‹ Delphine de Sabran, Marquise de CustineChapitre 3 sur 310 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Naissance de Delphine. — Sa famille. — Son frère Elzéar. — Mort de son père. — Éducation des deux enfants. — Liaison de Mme de Sabran avec le chevalier de Bouffîers. — Séjour à Spa. — La comédie à Bel-Œil. — Retour à Paris. — Delphine est mise au couvent.

Delphine de Sabran naquit à Paris le 18 mars 1770.

Elle fut inscrite sur les registres de la paroisse sous les noms de Louise-Éléonore-Mélanie, mais, dans sa famille, nous ne savons pour quelle cause, on ne l'appela jamais que Delphine, et c'est ce prénom qu'elle a gardé toute sa vie.

Son père, le comte de Sabran, appartenait à une famille de Provence aussi illustre par ses alliances que par les armes, et lui-même avait dignement continué les brillantes traditions de ses ancêtres. Il s'était couvert de ofloire au combat de Santa-Maria, dans les eaux de Gibraltar, le 17 août 1759, en protégeant jusqu'à la dernière extrémité la retraite de l'escadre française ; pendant sept heures il soutint un combat

acharné contre quatre navires anglais. Son vaisseau, le Centaure^ était troué de toutes parts, il avait onze pieds d'eau dans la cale, et néanmoins Sabran tenait toujours. Quand les projectiles furent épuisés le commandant fit charger les canons avec son argenterie. Il n'amena son pavillon qu'au moment où le Centaure commençait à couler; lui-même avait reçu onze coups de feu (i). Louis XV le félicita de ce haut fait devant toute la cour et il le présenta à la Reine et au Dauphin en disant : « C'est un de nos parents (2). » Voilà quel était le père de Delphine.

Sa mère, Françoise-Eléonore Dejean de M an ville, était née à Paris le 3 mars 1749; elle appartenait à une vieille et riche famille du Lanpuedoc.

Le jour même de sa naissance, elle eut le malheur de perdre celle qui venait de lui donner le jour, et son père se remaria bientôt à une femme d'un caractère revêche et acariâtre.

Elevée au couvent de la Conception, rue Saint- Honoré, l'orpheline passa dans cette ^pieuse retraite

(i) Il s'était déjà distingué au combat de Minorque en 1756, oir il commandait le Content, de l'escadre du marquis de la Galissonnière.

(2) Saint Louis et son frère Charles, comte d'An ou, roi de Naples et de Sicile, avaient épousé les deux sœurs, M<^rguerite et Béatrice de Provence, petites-filles de Garsende de Sabran, comtesse de Forcalquier, femme d'Ildefonse d'Aragon, comte souverain de Provence. Les deux autres petites-filles de Garsende de S bran épousèrent deux rois anglais : Éléonore de Provence, Henri III d'Angleterre, et Blanche, Richard, roi des Romains, emf^ereur d'Allemagne, frère de Henri III. Les Sabran sont ainsi alliés à presque toutes les maisons souveraines de l'Europe.

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