.

L'affection grandissante de ces deux enfants comblait de joie Mme de Sabran et lui faisait envisager l'avenir avec une complète confiance :

« Ce bonheur commence à réfléchir sur moi-même comme les rayons du soleil sur la lune, pour rendre mes jours plus calmes et plus sereins; il y a longtemps que je ne me suis trouvée dans une si bonne disposition. Je vois tous les jours mon petit ménage s'attacher plus fortement l'un à l'autre et le cœur de cette pauvre petite s'amollir et se fondre au feu de ce redoutable dieu qui ne peut plus lui faire de mal, ayant épuisé ses traits les plus envenimés sur sa malheureuse mère. »

Un accident inattendu faillit anéantir tous ces beaux projets de mariage :

« J'ai versé tout à plat aujourd'hui dans la place de Louis XV, écrit Mme de Sabran. L'essieu de ma voiture s'est cassé, la roue a sauté, tous mes gens sont tombés l'un sur l'autre et personne ne s'est fait aucun mal, tant il est vrai qu'un bon génie me protège toujours. Ce qu'il y avait de dangereux surtout, c'est que toutes mes glaces étaient levées et que ma grande fille était sur le strapontin. Mais, par un mouvement naturel, elle s'est jetée sur moi et je l'ai préservée encore de ce

danger-là. Pour moi je n'ai eu d'autre mal qu'une bonne attaque de nerfs. »

Au milieu de tous ses soucis, de ses occupations, de ses courses innombrables, le bonheur de son enfant donnait à Mme de Sabran une gaieté, un entrain extraordinaires. Elle faisait rire tout le monde par ses réflexions, par sa gaieté. Elle voulait se donner un air grave et pédant « comme il convient à une bellemère », mais elle n'y pouvait réussir.

Enfin le 21 juillet eut lieu la signature du contrat. Mme de Sabran donnait à sa fille deux cent mille livres de dot, et de plus s'engageait à loger le jeune ménage et à l'héberger. Armand de Custine apportait de son côté trente-quatre mille livres de rente mais grevées de plusieurs charges qui les réduisaient à vingt-huit mille (i).

Le contrat signé, Mme de Sabran est rassurée et elle éprouve un soulagement immense : « A moins de grands événements que je ne prévois pas, écrit-elle, ma DelpSne sera Mme de Custine en dépit de tout l'enfer conjuré contre elle et contre moi. »

Pour se délasser de l'ennuyeuse cérémonie du contrat, elle emmène ses enfants dans le parc de Meudon et là ils dînent gaiement sur l'herbe auprès d'une petite fontaine dont le doux murmure les invite au repos :

« Je n'avais pas été si heureuse depuis bien longtemps; nous sommes restés à nous promener, à rire, à causer; il n'y a plus rien que mes enfants qui puissent

(i) Armand de Custine avait hérité de sa roère un capital de sept cent mille livres.

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